Pierre-François Rousselot : « Le matin, je rangeais mes affaires, je ne savais jamais si j’allais rentrer le soir ! »

Pierre-François Rousselot compte neuf participations aux 24 Heures du Mans entre 1977 et 1989. On l’a vu à plusieurs reprises sur des Groupe C comme les Rondeau et la fameuse Argo bleue et rouge de Speedy. Depuis la fin des années 80, il n’a plus disputé la course sarthoise, mais apparaît régulièrement en courses historiques. Nous l’avons rencontré pour retracer sa carrière !

Il est écrit dans son palmarès que sa première participation aux 24 Heures du Mans date de 1977, mais Pierre-François Rousselot est venu au Mans deux ans plus tôt comme il nous le raconte. « Lorsque Lella Lombardi et Marie-Claude Beaumont sont venues sur une Alpine A441 2 litres officielles, en 1975 (ELF Switzerland #26), j’étais avec elles pendant les essais. Gérard Larousse, le patron de Renault Sport, m’a demandé de me qualifier pour aider les filles au cas où elles auraient besoin d’un coup de main lors d’un relais de nuit. Je me suis alors qualifié, mais je ne l’ai jamais piloté en course car l’auto a abandonné au bout du premier relais je crois, sur panne d’essence. »

Deux ans plus tard, le Français participe à ses premières 24 Heures du Mans sur une Lola T294 engagée par Jean-Marie Lemerle. Il fait alors équipe avec ce dernier ainsi qu’Alain Levié. « Je n’ai pas de souvenirs très précis de cette première fois. Cependant, je me rappelle que lorsqu’on était pilote de monoplace, qu’on rêvait d’être champion du monde de Formule 1, Le Mans, on s’en foutait ! Quand j’ai compris que je ne ferais jamais de F1, mais que j’avais des coups de téléphone pour rouler, que j’en avais envie, je suis alors venu au Mans un peu en amateur éclairé. J’étais avec une bande de copains, nous avons abandonné car la voiture était un peu fragile. C’était vraiment sympa, plus particulièrement la ligne droite des Hunaudières de nuit… »

Les premières participations de Pierre-François Rousselot se passent sur ce que l’on appelait, à l’époque, des « barquettes » comme les Lola T294 (1977 et 1978) ou Chevron B36 (1979). « Ces autos étaient sympa à piloter, c’étaient comme des monoplaces. Aux 24 Heures du Mans, on avait tellement en tête de franchir la ligne d’arrivée que l’on n’était jamais à la limite de l’auto. A cette époque-là, il était très difficile de finir. Le nombre d’autos qui terminaient correspondait à ce moment là au nombre qui abandonnent de nos jours ! On parle là de 15 ou 16 voitures qui voyaient le drapeau à damiers. On faisait donc attention à la boîte de vitesses, aux vibreurs, au régime moteur… »

Changement radical pour lui à partir de 1980 avec le passage aux voitures fermées, à commencer par la BMW M1 qu’il pilote deux années de suite. « Ces voitures étaient vraiment différentes. La M1 était tout d’abord magnifique. Le moteur, un 6 cylindres, et le bruit étaient fantastiques. C’étaient bien budgété. En 1980, l’engagement était fait par Zol Auto qui était un grand concessionnaire et 1981, toujours sous ce nom, mais avec ORECA et les couleurs VSD. Il y avait une 2e Groupe 5 pilotée par Johnny Cecotto, Philippe Alliot et Bernard Darniche. Malheureusement, nous avons eu à chaque fois des incidents mécaniques. Je me rappelle bien de la fragilité de cette auto. Il ne fallait pas qu’elle reste trop longtemps à l’arrêt car la température ambiante du moteur faisait que la soupape se vrillait. Nous y avons fait très attention, mais à 13 heures, le dimanche, alors que j’étais au volant, il y a eu un petit bruit. Par précaution, je suis rentré au stand. Les mécanos ont ouvert le capot, m’ont dit que ce n’était rien et que je pouvais repartir. Au moment où j’ai repris la piste, elle avait changé de bruit. Pendant l’arrêt, la soupape s’est vrillée. J’aurais mieux fait de ne pas m’arrêter ! Dommage car nous étions bien placés. Cette auto reste un très bon souvenir, un vrai proto déguisé cette GT ! »

Après deux ans d’absence, Pierre-François Rousselot est de retour en 1984 au volant d’une Groupe C, une Rondeau M482 qu’il pilote à deux reprises avec Pierre Yver et Bernard de Dryver la première année (abandon sur problèmes électriques) et François Servanin / Pierre Yver en 1985 (abandon moteur). « J’aimais bien cette auto car elle était propulsée par un moteur Cosworth. Elle aussi était agréable à piloter. Le châssis n’était pas super pour la vitesse et l’exploitation, mais elle était faite pour Le Mans. »

Ses deux dernières apparitions se feront avec l’Argo JM 19C de MR Sport Racing en 1988 en compagnie de Jean Messaoudi et Jean Luc Roy, journaliste TV à l’époque sur La 5 (21e), et Jean Messaoudi, toujours, et Thierry Lecerf l’année suivante (18e). « L’Argo était une voiture plus lourde, elle était moins efficace que les Spice de l’époque. Cependant, nous avons terminé deux fois avec le même châssis. Là aussi, il y avait un moteur Cosworth dedans. Sur mes neuf éditions, j’ai très peu terminé aux 24 Heures du Mans, mais quand nous avons franchi la ligne avec cette auto, ce fut magnifique ! En plus, nous n’avions plus d’embrayage à la fin. »

Même s’il n’a pas eu de grosses frayeurs tout au long de ses participations, Pierre-François Rousselot garde quelques mauvais souvenirs de certaines courses des 24 Heures du Mans. « Une année, je ne me rappelle plus très bien laquelle, c’était avec un proto 2 litres, j’ai eu une rupture complète de tout ce qui était allumage, éclairage, électricité et moteur. Tout s’est coupé d’un coup, de nuit à 23 heures, et sur la ligne droite des Hunaudières. Je me suis fait peur, on ne me voyait plus. Je citerais aussi, non pas comme frayeur, mais comme très triste souvenir la mort de mon copain, Jean-Louis Lafosse en 1981. Il y avait d’abord eu la sortie de piste de la WM, puis ce fut lui. J’étais dans la voiture à ce moment-là, je savais que c’était soit Jean Ragnotti soit Jean-Louis. Je suis passé une fois, deux fois, trois fois. A chaque reprise, le drapeau jaune était là, les secours aussi. Plus ça allait, plus j’étais inquiet, je voyais bien qu’il y avait un problème (Jean-Louis Lafosse a perdu le contrôle de sa voiture et est décédé sur le coup dans les chocs de la Rondeau contre les rails de sécurité, ndlr). Je le connaissais bien, nous avions roulé ensemble en F3. Quand je suis arrivé au stand, j’ai tout de suite demandé qui était au volant. Ces années-là, le Mans était difficile. A chaque édition, le matin du départ, je n’arrivais pas à conserver mon petit déjeuner. Quand je quittais ma chambre, je rangeais bien toutes mes affaires car je ne savais jamais si j’allais rentrer le soir ! C’est une grosse différence avec le sport automobile actuel.»

Justement, l’homme se passionne toujours pour le sport automobile moderne. « Je suis toujours la Formule 1, mais je regarde aussi les 24 Heures du Mans à la télévision. C’est impressionnant, mais s’il y a eu des trucs « chiants » comme les boîtes de vitesses séquentielles ou encore l’arrivée du diesel. On n’entendait plus le son du moteur. Le souci, c’est la balance entre le pilote et la technique, les ingénieurs ont pris trop de place, les pilotes en ont donc moins. Maintenant on leur dit tout par radio. Avant, on était seul dans la voiture, on se débrouillait ! Par contre, je sais que c’est fort ce qu’ils font. Dorénavant, c’est une course sprint de 24 heures. A notre époque, nous étions deux, maintenant ils sont trois, mais la course est devenue tellement exigeante. Les courses de GTE sont fabuleuses. Heureusement, les Hunaudières ont été coupées. Je ne les ai jamais connues comme cela car j’ai arrêté en 1989. J’étais à l’époque un peu comme Henri Pescarolo, j’étais contre. Je suis revenu des années plus tard au Mans Classic avec une Spice que j’ai achetée et je dois dire que j’étais bien content de les trouver.  »

L’ancien pilote roule désormais un peu en courses historiques. On a d’ailleurs pu le voir récemment au Mans en septembre lors de la manche d’Historic Tour au volant d’une Lotus Elan (#3) dans le plateau ASAVE Racing 65. « J’ai d’abord eu cette Spice que j’ai eu du mal à faire marcher. Cependant, elle a gagné Le Mans Legend 2012. En 2016, à Le Mans Classic en Groupe C, elle était bien : 4e à deux tours de la fin avant de casser la transmission. Depuis, le marché a flambé, les prix ont grimpé. Mon souci était que je ne pouvais plus être assis sur 500 000 euros et freiner tard. Je l’avais obtenu pour beaucoup beaucoup moins. Un jour, on est venu frapper à ma porte en me disant qu’on souhaitait me l’acheter et j’ai accepté. Je ne voulais pas la vendre, mais la valeur était trop forte. Comme je ne souhaitais pas rester devant la télé, j’ai décidé d’acheter une Lotus Elan. On m’a dit que ça ne coûtait pas trop cher et que je pouvais me faire plaisir avec. J’ai donc vendu la Spice à Rétromobile en février 2018 et j’ai trouvé la Lotus en Angleterre en avril. C’est une super auto et je prends du plaisir même si ce n’est plus la Spice… »Merci à Laurent Chauveau, Michel Faust et Christian Vignon pour leur contribution en photos !