Duncan Hamilton, vainqueur des 24 Heures 1953, aurait eu 100 ans aujourd’hui..

Duncan Hamilton aurait eu 100 ans aujourd’hui. Son nom ne vous est donc peut-être pas familier, mais il mérite qu’on évoque sa mémoire.

Son fait de gloire en sport automobile a été sa victoire aux 24 Heures du Mans 1953 dans lesquelles il pilotait une Jaguar Type C dont il partageait le volant avec Tony Rolt, leur Jaguar C devançant celle de Stirling Moss et de Peter Walker, vainqueur de l’épreuve l’année précédente. C’était la deuxième victoire d’une Jaguar dans la Sarthe, mais le premier succès pour une Type C et aussi d’une voiture officielle engagée par Jaguar Cars, après celle de Peter Walker et Peter Whitehead sur une XK120-C engagée par Peter Walker lui-même. Son principal fait de gloire donc, mais sa vie ne se résume pas qu’à cette seule victoire…

James Duncan Hamilton est né à Cork, en Irlande, le 30 avril 1920. Avant la Seconde Guerre Mondiale, il fit ses premiers pas en sport auto sur le circuit de Brooklands, le premier circuit construit en Angleterre (en 1907). La guerre stoppa momentanément ces débuts, le circuit de Brooklands fut très détérioré à la suite de nombreux raids aériens de l’aviation allemande et n’organisa plus de compétitions après 1939.

Pendant la guerre, il servit dans la Fleet Air Arm, un des bras armés de la Royal Navy. Après la fin du conflit, il reprit la compétition. On put le voir tout d’abord au volant de voitures d’avant-guerre comme une MG-R, une Bugatti Type 35B ou encore une Maserati 6CM (au volant de la Maserati, ci-dessous)

En 1948, il fit l’acquisition d’une Talbot-Lago Grand Prix et il prit part à de nombreuses courses de F1 hors Championnat du Monde et même à cinq Grands Prix comptant pour ce Championnat sur Talbot-Lago et HVM, mais sans succès.

Il fut davantage récompensé en endurance. Il disputa sa première course au Mans en 1950, déjà associé à Tony Rolt, le duo prenant la 4ème place de la course sur une Nash-Healey E engagée par Healey Motors. Les deux hommes, toujours au volant d’une Healey officielle, une Nash-Healey Coupé, terminaient sixièmes. Hamilton et Rolt furent remarqués par Jaguar. Ils prenaient le départ au Mans en 1952 avec une Type C officielle, mais abandonnaient sur bris de joint de culasse.

L’année 1953 allait être la bonne, Rolt et Hamilton (Hamilton étant à gauche sur la photo ci-dessus lors de la victoire au Mans) s’imposant avec quatre tours d’avance sur Stirling Moss et Peter Walker. Ils faillirent récidiver en 1954, mais durent s’incliner devant la Ferrari 375 Plus de José Froilan Gonzalez et Maurice Trintignant, échouant à quatre kilomètres seulement de la voiture italienne, nettement plus puissante. C’était l’arrivée la plus serrée de l’épreuve depuis 1933.

Duncan Hamilton a couru face à tous les meilleurs pilotes de l’époque : Juan Manuel Fangio, Alberto Ascari, Luigi Villoresi, Castellotti, Stirling Moss, Peter Collins ou encore Mike Hawthorn – vainqueur des 24 Heures du Mans 1955 sur Jaguar, une édition de triste mémoire, Champion du Monde de F1 en 1958 sur Ferrari et un des grands amis de Hamilton. Il était extrêmement rapide sous la pluie, Gonzalez, vainqueur Le Mans 1954, le qualifiait de « pilote le plus rapide du monde sur le mouillé ».

La carrière de Hamilton est riche en anecdotes comme l’a relaté Gordon Bruce. En 1953, une semaine après sa victoire au Mans, alors qu’il luttait pour la première place dans le Grand Prix de Porto (une course de 3 heures), il quitta la piste à 200 km/h. Fauchant un pylone en acier, privant d’électricité une partie du secteur, il s’en tira miraculeusement, mais avec des fractures à neuf côtes, de la mâchoire et de la clavicule. Deux mois après, il disputait les 12 Heures de Pescara, en Italie.

Sa victoire de 1953 ne s’est pas d’ailleurs pas faite sans douleur pour Hamilton et Rolt (ce dernier étant un héros britannique de la Seconde Guerre Mondiale, sept fois évadé de camps de prisonniers de l’armée allemande). Rolt, également ingénieur de grand talent, conçut la Ferguson P99, une F1 à quatre roues motrices que Stirling Moss imposa dans une course de F1 hors championnat. Il fut également le grand artisan de la réussite des transmissions Ferguson, cette marque étant reprise plus tard par Ricardo. A noter qu’Audi a remporté à plusieurs reprises les 24 Heures du Mans avec des transmissions Ricardo !

Les deux faillirent même ne pas prendre le départ de ces 24 Heures 1953. Ils avaient été disqualifiés après les essais pour avoir tourné en même temps qu’une autre Jaguar qui portait un numéro de course identique. Après une réclamation de Jaguar, la voiture fut réintégrée…La course ne fut pas un long fleuve tranquille : un oiseau percuta la Jaguar C de Hamilton – ou inversement – dans les Hunaudières, cassant le saute-vent de la Jaguar et abîmant le museau de la voiture. L’histoire ne dit pas ce qu’il advint du volatile…A propos de Tony Rolt, en dehors de sa première course au Mans en 1949 sur une Delahaye, il disputa les six éditions suivantes avec Duncan Hamilton. Rolt avait été profondément marqué par la tragédie des 24 Heures 1955 (dans laquelle la Jaguar avait abandonné sur bris de boîte de vitesses, alors que Hamilton et Rolt étaient deuxièmes) et il arrêta sa carrière sportive à la fin de l’année.

Lors de sa victoire dans les 12 Heures de Reims en juin 1956 – le dernier succès de Jaguar dans les 12 Heures sur le circuit de Reims-Gueux, avec un quadruplé des Jaguar D- avec Ivor Bueb sur une Jaguar D, Hamilton ne respecta pas les consignes d’équipe de Jaguar au grand dam du team. Ce fut presque la fin de ses relations avec Jaguar Cars un mois plus tard – cette année-là, les 24 Heures se déroulèrent fin juillet, le 29. En effet, à la suite de l’édition 1955 et de la tragédie provoquée par la sortie de piste de la Mercedes de Pierre Levegh, des directives gouvernementales avaient imposé d’importants travaux, concernant en majeure partie la zone des tribunes et les stands, ce qui avait entraîné le report de la course afin que les travaux soient achevés. Il prit le départ des 24 Heures du Mans 56 sur une Ferrari 625 LM Touring officielle associé à Alfonso de Portago. Cette première expérience avec la Scuderia Ferrari tourna court puisque, dès le deuxième tour, la Jaguar D de Paul Frère sortait de la piste dans les Esses du Tertre Rouge, la Jaguar D de Jack Fairman et la Ferrari du Portugais de Portago ne pouvant l’éviter. Les trois voitures furent contraintes à un abandon prématuré. Cette expérience avec Ferrari ne dura qu’une seule année, Duncan Hamilton revenant au Mans en 1957 et 1958 avec des Jaguar D qu’il avait lui-même engagées.

Un peu plus tard, il a été invité à la télévision britannique pour participer à une émission sur la sécurité routière et, chemin faisant, il fut arrêté pour un excès de vitesse…

Alors qu’il a brillé en endurance avec Jaguar, sa voiture préférée restait sa Talbot-Lago de Grand Prix. Il la conserva un bon moment, mais quand il se décida à la vendre, il se souvint qu’il l’avait entreposée dans un réduit à charbon. Il ne souvenait pas vraiment de la maison dans laquelle se trouvait ce réduit. Il finit par trouver cette maison et retrouva la voiture sous un tas de charbon, bien sale mais pratiquement intacte !

Il était très lié avec Mike Hawthorn (à gauche ci-dessus, au côté de Hamilton) et il fut très affecté par le décès de ce dernier après un accident de la route en janvier 1959. C’est ce qui le motiva à arrêter sa carrière en avril de cette même année. Il se consacra ensuite à la voile et à la concession automobile qu’il avait créée onze années plus tôt. Il est décédé le 13 mai 1994, à 74 ans, un vendredi 13 !

Le palmarès de Duncan Hamilton au Mans :

1950 : Nash-Healey E Healey Motors #14 (Tony Rolt) 4ème

1951 : Nash-Healey Coupé Healey Motors #19 (Tony Rolt) 6ème

1952 : Jaguar C Jaguar Cars #18 (Tony Rolt) AB

1953 : Jaguar C Jaguar Cars #18 (Tony Rolt) Vainqueur

1954 : Jaguar D Jaguar Cars #14 (Tony Rolt) 2ème

1955 : Jaguar D Jaguar Cars #7 (Tony Rolt) AB

1956 : Ferrari 625LM Scuderia Ferrari #11 (Alfonso de Portago) AB

1957 : Jaguar D Duncan Hamilton #4 (Masten Gregory) 6ème

1958 : Jaguar D Duncan Hamilton #8 (Ivor Bueb) AB