De la Jaguar XJR14 à la TWR Porsche (part 3) : la parenthèse Mazda

Après son succès au 24 Heures du Mans 1991 avec la 787B à moteur rotatif avec le trio Bertrand Gachot, Wolker Weidler et Johnny Herbert, Mazda voulait défendre son titre, mais le nouveau règlement lui interdit d’engager son moteur rotatif.

N’ayant pas les moyens financiers d’un grand groupe pour l’étude et la fabrication d’un nouveau châssis, Mazda se tourne alors vers une conception existante et donc vers TWR qui avait travaillé avec Jaguar jusqu’à ce que l’écurie abandonne les courses de voitures de sport fin 1991. TWR vend alors cinq châssis neufs à Mazda qui sont baptisés MXR-01 (en fait des Jaguar « B »). (NC : Mazda n’utilise pas les châssis vus en mondial 1991 ni en IMSA 1992 !)

La MXR-01 était essentiellement une XJR-14 produit en série et identique à l’exception de quelques détails, la coque était légèrement modifiée, changements effectués par Nigel Stroud pour accueillir un moteur plus long (la cloison arrière est reculée de 50 à 60 mm). Mazda fait évoluer l’aérodynamique en soufflerie avec une prise d’air moteur, réhausse l’échancrure au niveau des entrées des radiateurs et ajoute de nouveaux phares.

T Car de la #5 aux 24 Heures du Mans 1992 / rétros verts

N’’ayant pas beaucoup de moteurs de course en dehors de ses rotatifs, Mazda décide que le coût de développement d’un moteur entièrement différent n’est pas possible essentiellement pour des préoccupations budgétaires. Au lieu du V8 Ford, la marque japonaise décide d’un moteur V10 et choisit d’acheter un moteur V10 existant. Elle se tourne vers Judd qui avait développé le GV10 3.5L V10 pour la Formule 1 en 1991 et conclut un accord dans lequel les moteurs Judd seraient badgés Mazda, portant le nom MV10.

Malheureusement, bien que la XJR-14 ait été la championne de 1991, elle n’avait peu ou pas de développement depuis la fin de cette saison 1991 et Mazda n’avait pas la compréhension technique de la XJR-14. Le moteur Judd était également considérablement sous-alimenté par rapport aux autres équipes d’usine. En conséquence, le MXR-01 a couru jusqu’à la fin de saison la plupart du temps sans modification.

Avec la MXR-01, Mazda a réussi à terminer 3ème du championnat du monde des voitures de sport 1992 avec comme meilleur résultat une 2ème place à Silverstone (Sala/Herbert). Au Japon, Mazdaspeed fait campagne avec une seule MXR-01 dans le championnat All Japan Sports Prototypes et termine 2ème du championnat constructeur.

Les 24 Heures du Mans 1992

Engagé par Oreca-Mazdaspeed au Mans, le trio vainqueur en 1991 (Volker Weidler, Johnny Herbert, Bertrand Gachot) se retrouve sur la #5, la #6 revient à Maurizio Sandro Sala, Takashi Yorino, Yojiro Terada. Les mécaniciens d’Oreca avaient baptisé les Mazda entre eux la « Mazguar » étant mi Jaguar mi Mazda. Pourtant, de par sa paternité, ce châssis MXR-01 est plus Jaguar.

Pour la première fois de la saison, la Mazda se montre à la hauteur de ses rivales, Volker Weidler signe un chrono le mercredi en 3:36.856 qui place la #5 à la 5ème position. Une performance qui ébranle le monopole Toyota-Peugeot d’autant plus que le second jour des essais qualificatifs, le même Weidler qualifie la MXR-01 en 3:34.329 (7ème de la grille).

Pendant ce temps-là, Maurizio Sandro Sala est chargé de qualifier la #6, mais se perd dans les réglages aérodynamiques. Il opte finalement pour une configuration différente de celle de sa voiture sœur. Cela ne l’empêche pas, avec un chrono de 3:38.930, de se qualifier sur la 10ème place de la grille.

En course, la première heure, disputée sous la pluie, sourit à Mazda qui n’entend pas laisser le monopole aux Peugeot-Toyota. En trois tours, Weidler se débarrasse du trio Toyota et se trouve maintenant au contact de la Peugeot de Yannick Dalmas. Au 6ème tour, la #5 passe Philippe Alliot (après avoir déborder Dalmas) et passe en tête de la course. Une Mazda en tête aux 24 Heures du Mans, ça devient une habitude !

A la deuxième heure (alors à la 9ème place), la Mazda de Sala/Terada/Yorino (#6) avec sa robe argentée a suffisamment de ressources pour résister à la Lola T92/10 de Heinz-Harald Frentzen. Puis, la #5 passe en 2ème ,elle est ensuite ralentie par des soucis de pare-brise au moment où les averses refont leur apparition. Elle revient à la 3e place à mi course à trois tours des Peugeot de tête. Dernière des « atmosphériques », la #6 a concédé beaucoup de terrain depuis le départ. Surpris par la piste mouillée vers 1 heure du matin, Yojiro Terada sort à maison blanche et abandonne.

La tringlerie de boîte de vitesses fonctionnant mal, la #5 doit repasser à son stand le dimanche matin et il faut neuf minutes aux mécaniciens de Mazda pour la mettre en état. Weidler/Herbert/Gachot chutent en 5ème position et les ennuis continuent. La Mazda rejoint les stands après que le fond plat se soit détaché. L’heure suivante, c’est le radiateur d’eau qu’il faut changer. Plus aucune chance de remporter la course. Réussissant néanmoins une belle course, menant la première heure sous la pluie devant les 905 et autres TS 010, notre MXR-01 décroche finalement la quatrième place finale derrière deux Peugeot et une Toyota…

A suivre…