Lucien Guitteny, part 2 : « J’ai demandé à un pilote de prendre son aspiration pour me qualifier ! »

Suite de notre entretien avec Lucien Guitteny qui compte huit participations aux 24 Heures du Mans. Après sa période GTS et IMSA, le pilote originaire d’Angers a piloté des Groupe C. Suite de son histoire…

Après plusieurs années sans participer à la classique mancelle, Lucien Guitteny revient aux 24 Heures du Mans, mais pas pour piloter une IMSA, mais une groupe C cette fois-ci. « J’ai piloté une Rondeau M379 C en 1982 car la société Primagaz avait engagé cette auto. J’avais déjà couru pour eux dans d’autres épreuves et ils m’ont proposé de faire les 24 Heures du Mans. Elle était équipée d’un moteur Cosworth 3 litres, mais ce n’était pas la version endurance. Il s’agissait d’une version F1 un peu dégonflée. Le moteur était quand même très pointu et prenait beaucoup de régime, à peu près 10 000 ou 10500 tours / minute. Cependant, la plage de régime était assez étroite, c’était donc une voiture exigeante. Sur le plan du freinage, par contre, je trouvais cela juste surtout par rapport à la légèreté de la voiture. Cependant, sur une course comme Le Mans, ça allait et la voiture était vraiment très bien surtout au niveau de la tenue de route. Elle était vraiment stable surtout aux vitesses que l’on atteignait, c’est-à-dire 325 km/h environ. Il fallait être attentif. Il y a eu une grosse évolution avec la Rondeau M382 l’année suivante. Avec sa meilleure aérodynamique, elle était évidemment plus rapide. Les freins étaient meilleurs. Le moteur était, cette fois ci, en version endurance, c’est-à-dire en 3.3 litres. Il avait une plage d’utilisation plus conséquente et on était bien sûr plus à l’aise pour pouvoir exploiter la voiture. »

Bien entendu, la différence entre les Ferrari des années 1970 et la Rondeau Groupe C, l’écart est important. « Par rapport à ce que j’avais pu piloter auparavant, c’était un vrai prototype. C’était puissant, léger, très réactif, très directionnel et ça avait de l’appui aérodynamique. Il fallait faire attention à la pédale de gaz. Cela demandait de l’attention et des vraies qualités de pilotage si on voulait aller très vite avec ces autos. »

Il dispute les 24 Heures du Mans à deux reprises avec cette auto en 1982 et 1983. Ensuite, l’Angevin se fait très rare en terre sarthoise. « Après 1983, je n’ai plus eu de réelles opportunités de refaire les 24 Heures du Mans et je dois dire que je n’ai pas vraiment cherché non plus. Ça venait un peu comme ça, je faisais d’autres choses aussi. En 1981, j’ai lancé une activité dans l’automobile qui me prenait beaucoup de temps. Il y avait donc ce garage, les courses de Production, etc…J’essayais d’être bon partout, mais ce n’était pas simple. Dans mon entreprise, il y avait des gens qui m’aidaient bien aussi comme mon épouse ainsi que des collaborateurs avec qui je travaillais depuis très longtemps et sur qui je pouvais me reposer. » 

Alors que l’on pensait ne plus jamais revoir Lucien Guitteny aux 24 Heures du Mans, il est de retour en 1995, soit 12 ans après sa dernière venue. « En 1995, j’ai eu l’opportunité de refaire les 24 Heures du Mans avec une Ferrari 355. Je m’étais inscrit au Ferrari Challenge Europe l’année précédente, championnat que j’ai gagné. Il y avait un concurrent qui s’appelait Christian Heinkele qui s’était dit qu’il allait préparer une 355 pour les 24 Heures du Mans. Il m’a alors demandé d’être son coéquipier, mais malheureusement, nous n’avons pas pu qualifier la voiture d’un rien… La tenue de route était fabuleuse, le châssis top, les passages dans les courbes rapides étaient un vrai régal, mais le moteur était juste. Elle avait été développée par Philippe Gardet.

Pendant les essais qualificatifs, j’avais dit à un copain qui avait une McLaren F1 GTR : « Fais tes temps et, quand tu as terminé, tu me le dis. Si tu peux me consacrer deux ou trois tours, j’aimerais bien que tu m’aspires dans toutes les lignes droites et que tu me laisses passer dans toutes les zones de freinage. Avec cette auto, je peux freiner hyper tard, tu me laisses passer le virage et je reprends ton aspiration dans toutes les lignes droites. »

Dans le premier secteur de la ligne droite, il me « tire », j’avais 300 tours / minute de plus en 5e. C’était juste énorme. Idem dans le 2e secteur, puis on arrive à Mulsanne. Là, il y avait plusieurs voitures devant lui. Il s’est dit que je n’allais pas être en mesure de les dépasser et qu’on allait passer Mulsanne derrière elles. Au virage, je me suis mis à coté de lui, j’ai freiné hyper tard mais les autres voitures m’ont gêné. J’ai alors fait un énorme travers, la voiture s’est arrêtée. J’ai remis la première, suis reparti, mais le tour était fini. C’est dommage, je suis sûr que je pouvais améliorer de cinq secondes. »  

Lucien Guitteny ne s’est pas seulement aligné aux 24 Heures du Mans, il compte même encore plus de participations aux 24 Heures de Spa qu’au Mans. En effet, il a pris part à la classique belge à seize reprises de 1970 à 1988 se classant même deux fois 4e, en 1980 et 1982. « Un jour un de mes amis me dit qu’il a engagé une NSU aux 24 Heures de Spa et il m’a demandé si je voulais la piloter. J’ai roulé avec des Alfa Romeo, beaucoup de BMW, des 635, des 530 et pour finir des M3. »

Maintenant, Lucien Guitteny ne fait plus de compétition. Il roule désormais en historique avec un plaisir non dissimulé. « J’ai fait le Challenge Ferrari quatre fois et je l’ai gagné à trois reprises. J’ai peu à peu décroché et maintenant, je fais de l’historique. Je prends part aux épreuves de Peter Auto, à l’Historic Tour, au Tour de France (en 2017) avec l’Alfa Romeo GTA. Je prends toujours autant de plaisir à piloter. »