Entretien avec Hurley Haywood, part 1…

L’ACO a choisi Hurley Haywood comme Grand Marshal des 24 Heures du Mans 2019. Une juste récompense pour l’un des pilotes les plus titrés en Endurance. Entretien avec le Grand Marshal 2019…

Hurley Haywood possède un palmarès richissime, l’un des plus fournis de notre discipline. Si on a pu qualifier Jacky Ickx, puis ensuite Tom Kristensen de “Monsieur Le Mans”, on peut également appeler Hurley Haywood “Monsieur Daytona”, puisqu’il détient le record du nombre de victoires dans les 24 Heures du même nom, qu’il a remportées à cinq reprises : en 1973, en 1975, en 1977, en 1979 et en 1991. Il devance d’autres noms célèbres : Peter Gregg, Rolf Stommelen, Bob Wollek et Pedro Rodriguez, qui ont triomphé quatre fois en Floride.

Il s’est illustré également dans la Sarthe, en remportant trois victoires : en 1977, en 1983 et en 1994. Il a couru à 14 reprises au Mans, sa première course remontant à 1977, avec donc un succès, et la dernière à 1994, avec pareille réussite. Le point commun entre ces huit victoires dans une épreuve de 24 Heures est qu’elles ont toutes été acquises au volant d’une Porsche, Hurley Haywood étant étroitement lié au constructeur allemand. Rappelons qu’il est le premier pilote à avoir remporté la même année les 24 Heures de Daytona et les 24 Heures du Mans, c’était en 1977.

Voici le détail de ces huit triomphes :

Le Mans

1977 : Porsche 936/77 : Hurley Haywood/Jacky Ickx/Jürgen Barth
1983 : Porsche 956 : Hurley Haywood/Al Holbert/Vern Schuppan
1994 : Dauer-Porsche 962 LM : Hurley Haywood/Yannick Dalmas/Mauro Baldi

Daytona

1973 : Porsche 911 Carrera : Hurley Haywood/Peter Gregg
1975 : Porsche 911 Carrera RSR : Hurley Haywood/Peter Gregg
1977 : Porsche Carrera RSR : Hurley Haywood/John Graves/Dave Helmick
1979 : Porsche 935 Turbo : Hurley Haywood/Ted Field/Danny Ongais
1991 : Porsche 962C : Hurley Haywood/John Winter/Frank Jelinski/Bob Wollek/Henri Pescarolo

Première victoire à Daytona en 1973 avec Peter Gregg sur une Porsche Carrera du Brumos Racing.

Débuts au Mans en 1977 et premier succès avec Jacky Ickx et Jürgen Barth sur Porsche 936.

Victoire pour la finale du Grand-Am 2009 à Miami avec João Barbosa sur une Riley Porsche Brumos.

Comme on peut le constater, Haywood a côtoyé tous les princes de l’endurance ou presque : Peter Gregg, avec qui il formait un tandem difficile à battre aux USA dans les années 1970, Jacky Ickx, Yannick Dalmas, Bob Wollek, Henri Pescarolo, et beaucoup d’autres. Assez curieusement, pour sa première victoire dans une course de 24 Heures en 1973, Haywood battit avec sa Porsche GT (devant la Ferrari Daytona de François Migault et Milt Minter) tous les prototypes qui subirent ce jour-là une rude défaite, aucun d’entre eux n’étant à l’arrivée, pas plus la Matra MS670 de Cevert/Beltoise/Pescarolo, pas plus que les Mirage M6 du Gulf Racing ou encore les Porsche 908, Chevron et autres Lola. Pour sa dernière victoire dans une épreuve de ce type, en 1994 au Mans, le pilote américain profita de la nouvelle réglementation du GT1 pour battre en compagnie de Yannick Dalmas et de Mauro Baldi les protos avec une Porsche GT… très spéciale, la Dauer Porsche LM !!

Il connut également la réussite dans les 12 Heures de Sebring, qu’il remporta deux fois, en 1973, associé à Peter Gregg et Dave Helmick -avec donc le doublé Daytona-Sebring- et en 1981, sur une Porsche 935 K3, associé à Al Holbert et Bruce Leven. Il fut par ailleurs le premier vainqueur du Championnat IMSA, en 1971, avec une Porsche 914/6 et remporta également le titre en 1972 avec une Porsche 911. Il a été également Champion Trans-Am en 1988, sur une Audi cette fois, une 200 Quattro Turbo et entre sa victoire de 1979 à Daytona et celle de Sebring en 1981, il a même participé aux 500 Miles d’Indianapolis, dans un registre bien différent, réussissant à se qualifier et à terminer 18ème.

Voici une carrière -qui s’étend maintenant sur quarante années- qui méritait bien un coup de projecteur.

Hurley, comment avez-vous débuté en sport automobile ?

“Lorsque j’étais au Lycée ici en Floride, j’avais une Corvette très rapide, aussi j’ai commencé à l’emmener sur un circuit local. Un week-end, Peter Gregg était sur ce circuit avec sa voiture de course, testant une nouveauté qu’il allait essayer le prochain week-end dans une course où il s’était engagé. Je ne savais pas vraiment qui était Peter Gregg, aussi, pour faire court, quand lui et moi réalisèrent ex aequo le meilleur temps de la journée, nous avons dû ensuite nous départager. Après que je l’aie battu, il est venu vers moi et m’a dit : “Tu dois être plutôt bon pour m’avoir battu!” Après cela, nous sommes devenus amis et j’ai commencé à le suivre sur ses courses et à travailler avec ses mécaniciens.

“Dans le même temps, j’avais discuté avec mon père pour qu’il m’aide dans ma carrière de coureur sur la base d’une période d’essai. Nous sommes tombés d’accord sur un créneau de deux ans et il m’a dit que si je réussissais pas à poursuivre à ce niveau au bout de cette période, je devrais arrêter et faire quelque chose de plus raisonnable. Heureusement, j’ai pu tirer parti de la situation et continuer, le reste appartient à l’histoire. J’ai eu de la chance la plupart du temps et j’ai été au bon endroit au bon moment.”

Vous avez gagné trois fois au Mans, pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de ces victoires? Quelle est votre préférée?

“Ma première victoire, c’était en 1977. J’ai fait équipe avec Jacky Ickx, qui avait été transféré sur cette voiture après que sa voiture ait eu un problème et ait abandonné (Jacky Ickx était l’équipier de Henri Pescarolo sur la Porsche 936 n°3 qui abandonna lors de la 4ème heure, sur problème de bielle, NDLR), et avec Jürgen Barth. Ce fut une victoire assez incroyable, et c’était la première fois que je courais au Mans. J’avais gagné trois fois à Daytona avant cette course, mais Le Mans, c’est une course vraiment particulière et un endroit vraiment spécial. C’était également la première fois que je pilotais pour l’équipe d’usine Porsche, aussi c’était un deal plutôt sympa. Il n’y a pas beaucoup de gens à pouvoir dire que la première fois qu’ils ont couru au Mans, ils ont gagné, et donc j’ai rejoint une élite restreinte.

“Ma deuxième victoire, c’était en 1983 avec Al Holbert et Vern Schuppan, et c’était très spécial car tous deux étaient de bons amis. Nous nous sommes battus pendant les 24 heures entières et notre moteur a presque rendu l’âme dans le dernier tour et la voiture a ralenti. Al Holbert était au volant pour le dernier relais et a tout juste réussi à traîner tant bien que mal la voiture jusqu’à l’arrivée, alors que la voiture soeur de Jacky Ickx et Derek Bell nous rattrapait presque. Je pense que nous avons gagné avec seulement vingt ou trente secondes d’avance, aussi ce fut une victoire très serrée.

“La troisième fois, c’était en 1994, avec une des Dauer Porsche 962, et c’était également spécial -Norbert Singer avait trouvé une lacune dans la réglementation et pratiquement, nous avons pris une 962 et nous l’avons déshabillée pour la munir d’un fond plat. La voiture était très agréable à conduire, très rapide dans les lignes droites. Elle me rappelait le pilotage de la 936 qui était la voiture que j’ai préféré piloter, aussi nous avons passé de bons moments et nous avons remporté la course.

“Voilà mes trois victoires au Mans. C’est difficile de dire laquelle serait ma préférée – les trois je pense, je dirais quand même que la victoire de 1983 est celle que je préfère, simplement parce que les gars avec qui je faisais équipe, Holbert et Schuppan, étaient de grands amis. Ce fut aussi une de ces courses où il a fallu se battre jusqu’à la dernière heure, aussi nous étions sur le fil du rasoir tout le temps. Cela a rendu cette victoire spécialement gratifiante.”