Pourquoi sponsoriser une voiture au Mans en 1980 ?

Avec la crise actuelle, certains partenaires vont mettre la pédale douce, voire même carrément se retirer. Dans les années 80, il était courant de voir un ou deux gros sponsors sur les voitures de course. Prenons l’exemple de Jean Rondeau en 1980 avec sa M379 victorieuse aux mains de Jean Rondeau et Jean-Pierre Jaussaud. Mais qu’est ce qui a bien pu séduire Le Point de venir au Mans avec Rondeau ?

Le magazine Le Point avait misé, bien lui en a pris, sur la petite équipe sarthoise. Avant cela, le tennis ou la voile étaient les deux sports privilégiés par Le Point. « Lorsque nous avons fait le pari sur le tennis, nous avons joué un rôle de précurseur, dès notre création en 1972 », expliquait Philippe Ramond, directeur général du Point en 1980. « Voyez à quel degré de popularité le tennis est arrivé. Idem pour la voile, lorsque nous avons voulu relever le défi des Anglais qui évinçaient les Français de leur Transat. Nous avons créé une autre épreuve. Voyez l’engouement pour la voiture ! »

En parlant du partenariat avec Jean Rondeau, Philippe Ramond, par ailleurs ancien directeur général de la chaîne TV La Cinq, en expliquait la raison : « C’est le pari sur un artisan. Quelqu’un sans moyens mais de très sérieux et de très compétent qui a les moyens de gagner une grande course comme Le Mans. Des tas de jeunes en rêvent.  Comme naguère pour le tennis ou la voile. Alors nous avons décidé d’épauler Jean Rondeau. » 

En 1980, Le Point bénéficiait du manque de grands constructeurs déployant des moyens démesurés : « Les grands constructeurs se sont mis en marge. Leurs budgets énormes ne vont donc pas fausser la compétition. Les petits ont leur chance. C’est aussi pour cela que nous venons. » 

Philippe Ramond savait que le message allait passer auprès de ses lecteurs : « Le message passera bien. Un seul avion brûle davantage de carburant sur le trajet Paris New York que les 55 voitures qui participent aux 24 Heures du Mans. C’est un argument qui peut porter avec les grandes marques : lorsqu’elles viennent au Mans, elles investissent des milliards de centimes pour gagner à tout prix. Pas avec Rondeau justement. Des 60 millions de centimes que nous lui avons confié, chaque centime va compter, chaque centilitre d’essence aussi… »