La belle histoire de la Ford Mk IV Heron

Une des attractions du meeting de l’Historic Tour, sur le circuit Bugatti au Mans le week-end dernier, a été un des plateaux invités, le CSN Groep YTCC (Young Touring Car Challenge). On doit ce plateau, de près de 50 voitures aux Pays-Bas.

Dans ce plateau, un proto attirait particulièrement l’attention : la Ford GT40 Mk IV « Heron », une réplique de la mythique Ford Mk IV de Dan Gurney et A.J. Foyt, victorieuse aux 24 Heures du Mans 1967. Ford avait été la première à franchir le mur des 5000 kilomètres en 24 heures, en le pulvérisant avec 5233,9 kilomètres couverts. Cette Mk IV arborait le #1 et la Replica, présente au Mans 51 ans après l’original, portait bien entendu le même numéro.

La Mk IV de 1967 était revenue au Mans l’année dernière avant l’édition 2017 des 24 Heures pour célébrer les 50 ans de sa victoire (ci-dessous) et il faut avouer que la copie ressemble fort à l’original.

Cette Replica a une très belle histoire. Ross Baker, le constructeur néo-zélandais de la réplique (âgé de 76 ans), le Russe Aleksander Drogin, son pilote et actuel propriétaire, et Andris Stals, le préparateur de la voiture (de gauche à droite), nous ont accueilli dans le paddock du plateau YTCC.

Détail amusant : alors que  la Ford victorieuse au Mans en 1967 est le seul package 100% américain (châssis, moteur, pneumatiques et pilotes), la réplique est donc conduite en ce moment par un pilote russe….

Mr Baker, pourquoi et quand avez-vous décidé de construire cette réplique ?

« J’ai vu depuis la Nouvelle-Zélande la victoire de la Ford GT40 Mk IV au Mans et j’ai été enthousiasmé. Comme il était évidemment impossible d’acheter la voiture, j’ai décidé d’en construire une réplique. J’ai commencé à me mettre au travail en 1970, avec un ami Bob Gee. Nous avons entamé la construction dans mon garage, au sous-sol de mon habitation.

Le principal problème a été de réunir la documentation. Il n’y avait pas à l’époque les moyens de communication modernes que nous avons maintenant, aussi nous avons cherché et épluché tous les documents que nous pouvions trouver sur la Mk IV, dans les journaux, les magazines, les reportages. Ce fut très long et très difficile, avant que nous puissions commencer la construction.

Une fois cette documentation réunie, nous nous sommes mis à l’oeuvre. La tâche n’était pas facile. Il n’était pas possible d’avoir un châssis aluminium en nid d’abeille, aussi nous avons fait un châssis en acier. Nous avons assemblé une soixantaine de panneaux , cinquante-sept exactement, que nous avons faits nous-mêmes. La carrosserie est en fibre de verre. Le plus difficile a été très certainement le toit. Nous avons fabriqué la boîte de vitesses en aluminium, les moules, les carters. Après deux ans de travail, la voiture était finie. »

Qu’en avez-vous fait ensuite ?

« Nous voulions la faire courir. Malheureusement, durant l’année 1972, la Fédération néo-zélandaise de sport automobile a modifié la réglementation et a limité la cylindrée à deux litres, on ne pouvait donc plus faire courir la voiture. Bob et moi étions dévastés. »

Quel est son moteur ?

« C’est la principale différence avec la Mk IV victorieuse au Mans. Il était bien sûr impossible d’avoir le bloc Ford 7 litres qui équipait la voiture en 1967. De plus, en Nouvelle-Zélande il était très difficile et même pratiquement impossible d’avoir des moteurs Ford, alors qu’au contraire Chevrolet était puissamment implanté dans le pays. C’est pourquoi nous avons monté un moteur Chevy 5,4 litres, donc c’est une Ford Heron-Chevrolet ! »

Quelle était votre activité en Nouvelle-Zélande ?

« Je construisais des voitures Heron (du nom d’un oiseau néo-zélandais). Ma première réalisation fut la Heron MkI, basée un peu sur la Lotus 23B , puis la Heron Mk2 (à moteur Daimler et transmission de Citroën ID19, ndlr). En même temps, je faisais un peu de compétition automobile. En 1979, j’ai fondé avec ma femme, Bev, une nouvelle société, Heron Developments. Nous avons continué à construire des voitures de sport, pour la route ou la compétition, également des autos pour les conducteurs handicapés, et même une version électrique. »

Qu’est devenue la Ford Mk IV Replica ?

« J’ai fini par la vendre. Ensuite, je l’ai perdue de vue. Depuis la fin des années 1980, je n’avais aucune nouvelle de la voiture ni de sa localisation. Enfin, en 2012, j’ai appris par hasard qu’elle était en vente en Belgique, mais sans plus de détails ni de contacts. »

Andris Stals : « Quand nous avons acheté la voiture en 2015, Aleksander et moi avons recherché la trace de son constructeur. Nous n’avions pas d’indications, et cela n’a pas été facile jusqu’à ce que nous réussissions à entrer en contact avec Ross Baker en 2017. »

Ross Baker : »J’ai vraiment été très heureux d’avoir de nouveau des nouvelles de ma voiture et je remercie Andris et Aleksander de m’avoir recherché et contacté. Quand ils m’ont informé que la voiture allait courir cette année au Mans, j’ai décidé qu’il fallait que je vienne la voir. »

Aleksander, la voiture est-elle facile à piloter ?

« Cela dépend ! De l’entrée du paddock du plateau YTCC àl’autre bout,en ligne droite, c’est assez facile. Par contre, sur la piste, c’est autre chose ! C’est très difficile, la voiture est lourde, il n’y a aucune électronique au contraire des voitures modernes, uniquement des éléments mécaniques. Pour un pilote comme moi, c’est très compliqué, mais c’est une belle voiture, on est au Mans, donc c’est bien.. »

Andris Stals : « Ce qui complique encore plus le pilotage, ce sont les pneumatiques. La vraie Ford Mk IV avait d’énormes pneus Goodyear, très larges, que nous n’avons bien sûr pas. Les pneus que nous avons sur notre voiture sont de moins grande section, étroits, et cela la rend difficile à piloter. »

Mr Baker, vous et votre épouse, étiez-vous déjà venus en France ?

« Jamais ! C’est la première fois que nous venons. Mais quand j’ai su que la Mk IV Heron allait courir au Mans, j’ai été stupéfait. C’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé ! Aussi Bev et moi avons décidé de venir depuis l’Australie où nous habitons maintenant. C’est quelque chose que je ne pouvais pas rater ! »