Dossier RS Spyder – Romain Dumas (partie 1) : « Roger Penske a la classe, je suis fan de ce mec ! »

S’il y a bien un homme qui connait très bien la Porsche RS Spyder, c’est Romain Dumas ! L’Alésien a en effet été impliqué dès le début du programme et il est aussi celui qui a gagné pour la dernière fois avec, lors de l’ultime course de cette voiture. Il était donc inconcevable de vous présenter ce dossier sans rencontrer le Français qui a toujours autant d’étoiles qui brillent dans les yeux rien qu’à l’évocation de la Porsche RS Spyder !

Vous avez participé au développement de la Porsche RS Spyder. Quels sont vos premiers souvenirs ?

« Je me rappelle de 2005. Il y a une photo chez Porsche où on fait le premier mockup châssis, c’est-à-dire le premier moule en plastique que l’on faisait à l’époque. J’étais là dès le début avec Timo (Bernhard), mais aussi Manu (Collard), Sascha Maasssen et Lucas Luhr. Le premier roulage de la voiture a eu lieu à Estoril, avec Manu. Lucas et Sascha ont ensuite disputé la première course de la voiture à Laguna Seca et j’ai, par la suite, piloté l’auto à Monza fin 2005. »

De vos premiers tours dans cette auto, de quoi vous rappelez-vous ?

« Déjà, avec mon siège, je voyais à peine la piste. Je me rappelle très bien de ce moment. J’ai fait cinq tours sans voir super bien, mais au bout de ces cinq boucles, j’allais déjà aussi vite, voire plus vite, que Luhr et Maassen. A ce moment là, je roulais beaucoup en F3000 et je me suis alors dit : « cette auto est juste incroyable ! » Elle avait beaucoup d’adhérence, le châssis était tout simplement incroyable. »

Est-ce que cela reste l’une des meilleures voitures que vous ayez pilotée ?

« Je dirais même que c’est LA meilleure ! Elle était super facile à piloter et plus on attaquait, plus les chronos descendaient, mais il fallait donner sans arrêt. Ce n’étaient pas les mêmes autos que les Hybrides que nous avons eues par la suite où il ne fallait pas glisser, on devait sans cesse réfléchir à la façon d’utiliser le système hybride au mieux ou à accélérer doucement. Avec le RS Spyder, plus on mettait le pied dedans, plus elle marchait fort. La première version n’était pas la meilleure, c’était surtout l’Evo de 2007/2008. Nous avons roulé avec la nouvelle aéro à Weissachen janvier. Ce jour là, je pars, je fais un tour je m’arrête. On regarde la carrosserie et je retourne en piste. Au bout de trois tours, sur le record du tracé qui était environ de 50 secondes, j’ en avais déjà gagné une ! En 2016, j’ai gagné les 24 Heures du Mans et le Championnat du Monde d’Endurance avec la Porsche 919 Hybrid LMP1, mais le RS Spyder a marqué le début de mon ascension même si j’avais déjà fait un peu de prototype à côté, avec Henri Pescarolo notamment. Ce fut la même chose pour Timo ! »

Quelles étaient les qualités et les défauts de cette voiture ?

« A l’époque, on avait un antipatinage qui n’était pas terrible, c’étaient les premiers. Celui de l’Acura était meilleur. A part cela, elle n’avait pas beaucoup de défauts. La dernière épreuve que cette voiture a gagnée, c’était à Mosport en ALMS. J’étais alors associé à Klaus Graff sur la RS Spyder de Muscle Milk Team Cytosport. Au bout d’une heure, j’avais déjà mis un tour à David Brabham qui roulait sur l’Acura ARX-01C de Patron Highcroft Racing ! La voiture, elle volait ! Le moteur était top, il prenait un bon régime et faisait un bruit quand même sympathique. Fin 2008, nous avons eu les premiers moteurs à injection directe qui ne marchaient pas bien. Ensuite, on a réussi à les faire fonctionner. A chaque épreuve, on avait des petites évolutions. Ma dernière avec Penske Racing était à Atlanta en 2008, nous avons eu les jantes pleines. C’était sympa, il y avait une belle concurrence avec Honda. Eux aussi amenaient des petits trucs à chaque course. »

Vous avez roulé pendant des années avec l’équipe Penske Racing aux Etats-Unis. Que pensez-vous de cette structure ?

« C’est une écurie tout simplement formidable, très professionnelle, la meilleure avec laquelle j’ai travaillée ! Nous sommes arrivés à Atlanta pour une première séance d’essais privés. C’était l’hiver, il pleuvait, il faisait froid. Je vais aux toilettes et, tout d’un coup, Roger Penske arrive et s’installe à côté de moi. Je ne l’avais jamais vu et j’avoue que ce n’est pas le lieu idéal pour se présenter (rire). Une fois terminé, je me présente et il me dit : « Ah, c’est toi le Français ! » Il faut préciser qu’il ne voulait pas des pilotes officiels Porsche, il souhaitait imposer les siens comme Gil de Ferran ou Helio Castroneves déjà. Cependant, Porsche avait fait le forcing. Il me dit alors : « Chez moi, tu auras tout ce que tu veux si tu es bon, il n’y aura aucun problème. Sinon, on arrêtera ! » Ce fut ses premières phrases. Le souci est qu’il y en a beaucoup qui le disent, mais qui ne l’appliquent pas. J’ai fait d’autres équipes avec de gros moyens, Joest Racing, l’équipe officielle Porsche avec la 919 Hybrid. C’est la seule fois où j’ai gardé cette phrase en tête. Par contre, on a toujours tout eu, ce n’était jamais « non », ni de réponse floue. J’avoue que ça, il n’y a pas grand monde qui sait le faire ! C’était une équipe incroyable, c’était sa force. Roger Penske était intimidant. Je n’ai jamais plaisanté avec lui, je suis resté moi-même. Lors de l’une de mes dernières courses, à Watkins Glen, en 2018, je l’ai vu perché dans sa tente à 82 ans. Il m’a vu, m’a fait signe et nous avons discuté pendant 20 minutes. Je lui ai montré mes photos de Pikes Peak, mais il était déjà au courant de tout ! Il a une passion énorme, il est magique, il a la classe, je suis juste fan de ce mec ! » 

A suivre…

Photos : Porsche Motorsports