De la Jaguar XJR14 à la TWR Porsche (part 2) : la fin de saison 1991 et l’aventure américaine de 1992

@John Brooks, Sutton Motorsports Images

Suite de la saison 1991 du championnat du monde

Après les 24 Heures du Mans où les XJR14 n’ont disputé que les essais libres et qualificatifs, le championnat reprend ses droits au mois d’août au Nürburgring. Tom Walkinshaw y amène un nouveau châssis pour le duo Derek Warwick / David Brabham (#3). La #4 de Teo Fabi / David Brabham signe la pole position en 1:19.519, mais c’est la XJR-14 sœur qui apporte une 3ème victoire de la saison à Jaguar. Le troisième châssis troisième a servi d’auto de réserve. Avec des moyens financiers limités, les XJR-14 sont moins dominatrices qu’en début de saison, faute d’essais de développement.

A Magny-Cours, les Peugeot alignent leur nouvelle 905 Evo 1 bis et apportent à Peugeot une deuxième victoire après celle de Suzuka. Jaguar n’avait pas emmené sa voiture de réserve, ce qui montre l’ampleur des restrictions budgétaires en fin de saison au sein de l’écurie britannique. Cependant, cela n’empêche pas les XJR-14 de finir aux 3ème et 4ème places. Les concurrents du championnat du monde des voitures de sport traversent l’Atlantique en direction du Mexique pour l’avant-dernière manche de la saison. Les Jaguar se qualifient en 4ème et 5ème position sur la grille de départ. Mais, en course, cela se passe moins bien avec une rupture moteur dès le premier tour pour la #4 de Fabi / Brabham, (abandon). Un peu plus de chance pour la #3 de Warwick/Brabham qui finit à la 6ème place, la victoire revenant à la Peugeot 905 de Keke Rosberg / Yannick Dalmas.

@Robert Dalaudiere

Direction Kamitsue au Japon sur le circuit d’Autopolis pour la dernière épreuve de la saison. Pour fêter son titre pilote, Teo Fabi signe la pole position en 1:27.188 sur la #4 tandis la voiture sœur, celle de Warwick (#3), signe le quatrième temps en 1:28.019. Les deux XJR-14 finissent la course sur le podium en décrochant la seconde et troisième position, laissant la victoire au duo Schumacher/ Wendlinger sur la Sauber C291-Mercedes. Il s’agit du premier succès pour cette auto.

@Robert Dalaudiere

Une semaine plus tard, les XJR-14 participent à la manche de clôture du championnat du Japon de Sport-Prototypes à Sugo. Cette « pige » commerciale est couronnée de succès. L’Italien Teo Fabi s’empare de la pole en 1:06.514 (#17) et la victoire revient à David Brabham (#18). Disputée sur 500 miles (près de 800 kilomètres), les XJR-14 montrèrent alors qu’elles avaient la fiabilité pour des courses d’endurance et pas seulement pour des sprints de 430 ou 500 km.

@Robert Dalaudiere
@Robert Dalaudiere

Au final, le titre pilote revient à Teo Fabi, seul, grâce à une victoire à Silverstone puis une régularité durant la saison qui a fini par payer. Le titre Equipes est pour Silk Cut Jaguar qui remporte le championnat avec 108 points devant son dauphin Peugeot avec 79 unités. Après plusieurs saisons avec Jaguar et TWR, Silk Cut (le sponsor historique) met fin à l’aventure, le constructeur de Coventry doit se retirer du championnat du monde version 1992. Avec l’arrêt du programme européen, les XJR-14 de TWR se tournent vers les Etats-Unis sous d’autres couleurs.

1992, une saison américaine.

Les XJR-14 ne restent donc pas au garage bien longtemps par la volonté de Ford qui a acheté Jaguar trois ans plus tôt. TWR Jaguar continue son engagement via ses XJR-14 aux USA en championnat IMSA GTP.

Les Jaguar américaines arrivent à Valparaiso (dans l’Indiana) dans les ateliers de TWR avec trois châssis 591, 691 (192) et 791 afin de les mettre en conformité avec le règlement IMSA. De nouvelles couleurs apparaissent, celles des bières Bud(weiser) Light. Davy Jones devient le pilote phare de l’équipe TWR-Jaguar. On voit également Arie Luyendyk au volant.

@Derek T Collins

Sous la responsabilité de Tony Dowe (directeur technique TWR America), ses mécaniciens commencent les modifications sur les XJR-14. L’IMSA demande très rapidement une modification, le règlement spécifiant que le cockpit devait être le point le plus haut de la voiture. Les mécaniciens durent faire un peu de « bricolage » pour les mettre aux normes et la boite à air fut découpée (celle-ci était en version WSC 1991). Il a aussi fallu installer deux pots d’échappement, la limite sonore étant fixée à 108 décibels, tandis les XJR-14 en faisaient 130 en version championnat du monde.

@Paul Khoo

Pour finir, l’IMSA leste les XJR-14 devant sa vélocité incroyable de peur qu’elle ne domine largement ses concurrents, pourtant équipés de turbo. C’est ce qui va perdre les belles anglaises !

Les circuits américains sont beaucoup plus bosselés et moins bien entretenus qu’en Europe ou au Japon, mais c’est surtout le lest imposé par l’IMSA aux XJR-14 qui va modifier énormément la voiture, la charge aérodynamique totale reposant désormais sur les roues. Il est constaté que les jantes utilisées par la Jaguar ne pouvaient pas supporter la charge aérodynamique demandée, le constructeur n’avait fait aucun calcul en ce sens. L’équipe subit deux accidents durant la saison, un à Lime Rock et l’autre à Road America à la suite de rupture de jante.

@Paul Khoo

Avec l’absence de programme de développement de la XJR-14, faute de moyen financier  suffisant comme cela avait été le cas fin 1991, la plupart des efforts de développement de TWR est allé à modifier le châssis pour mieux convenir aux pistes américaines.

Quinze épreuves sont inscrites au calendrier du championnat IMSA GTP 1992, l’équipe TWR Jaguar en disputera 11. L’association avec Davy Jones fait des merveilles, il décroche quatre pole positions et remporte deux victoires une à Road Atlanta et l’autre à Mid-Ohio. Davy Jones connaît deux crashs un à Lime Rock avec le châssis 791, coque éventrée et irréparable. Le deuxième durant le warm-up de Road America avec le châssis 591, moins endommagé. Il sera réparé en Angleterre chez Astec.

@Paul Khoo

Davy Jones finit vice-champion IMSA GTP avec 169 points derrière Dan Gurney qui roule sur une Toyota Eagle MkIII. L’équipe TWR Jaguar Budweiser Light termine à la 3ème place avec 153 points, leur pire performance dans la série IMSA.

Maintenant la question se pose : que faire des Jaguar XJR-14 ? Les réengager en championnat du monde des voitures de sport 1993 ou les mettre au garage, musée ou une autre vie ? Ça sera la suite de notre article avec notre chapitre 3 :  « la parenthèse Mazda ».

A suivre…