Lucien Guitteny, part 1 : « Mes participations au Mans restent des grands moments de ma vie ! »

Lucien Guitteny est un ancien pilote des 24 Heures du Mans, épreuve qu’il a disputée à huit reprises. A 74 ans, il arpente toujours les circuits et les épreuves historiques. Nous l’avons rencontré lors d’une étape de l’Historic Tour l’an dernier et avons fait un bon dans le passé avec cet ancien Champion de France de Supertourisme.

Lucien Guitteny a pris part à ses premières 24 Heures du Mans dans les années soixante-dix. « Je suis venu pour la première fois au Mans en 1973 sur une Ferrari Daytona du NART (North American Racing Team). Mon coéquipier était un Américain, Bob Grossman. A l’époque nous n’étions que deux par équipage. Je me rappelle que, cette année-là, il avait fait très chaud et on fatiguait beaucoup dans la voiture. Mon coéquipier était plus gêné que moi côté fatigue. Comme il avait du mal à faire certains relais, il a donc fallu que je double les miens. Ce ne fut pas évident car j’étais moi-même entamé. Ça s’est bien passé jusqu’à 9 heures du matin où il a fait une sortie de piste à Mulsanne. Il a tapé à l’arrière droit, il a réussi à ramener l’auto au stand, mais elle était trop endommagée, en particulier le réservoir. Nous avons quand même essayé de repartir après quelques réparations. Comme les mécaniciens avaient refait le plein, on s’est rendu compte que de l’essence coulait sur le pneu, il était alors plus possible de continuer. C’est dommage, la voiture marchait vraiment bien. »

Il faut préciser que Lucien Guitteny est Angevin. Le fait de pouvoir participer à la prestigieuse épreuve en étant « presque local de l’étape » a été quelque chose de très important pour lui. « Ce fut juste fabuleux, c’est l’un des plus grands moments de ma vie. J’ai été entremis par l’ACO car j’étais pilote Shell au Mans en 1969. Ils m’avaient un peu recommandé à Luigi Chinetti (vainqueur des 24 Heures du Mans en 1932, 1934, 1949 et patron du NART, ndlr) et ça m’a permis de faire ces premières 24 Heures du Mans. »

Lors des quatre éditions suivantes, c’est à dire 1974 (Ferrari 365 GTB 4 avec Christian Ethuin 11e), 1975 (sur une Ferrari 365 GT4/BB avec Jacky Haran, non partante), 1977 (Ferrari 365 GT4/BB avec François Migault, 16e) et 1978 (Ferrari 365 GT4/BB avec François Migault, 16e), Lucien Guitteny reste fidèle à l’écurie américaine. « Le NART était essentiellement composée d’américains. Il y avait Luigi Chinetti, John Boss, le team manager. Ils engageaient plusieurs voitures à chaque fois, je dirais trois même parfois quatre si mes souvenirs sont bons. Les mécaniciens étaient italo-américains, tout se passait bien, c’était une belle équipe. Je suis resté avec le Nart et Ferrari car j’avais ces opportunités. Pendant plusieurs années, je ne suis pas allé chercher ailleurs, je trouvais ça tellement fantastique de rouler aux 24 Heures du Mans avec une Ferrari. Après ma première course avec eux en 1973 où je n’ai pas commis d’erreur et aligné de bons temps, ils m’ont sollicité pendant plusieurs éditions. »

Sa participation aux 24 Heures du Mans 1975 restera particulière pour le pilote français, il nous explique pourquoi. « Cette année là, il y avait deux Daytona, une 308 GT4 avec Harley Cluxton, le créateur de Mirage, et une BB512. Luigi Chinetti m’a laissé le choix, il m’a dit : « Laquelle voulez-vous piloter ? » Je lui ai répondu que comme j’avais déjà conduit la Daytona deux années de suite, je souhaitais donc la BB512. Il m’a alors dit : « Je comprends votre choix, mais je ne pense pas que ce soit le bon ! » Il a ensuite eu une altercation avec l’ACO car l’organisateur ne voulait pas accepter la 308 GT4 de Harley Cluxton car il n’avait pas fait le temps minimum. Il a alors menacé l’ACO de retirer toutes ses voitures si la 308 ne partait pas. Il a mis sa menace à exécution et une heure avant le départ, il a enlevé ses quatre voitures ! Je n’ai donc pas fait Le Mans cette année là..»

Après cinq éditions passées à piloter des Ferrari Daytona et des BB512, la question sur sa préférence était inévitable. « La Daytona était très plaisante à piloter de par son moteur puissant, son V12. C’était une Groupe IV, était préparée avec des pneus larges et des suspensions différentes. C’était une voiture très exigeante. Pour aller vite avec, c’était difficile. En dessous de 150 km/h, c’était dur ce qui veut dire que dans les courbes rapides et les lignes droites, ça allait, mais dans les virages serrés, c’était difficile. Rien à voir avec la BB512, elle était beaucoup plus légère du train avant, plus agréable et moins fatigante à piloter que la Daytona. »

A suivre…