Entretien avec Hurley Haywood, part 2…

oici la suite de l’entretien que nous accordé Hurley Haywood. Il nous parle ici de Daytona, du Mans, de ses coéquipiers et circuits préférés.

Hurley, pouvez-vous comparer les ambiances de Daytona et du Mans ?

“Les deux courses sont très, très différentes, même si elles durent toutes deux 24 heures. Je pense que chaque course offre son propre lot de challenges. A Daytona, on court davantage de nuit – il y a 12 heures de réelle obscurité à Daytona contre peut-être cinq heures au Mans, en raison de la période de l’année, aussi c’est une chose qui rend Daytona plus difficile. Je pense que le niveau des pilotes au Mans est probablement un peu meilleur qu’à Daytona. De par l’importance de cette course, il peut y avoir des pilotes qui courent une ou deux fois l’an. Au départ d’une de nos 24 Heures de Daytona, il peut y avoir près de 70 voitures, ce qui peut faire environ 300 pilotes. C’est impossible de tous les connaître, aussi à chaque tour, vous tombez sur des personnages inconnus. En conséquence, vous devez vous montrer très prudents. Je pense que les pilotes doivent être très, très disciplinés à Daytona, alors que l’on peut ne pas avoir ce problème au Mans parce non seulement les engagés sont de haut calibre, mais les pilotes également. Ensuite, bien sûr, Daytona a un gros banking avec une pente de 33%, qu’il faut affronter tour après tour. Cela fait beaucoup de dégâts sur la voiture et le pilote, tandis que Le Mans est lisse comme un billard, donc on n’a pas de problèmes de suspension. Tout compte fait, c’est plus rapide, mais c’est aussi très plat et c’est ce qui permet de conduire très vite.”

Vous avez couru au Mans en équipage de deux pilotes, avec le regretté Bob Wollek. Est-ce vraiment différent et plus dur qu’avec un équipage de trois pilotes?

“Et comment! Deux pilotes au Mans, c’est vraiment pénible et si un des deux pilotes a un quelconque problème, on doit simplement faire avec. En raison de la nature de ces courses, c’est réellement un sprint et on doit courir à fond lors de son relais. Il faisait très chaud dans les 962 et alors nous n’avions pas de confort, telles les dernières innovations médicales, comme l’hydratation du pilote, qui existent maintenant. C’était un vrai challenge de piloter sur cette distance-là à deux pilotes. A Daytona, nous sommes quatre pilotes habituellement. Je pense que Daytona est plus difficile physiquement que Le Mans, parce qu’il faut se battre avec le gros banking. Au Mans, le nombre maximum de pilotes, c’est trois, mais même à trois, c’est dur. Je me souviens combien nous étions fatigués après la victoire de 1994 car nous avions dû piloter à fond tout le temps. Nous avions dû réellement pousser au maximum des performances, aussi nous étions tous très fatigués après cette course. C’est pourquoi, oui, trois c’est vraiment mieux que deux.”

A part Daytona et Le Mans, quels sont vos meilleurs souvenirs? Et les plus mauvais, s’il y en a ?

“Tous les souvenirs de course sont bons. Prenez Daytona, par exemple. J’ai probablement pris le départ environ 39 fois, j’ai gagné cinq fois, j’ai remporté une victoire de catégorie, et j’ai été dans le Top 10 de nombreuses fois. Toutes les autres fois où je n’ai même pas terminé ne sont pas des mauvais souvenirs. A chaque course, on part avec l’intention de gagner, en espérant et en faisant des prières pour gagner, mais parfois tout ne se passe pas selon ce qui était prévu. Et même alors, il y a quelques bonnes choses qui se produisent dans ces courses-là. Les meilleurs souvenirs sont souvent ceux où vous avez bien piloté, pas seulement quand vous avez gagné la course. Il y a eu des moments où je n’ai pas gagné mais où je pense que j’ai fait personnellement du bon travail, ou que le team a vraiment bien fait son job, mais où quelqu’un d’autre l’a simplement fait un petit mieux que nous et l’a emporté. Cela vous donne l’envie de revenir l’année suivante et de faire encore mieux. Je pense que c’est un des meilleurs aspects des courses de 24 heures.

“Tous les ans, je me dis “cette fois, ça y est” , je ne reviendrai pas. Puis, l’année suivante, il se trouve que je cours encore, aussi c’est une de ces choses dont on a du mal à se séparer. Il y a tellement de variables pour gagner ces courses-là que c’est vraiment sympa quand elles se combinent et nous mènent à la victoire. Je n’ai pas vraiment de mauvais souvenirs en course, autres que les deux fois où j’ai eu un accident et où je me suis blessé. Mais, même alors, je me suis rétabli et j’ai continué. Les pilotes de course ne veulent pas vraiment s’attarder sur les mauvais côtés – ce sont des gens positifs et de quelque sorte ils refoulent ce qui est mauvais et ils se concentrent sur tous les bons souvenirs.”

Parmi vos nombreux coéquipiers, qui vous a impressionné le plus ?

“L’une des raisons pour laquelle j’ai eu autant de succès dans les courses d’endurance tient au fait que j’ai vraiment eu la chance d’avoir quelques-uns des meilleurs pilotes au monde comme coéquipiers. Vous pouvez être le pilote le plus rapide du monde, mais si vous avez un mauvais coéquipier, vous ne pouvez simplement pas bien faire. C’est essentiel d’avoir des gars et un team vraiment solides derrière vous.

“La liste des coéquipiers que j’ai eus à la fois au Mans et à Daytona est relativement courte, mais il y en a quelques-uns qui me restent à l’esprit. Bob Wollek est un de ceux-là, et j’ai vraiment adoré faire équipe avec lui. Lui et moi avions des relations très fortes. Il m’a toujours aidé alors que j’étais encore en phase d’apprentissage et nous avons la même philosophie par rapport au sport automobile, aussi c’était génial d’être son coéquipier. Même aujourd’hui, quand je prends le départ de l’une de ces courses d’endurance, ses conseils et ses avis éclairés me manquent. Vern Schuppan a été aussi un grand coéquipier. J’ai couru avec lui, l’ayant eu comme équipier et comme patron d’écurie, alors qu’il était le propriétaire d’un team qui courait au Japon. C’était toujours intéressant de courir avec pour lui comme propriétaire car il était pilote dans le m^me temps, aussi il comprenait ce qu’il nous fallait et ce qui nous venait à l’esprit. Bien sûr, Peter Gregg est sur la liste, lui et moi avons gagné tant de fois ensemble. Peter a été l’homme qui a vraiment lancé ma carrière de coureur automobile. Puis, il y a Jacky Ickx. C’est difficile de mentionner des équipages sans mentionner Ickx – c’est l’un des pilotes d’endurance les plus titrés de tous les temps. C’était un vrai gentleman. J’ai apprécié sa compagnie et lui et moi sommes toujours de bons amis. Il y en a beaucoup d’autres avec qui j’ai fait équipe, mais ces gars-là sont vraiment ceux qui ressortent parmi mes souvenirs.”

Quels sont vos circuits préférés ?

“Daytona est pratiquement dans mon jardin -c’est à moins d’une heure de chez moi en voiture, et j’aime ce circuit. Et j’aime aussi Watkins Glen. C’est un des circuits les plus historiques et des plus classiques. J’aime également les circuits européens – Le Mans est, bien sûr, spécial pour moi. Au stade de ma vie où j’en suis en tant qu’homme et en tant que pilote, les circuits qui sont les plus proches des aéroports et qui ont les meilleur hôtels et les meilleurs restaurants sont ceux que j’aime le mieux! Sérieusement, il y a beaucoup de circuits, mais j’aime conduire sur tous. Honnêtement, je ne connais pas un circuit que je n’ai pas aimé. On essaie de ne pas penser du mal d’un circuit parce que je crois qu’à ce moment-là, on y sera malchanceux, aussi j’essaie de les mettre tous sur un pied d’égalité.. Il y en a quelques-uns où il semble que j’aie eu plus de chance que sur d’autres, aussi il se trouve que ce sont ceux qui ont ma préférence.”