Jochen Mass : «1989 ne fut vraiment pas une victoire facile !»

Jochen Mass a disputé les 24 Heures du Mans à onze reprises. Il a signé la pole position en 1986 au volant d’une Porsche 962 C et a surtout remporté l’édition 1989 avec Sauber Mercedes. Le pilote allemand, qui compte également 114 Grands Prix en Formule 1 (victoire en Espagne en 1975), est revenu sur ses différentes expériences mancelles.

La première apparition du pilote allemand remonte à 1972. Cette année là, il est impliqué dans le Championnat d’Europe des voitures de tourisme. Il découvre alors les 24 Heures du Mans sur une Ford Capri 2600 RS (photo d’un modèle identique sauf qu’il s’agit d’une version 1973) qu’il partage avec avec Hans-Joachim Stuck (abandon). « Ce fut une année difficile car, lors cette édition, Joakim Bonnier est décédé (le pilote suédois s’est tué à bord de sa Lola T280, ndlr). J’ai roulé avec une Ford Capri qui n’était pas très rapide. De toute façon, ce mélange en 1972 entre prototypes et GT n’était pas idéal. » Il se concentre ensuite plus sur sa carrière en Formule 1, discipline qu’il intègre en 1973. Il ne revient aux 24 Heures du Mans qu’en 1978 au volant d’une des deux Porsche 936/78 de l’équipe Martini Racing Porsche System (avec Jacky Ickx et Henri Pescarolo, abandon).

De 1978 à 1987, il dispute les 24 Heures du Mans à sept reprises pour le constructeur de Stuttgart. Cependant, alors qu’il est dans des machines capables de l’emporter (sur ses 7 éditions, Porsche en a remporté six !), il manque de chance en abandonnant ou en terminant 2e ! « Je dois bien avouer que c’est un vrai regret de ne pas avoir gagné avec Porsche. Par deux fois, je suis vraiment passé tout prés (dont 1982 où il termine 2e avec la Porsche 956 qui faisait ses débuts en Sarthe, ndlr). Si j’avais eu un peu plus de chance, cela aurait pu se réaliser. Cependant, j’y ai toujours cru. Jamais l’idée de ne jamais avoir l’occasion de remporter les 24 Heures du Mans ne m’a effleuré l’esprit. Certes, j’ai dû attendre 17 ans avant de gagner, mais j’ai toujours adoré cette course. Je n’ai jamais été superstitieux, j’ai juste souvent manqué un peu de chance pour gagner plus. »

Le Graal est enfin touché le 11 juin 1989. Cette année, là, trois Sauber C9 Mercedes sont engagées. Elles commencent à faire des dégâts en Championnat du monde des voitures de sport (une victoire en deux courses) et continueront par la suite s’adjugeant sept des huit manches ! Aux 24 Heures du Mans, Jochen Mass pilote la #63 en compagnie de Manuel Reuter et Stanley Dickens. « La période Sauber a déjà commencé pour moi en 1988 et je dois dire que cela n’avait pas très bien débuté. Nous avons été obligés de nous retirer suite à des soucis de pneumatiques (problèmes d’éclatement des gommes lors des essais non résolus, ndlr), nous n’avons pas disputé la course. La voiture n’était pas bien équilibrée, elle était trop chargée aérodynamiquement, c’est pourquoi les pneus ne résistaient pas. Nous avons beaucoup travaillé avec Michelin en vue de l’édition 1989. La Sauber C9 a bien évolué même si on continuait, cette année là, à perdre du temps dans les virages lents. Par contre, l’auto était solide, le moteur était excellent, c’était un 5 litres fabuleux, nous roulions très vite en ligne droite. Suffisant pour gagner, mais je dois bien avouer que ce ne fut pas une victoire facile. J’ai beaucoup couru tout au long de ma carrière, mais je dois dire que les 24 Heures du Mans 1989 restent ma plus belle victoire. »  

 

Deux ans plus tard, Mercedes faisant l’impasse sur l’édition 1990 que Jaguar va remporter, trois Sauber C11 Mercedes sont de nouveau alignées. La victoire lui tend les bras mais… « Nous sommes revenus deux ans plus tard, en 1991. Je pilotais la Sauber C11 Mercedes avec Jean Louis Schlesser et Alain Ferté. Nous avons de nouveau failli gagner, nous étions largement en tête, trois ou quatre tours d’avance, je crois (la voiture a été en tête de la 6e à la 21e heure, ndlr). Cependant, un petit bracelet s’est cassé et a entrainé une surchauffe (moteur cassé). Je regrette beaucoup de ne pas avoir pu remporter la course cette année là.»

Pendant quatre ans, il ne remet plus les pieds en Sarthe jusqu’en juin 1995 qui restera à jamais sa dernière participation. Il fait alors cause commune avec un autre vainqueur du Mans (1990), John Nielsen, et Thomas Bscher sur la McLaren F1 GTR #49 West Competition ( abandon à la 13e heure sur problème d’embrayage). « En 1995. La McLaren était une bonne voiture mais nous avons eu un souci avec le refroidissement des freins. De plus, un problème d’essuies glaces est venu se greffer, plus précisément avec le moteur électrique qui les entraîne. C’est dommage et gênant car, cette année là, il a beaucoup plu. C’était déjà une autre époque par rapport à ce que j’avais connu avant avec les Groupe C dans les années 80. Ce fut ma dernière apparition en Sarthe, mais je suis toujours cette course. Pour moi, Le Mans est toujours éternel ! »