Jürgen Barth : “Aussi longtemps que les roues tournent, il est possible de gagner…”

Nous donnons la parole aujourd’hui à un grand monsieur du sport automobile. Non seulement Jürgen Barth a remporté les 24 Heures du Mans 1977 avec Hurley Haywood et Jacky Ickx (qui était venu les épauler en cours d’épreuve), entre autres succès, mais il a œuvré et œuvre toujours pour le développement du sport auto.

On ne citera pas toutes ses victoires, la liste serait trop longue. Sa carrière est évidemment liée à Porsche dont il est inséparable et tous ses succès sur circuit ont été remportés avec la marque allemande. Il faut faire un choix et on citera le Grand Prix de Paris-Montlhéry 1971 sur une Porsche 911 ST, les 1000 Km du Nürburgring en 1974 avec John Fitzpatrick sur une Porsche 911 RSR, les 24 Heures du Mans 1977 avec la Porsche 936 #4 évidemment, les 1000 Km de Monza et les 900 Km de Dijon sur Porsche 935 avec Henri Pescarolo, la 1ère place en GT au Mans en 1993 sur une Porsche 911 RSR Larbre Compétition avec Dominique Dupuy et Joël Gouhier (ci-dessous)…

En Rallye, il a remporté le Rallye de Monte-Carlo 1978 en Groupe 1 avec…une Toyota Corolla. Il continue à courir avec brio dans les courses historiques avec une victoire au Tour Auto 1995, avec une 911 RSR, de multiples victoires en Classic Endurance Racing dont il a été champion en 2014 avec, bien sûr, une 911 RSR. Il participe régulièrement à Le Mans Classic, remportant le plateau 6 en 2004 sur une Porsche 936 avec Jean-Marc Luco.

En dehors de sa carrière sportive, il a multiplié les activités, toujours en relation avec le sport auto : Directeur du Département Compétition-Client de Porsche à partir de 1982, Président de la Commission Sportive de la FIA de 1982 à 1986, fondateur de l’OSCAR, organisme responsable de l’organisation et de la promotion des courses du Groupe C FIA entre 1984 et 1989, représentant des pilotes au sein de la Fédération Allemande de Sport Auto, cofondateur du BPR avec Patrick Peter et Stéphane Ratel, représentant des constructeurs dans la Commission FIA des courses historiques et bien d’autres activités et responsabilités.

Edgar, votre père, a couru en Formule 1, a été trois fois Champion d’Europe de la Montagne et vainqueur de la Targa Florio. Quel a été son impact sur votre passion pour le sport automobile ?

« Oui, il a influencé ma carrière. Il a été Champion d’Allemagne de l’Est Moto et Auto avec BMW. En 1957, il a fui l’Allemagne de l’Est pour passer en Allemagne de l’Ouest, a alors travaillé au Service de la Presse Sportive de Porsche. Il a été ensuite trois fois Champion d’Europe de la Montagne, a disputé sept fois les 24 Heures du Mans et a remporté la Targa Florio en 1959. Le même sang et la même passion coulent dans mes veines. Quand nous avons fui l’Allemagne de l’Est, j’avais dix ans. A cette époque, mon père donnait également des cours de pilotage sur le Nürburgring. Aussi, dès mes dix ans, j’avais déjà conduit moi-même des Porsche Carrera. »

Vous avez débuté chez Porsche en tant qu’ingénieur…

« Je suis rentré chez Porsche en tant qu’apprenti mécanicien et ce pendant trois ans et demi. Ensuite, j’ai fait des études commerciales et suis devenu ingénieur, débutant directement au service sportif de Porsche sous la direction de Huschke von Hanstein, effectuant le même travail que mon père auparavant et m’occupant également des clients. Dans le même temps, je m’occupais également de l’administration du Service Compétition de Porsche. »

Votre père a couru sept fois au Mans, toujours au volant de Porsche, comme vous-même. Comment définiriez-vous vos relations avec Porsche ?

« Nous faisons en quelque sorte partie de la famille. »

Vous êtes entré dans l’histoire en tant que membre du premier équipage de trois pilotes à remporter les 24 Heures du Mans, avec Hurley Haywood et, plus tard, au cours de la course, Jacky Ickx. Est-ce que Hurley et vous étiez contents de cette situation ?

« Oui, c’est toujours bon d’avoir Jacky avec nous. »

Le Mans 1977

Votre Porsche 936 avait été retardée en début de course lors des 24 Heures du Mans 1977. Vous aviez perdu neuf tours pour changer la pompe. Pensiez-vous à ce moment-là que la course était terminée -du moins pour faire un bon résultat- ?

« Non, je n’abandonne jamais l’espoir de gagner une course. Aussi longtemps que les roues tournent, c’est possible. »

Quand avez-vous commencé à reprendre un peu espoir ?

« La nuit, quand toutes les Renault ont cassé. »

Le Mans 1976

Vous aviez couru six fois au Mans avant 1977. A quoi pense un vainqueur du Mans sur le podium ?

« C’est magnifique, on ne trouve pas de mots. On y croit seulement quelques jours plus tard.»

Avez-vous quelques souvenirs particuliers du Mans ?

« Oui, beaucoup, des bons et des mauvais. Les bons, les soirées au Pavillon Martini & Rossi le soir après les qualifications et les soirées Moët chez Maurice Genissel (actuellement Auberge des Hunaudières, ndlr). Les mauvais, la perte de Joakim Bonnier et d’autres…»

Au Mans, vous avez piloté des GT et des Prototypes. Que préfériez-vous ?

« J’aime toutes les voitures et je prends du plaisir dans toutes. »

Le Mans 1978

Vous avez été le coéquipier de quelques-uns des plus célèbres pilotes d’endurance comme Jacky Ickx ou Bob Wollek, ou encore Reinhold Joest. Que pouvez-vous en dire ?

« Jacky est un vrai pilote d’endurance avec un esprit fort, Reinhold Joest est, avant tout, un très bon ami tout en étant un pilote rapide et régulier. Quant à Bob Wollek, il était vraiment également un très bon ami avec une vraie forte personnalité. »

Quelle courses au Mans avez-vous préférée ? Avez-vous eu quelques regrets au Mans ?

« Evidemment, c’est celle de 1977, sinon je n’ai pas de regrets. »

@Porsche

En 1977, alors que votre Porsche était en tête, vous avez eu un dernier relais difficile. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

« Après 22 heures de course, nous étions en tête et l’équipe a alors décidé de faire reprendre le volant à Hurley Haywood. Il n’avait plus piloté depuis 22 heures la veille. Au bout d’un tour, un cylindre et un piston étaient gravement endommagés (voir les photos que Jürgen Barth nous a gentiment transmises). Nous avions la possibilité de rester au stand pendant 45 minutes et nous aurions toujours été en tête. Cependant, on doit réglementairement boucler un dernier tour. Je devais alors partir pour ce dernier tour avant 16 heures et je devais le faire dans un temps minimum, pas plus lent que trois fois le chrono que nous avions fait en qualification, selon le règlement (Jürgen Barth avait tourné en 3’40”, septième temps des qualifications, ce dernier tour devait donc être effectué en moins de 11 minutes, ndlr). Je suis donc reparti et j’ai fait deux tours avec un moteur qui n’avait plus que cinq cylindres mais, avec ma formation de mécanicien, ce ne fut pas un problème.»

A part Le Mans, quelles étaient vos épreuves préférées. ?

« Le Rallye de Monte-Carlo et, bien sûr, le Nürburgring et la Targa Florio. »

Quelle a été votre voiture préférée ?

« La Porsche 908/3 Turbo. »

Le Mans 1975

Vous avez été un des fondateurs du BPR (B pour Barth) avec Patrick Peter et Stéphane Ratel. Que pensez-vous des championnats GT actuels ? Quelle est votre vision des courses GT ?

« Pour moi, le problème, c’est que ça devient très cher, et ça augmente tout le temps. Après le GT3, c’est au tour du GT4. »

Vous êtes Vice-Président du Club des Pilotes des 24 Heures du Mans. Quel développement espérez-vous pour le Club ?

« Nous devons être plus actifs au sein du Club pour recruter davantage de membres. Ainsi nous aurons un meilleur budget et nous devrions faire davantage d’action.»

Jürgen Barth à Spa en Classic Endurance Racing avec une Porsche 911 RSR en 2017

Nous remercions vivement Jürgen Barth ainsi que Christian Vignon, Luc Joly, Dereck Latet et Porsche pour les photos.

Plus de photos des participation de Jürgen Barth au Mans ICI