Derek Warwick (part 1) : « 1986 avec Jaguar au Mans, l’un des moments les plus émouvants de ma carrière ! »

Derek Warwick fait partie des vainqueurs des 24 Heures du Mans, il n’y en a que 135. Pourtant, le Britannique n’a pas souvent sillonné le circuit des 24 Heures du Mans puisqu’il ne compte que cinq participations pour Porsche, Jaguar, Peugeot et Courage. Il a surtout arpenté les tracés de Formule 1. Il compte 146 Grands Prix pour Toleman, Renault, Brabham, Arrows, Lotus et Footwork, dont quatre podiums. A l’occasion de la cérémonie du Hall of Fame Endurance de la FIA dans lequel il est entré pour son titre de champion du monde des voitures de sport en 1992, l’année de son sacre au Mans, nous avons pu le rencontrer pour parler de la classique mancelle…

Derek Warwick est né le 27 août 1954 à Alresford, près de Winchester, au sud de l’Angleterre. Il gravit les différentes marches du sport automobile, démarrant en stock car ! Il est notamment sacré champion d’Angleterre de Superstox en 1971 à l’âge de 16 ans et devient champion du monde en 1973. Il a un frère, Paul, qui est lui aussi passé par cette catégorie Superstox avant d’arriver en F3000, série dans laquelle il a trouvé la mort en 1991.

Son premier contact avec les 24 Heures du Mans remonte à 1983. A l’époque, il est déjà une pilote affirmé puisqu’il a été sacré champion de Grande Bretagne en Formule 3 en 1978, mais surtout il roule en Formule 1 depuis 1981 à temps plein ou presque chez Candy Toleman Motorsport. Alors que sa pprésence à la classique mancelle n’est même pas à l’ordre du jour une semaine avant le Pesage, un cour de fil va faire toute la différence. « Je me rappelle très bien cette première participation. A l’époque, j’étais déjà en Formule 1 et, alors que j’étais au Canada pour le Grand Prix, les frères Kremer m’ont appelé. Ils m’ont demandé si je voulais bien les rejoindre le week-end suivant au Mans pour piloter leur Porsche Kremer CK5 (#22 de Porsche Kremer Racing avec Frank Jelinski et Patrick Gaillard, aux couleurs du magazine Grand Prix, ndlr). Je leur ai dit : « non » ! Ensuite, ils m’ont dit combien ils allaient me payer et j’ai alors répondu : « J’arrive ! » (rire). Cette auto était rapide, mais dangereuse, mais j’avoue que j’ai vraiment apprécié de rouler pour les frères Kremer. Ils étaient vraiment très professionnels, mais la Porsche n’était pas à la hauteur. D’ailleurs, elle a cassé assez rapidement (abandon à la 7e heure sur problème moteur, ndlr). Par contre, j’ai découvert les 24 Heures du Mans cette année-là, et tout de suite, je me suis dit que j’allais adorer cette course. A l’issue de l’épreuve, je savais que je reviendrai un jour et que j’essaierai de saisir l’opportunité de disputer d’autres éditions.»

@Alain Tannier

Entre 1983 et 1986, date à laquelle il reviendra au Mans, il délaisse un peu l’endurance pour se consacrer à la Formule 1 (équipe Renault ELF), mais cela ne l’empêche pas de disputer quelques épreuves au coup par coup. Il prend part à treize courses d’Endurance, remportant les 1000 km de Brands-Hatch sur une Porsche 956 de l’écurie de John Fitzpatrick en 1983. Quelques années plus tard, il récidive aux 1000 km de Silverstone, cette fois-ci sur une Jaguar XJR 6.

Derek Warwick attend donc 1986 pour revenir au Mans. Cette fois, changement de décor puisqu’il fait partie de l’équipe Jaguar officielle, dirigée par Tom Walkinshaw Racing. La marque est officiellement de retour en Sarthe après trente ans d’absence. Il pilote la Jaguar XJR6 (#51) qu’il partage avec Eddie Cheever et Jean-Louis Schlesser. « Je suis vraiment déçu de cette édition 1986. Nous aurions pu gagner avec cette voiture, mais nous avons été forcés d’abandonner (à la 16e heure) sur problème de suspension suite à une crevaison de Jean-Louis dans les Hunaudières (voir photo). C’est vraiment un échec, la voiture était bien, rapide, j’avais de supers coéquipiers, nous avions économisé de l’essence. Par contre, je me rappellerai toujours de cette édition. Courir au Mans, pour une marque comme Jaguar, qui plus est Britannique, a été l’un des moments les plus émouvants de ma carrière ! Le monde de l’endurance, les fans, tout le monde était tellement content de voir Jaguar de retour aux 24 Heures du Mans. »   

Par la suite, il ne participe pas aux deux victoires de Jaguar aux 24 Heures du Mans 1988 et 1990, toujours accaparé par sa carrière en monoplace. Cette année-là d’ailleurs, il est victime d’un gros accident accident dans la Parabolique de Monza. En effet, sa Lotus 102 Lamborghini s’est retournée. Il arrive néanmoins à s’extraire et rejoint son stand sous l’ovation du public. Il prend part au deuxième départ au volant de sa voiture de réserve (voir vidéo ci-dessous et commentée par Derek Warwick lui-même).

Au Mans, il est de retour en 1991, toujours avec the « Big Cat ». Il pilote la Jaguar XJR12 #33 en compagnie d’Andy Wallace et John Nielsen, tout deux anciens vainqueurs au Mans, déjà avec Jaguar !

« Ce fut une course difficile, nous avons eu des soucis, et, là encore, je n’étais pas vraiment très satisfait de notre performance car j’ai fait un tête-à-queue, je crois que c’était à Indianapolis, je ne me rappelle plus très bien, alors que nous avions encore toutes nos chance de gagner cette course. De plus, j’étais déçu de ne pas avoir eu la possibilité de rouler dans la Jaguar XJR-14 qui était une auto incroyable (il pilotait l’auto le reste de l’année en championnat du monde) et très très rapide. J’étais sur la Jaguar équipée du V12, mais ce n’était pas du tout un souci. Cette auto était tout simplement incroyable, agréable à piloter, très progressif. Par contre, la boîte de vitesses était lourde. Il fallait toujours faire attention à cette partie mécanique de la voiture, il fallait être souple lors des changements de vitesses car c’était le talon d’Achille. De toute façon, j’étais au Mans et j’ai adoré y rouler à chaque fois que je suis venu. » Au final, le trio termine 4e d’une édition marquée par la victoire de Mazda, Jaguar faisant un tir groupé derrière la 787B avec la 2e, 3e et donc 4e place ! 

N’ayant plus de programme F1 en 1991, Derek Warwick continue avec Jaguar en championnat du monde et remporte trois courses : Monza, Silverstone et le Nürburgring. Jaguar est ainsi sacrée championne du monde Equipes via « Silk Cut Jaguar » et le Britannique termine 2e du championnat Pilotes derrière l’un de ses coéquipiers, Téo Fabi (7 points d’écart).

Jaguar XJR14 @Facebook Derek Warwick

1992 marque son arrivée chez Peugeot et sa consécration aux 24 Heures du Mans avec la marque française (Peugeot 905 #1) ! « J’ai rencontré Jean Todt (le directeur de Peugeot Sport à l’époque, ndlr) en 1991 lors de l’arrivée de Peugeot en Championnat du Monde des Voitures de Sport. Il a bien vu que j’étais l’un des leaders de l’équipe Jaguar. Il m’a alors demandé de venir chez Peugeot. Nous avons eu un rendez vous à la fin de l’année 1991. Le souci est qu’il n’était pas vraiment prêt à me donner la même somme d’argent que chez Jaguar. Ce fut donc un très long rendez-vous où il a fallu négocier (rires). Finalement, nous avons trouvé un compromis car je voulais piloter pour Peugeot, mais aussi pour Jean. J’avais été super impressionné par ce qu’il avait pu me dire du programme Endurance et j’étais impatient de faire partie de la famille Peugeot. »

Nous vous raconterons son arrivée chez Peugeot et sa dernière apparition au Mans chez Courage Compétition dans notre 2e partie !

A suivre…