Henri Pescarolo : « L’Endurance, c’est 1+1+1 = 1 »

Pescarolo Judd #16 - Team Pescarolo, journÈe test, 4 juin 2005, 24H du Mans 2005

En 2005, on ne parlait pas encore de Le Mans Hypercar ou de LMDh pour les 24 Heures du Mans mais il y avait de l’hybride dans l’air. L’Automobile Club de l’Ouest proposait aux équipes de pouvoir faire rouler leurs prototypes 2004 en 2005 ou d’appliquer dès 2005 la nouvelle définition aéro obligatoire à compter de 2007.

Du côté de Pescarolo Sport, on faisait le choix d’une Pescarolo C60-Judd hybride, ce qui était synonyme de 15% de puissance en plus, un poids inférieur de 50 kg et 10 litres de carburant en plus. Henri et son équipe ont donc planché sur un tout nouveau prototype en dehors de la coque. Le programme comprenait la saison Le Mans Endurance Series et les 24 Heures du Mans avec deux autos. Manu Collard, Jean-Christophe Boullion et Erik Comas se partageaient la #6, la #17 étant pour Soheil Ayari, Sébastien Loeb et Eric Hélary. Pour Henri Pescarolo, le patron d’équipe, 1+1+1 n’est pas égal à 3.

Comment sélectionnez-vous vos pilotes ? 

« J’ai l’habitude de dire, sous forme de boutade, qu’un champion du monde d’Endurance, c’est un champion du monde de F1 avec quelque chose dans la tête. Les 24H du Mans constituent un défi humain et sportif extrême. Chaque pilote conduit au quasi-maximum du potentiel de la voiture pendant huit heures, l’équivalent de quatre GP de F1 bout à bout, de jour et de nuit, sans le moindre droit à l’erreur. Tous les pilotes que nous avons chez Pescarolo Sport auraient pu faire une excellente carrière en F1. S’il y avait un classement international, comme au golf ou au tennis, ils seraient tous dans le top 20 ou 30 mondial. » 

Quelles qualités marie-t-on pour constituer des équipages ? 

« Ce sont des têtes et des coeurs que nous assemblons. Un équipage au Mans, c’est comme une cordée en haute montagne, un équipage de course au large. Chacun doit avoir envie de partir avec l’autre, oublier son ego, se sacrifier si nécessaire. La règle, n’est pas de briller sous les yeux du public, mais de faire le don de soi à l’équipe. Seuls des pilotes intelligents, qui se respectent, dépourvus de complexe vis-à-vis de ceux avec qui ils partagent le volant, moralement et mentalement solides, peuvent y parvenir. Il n’y a pas de star dans un équipage de trois pilotes : 1+1+1 = 1 » 

Même avec Sébastien Loeb dans l’équipe ? 

« Dans sa discipline, Sébastien Loeb est une vraie star. Chez Pescarolo Sport, Sébastien Loeb est un des excellents sept pilotes de l’écurie (Benoit Tréluyer est pilote de réserve, ndlr). Rien n’obligeait Sébastien à venir disputer les 24H du Mans, sinon l’envie, la recherche de plaisir sportif. La saison dernière, après son titre mondial, PlayStation qui est à la fois son sponsor et celui de Pescarolo Sport, lui avait offert comme cadeau quelques tours dans notre voiture sur le circuit du Castellet. Après l’essai, il m’a à plusieurs reprises fait part de son envie de disputer les 24H du Mans. Avec Georges Fornay, PDG de PlayStation, nous avons fini par le prendre au sérieux et nous nous sommes organisés pour que cela soit possible et Citroën a eu la grande générosité de le lui permettre. Ce faisant, Sébastien prend un gros risque. Il fait équipage avec Soheil Ayari et Eric Hélary, des garçons aguerris et très performants. Lui aborde une autre discipline et sait qu’il doit être à leur niveau. C’est très courageux de sa part. » 

Le Mans, course d’équipe dans la voiture mais aussi hors de la voiture…

« Lorsqu’une voiture s’arrête aux stands, elle mobilise potentiellement 16 personnes qui lui sont exclusivement dédiées, plus quelques techniciens qui servent les deux autos. Chaque équipe technique est composée et organisée avec le même soin que les équipages de pilotes. Les hommes qui travaillent ensemble doivent parfaitement se connaître pour agir vite, efficacement, harmonieusement. C’est dans une situation d’urgence que ces qualités font la différence. Le Mans est la dernière épreuve complète du sport automobile. L’ultime démonstration que la machine, à elle seule, ne fait pas la victoire. Qu’un homme isolé, quel que soit son talent, n’est rien sans d’autres hommes à ses côtés. Et que la performance n’est pas le résultat d’exploit individuel, mais bien le fruit d’un acte héroïque collectif. Le Mans, c’est la victoire du tout, de l’esprit de groupe, sur l’individualisme. »