Bernard Asset (part 2) : « On perd des angles sympas au fil des années au Mans ! »

Suite de notre entretien avec l’un des plus grands photographes de sport automobile, Bernard Asset. Dans cette 2e partie, il nous parle de son affection pour les 24 Heures du Mans…

Vous avez beaucoup évolué en Formule 1, mais vous avez fait plein de fois les 24 Heures du Mans. Que représente cette course pour vous ?

« Comment tous les photographes vous le diront, Le Mans, ce sont les lumières, c’est le temps que l’on peut prendre car cela dure 24 heures. On peut travailler sur des angles, plus travailler sur les photos, jouer avec les belles lumières, la nuit, l’ambiance de fête, la fête foraine, du public. Il y a trois ans, j’ai un peu saturé du Mans, je n’avais pas de commande particulière et je me suis dit que j’allais aller du côté public. Je me suis régalé. Faire des photos dans les tribunes m’a autant éclaté que d’en faire en bord de piste. »

Si je vous dis endurance, 24 Heures du Mans, y a-t-il une photo qui vous revient tout de suite en tête ?

« Je me suis amusé à aller dans la grande roue, par exemple, pour faire des photos de celle-ci, des voitures en action, ou des premiers plans de spectateurs qui regardent la course depuis là-haut. J’ai aussi fait cela à Singapour en F1 car il y a aussi une grande roue. Mon dernier souvenir particulier, comme je l’ai dit, est d’avoir été dans les tribunes la nuit, au lever du soleil au lieu d’être avec tous les photographes en contrebas de la passerelle Dunlop. J’étais plus en arrière dans le public où il y avait deux ou trois personnes en train de dormir. Avec le soleil qui pointait, c’était super, c’est un bon souvenir. »

Quand vous êtes au Mans, quels sont les endroits où vous aimez aller ?

« J’aime bien aller à Mulsanne même si, depuis deux ou trois ans, nous n’avons plus le droit d’aller sur le rond point qui nous permettait d’avoir la ligne droite dans l’axe. J’aime faire le départ et ensuite aller jusqu’au Tertre Rouge, il y a pas mal d’angles possibles. Les chicanes, j’y vais, mais cela n’a pas un grand intérêt. On perd des angles sympas au fil des années. Je me suis souvent régalé à l’entrée des Hunaudières avec l’alignement des arbres. J’aime aller à Indianapolis aussi qui n’a pas encore trop changé. »

Quelles sont les éditions des 24 Heures du Mans qui vous ont le plus marqué ?

« Ça dépend un peu des travaux que l’on a pu me demander. Je me rappelle de la victoire de Mazda en 1991. On s’attendait plus à un sacre des Jaguar et Auto Hebdo m’avait commandé un portefolio de 10 à 15 posters. C’est un bon souvenir, j’avais carte blanche, je devais faire de belles images et le fait que Mazda gagne n’a pas changé la donne finalement. Jaguar et son sponsor « Silk Cut » avaient été très bien, je trouve, car c’est eux qui finançaient un peu le truc. Ils auraient pu très bien l’annuler, mais ils ne l’ont pas fait. Il y a encore des gens qui m’en parlent de ce portefolio ! Je suis allé aux 24 Heures du Mans pour la première fois, en moto, en 1974. J’étais en spectateur, j’ai quelques clichés des Matra. Cela reste un bon souvenir et c’est ce qui m’a donné l’envie d’y retourner. J’ai rencontré des pilotes de légende comme Henri Pescarolo ou encore Jacky Ickx. Comme j’ai fait beaucoup de F1, je me rappelle de 1988 au Mans avec les trois Andretti dans la même voiture (Porsche 962C #19). Comme je connaissais bien Mario, il m’avait laissé aller dans sa caravane où il faisait sa sieste pour faire quelques photos. »

Y-a-t-il une voiture qui vous a vraiment marqué aux 24 Heures du Mans ?

« J’ai toujours adoré les couleurs Martini, donc je citerais la Moby Dick que je trouve sublime et, en règle générale, les Porsche Martini, plus que les Lancia des années 80. J’ai aimé la Rondeau M379 de 1980, pas pour la voiture, mais pour l’exploit de ce petit artisan. J’avais en plus fait un sujet dans son atelier avant la course, cela reste aussi un bon souvenir. »

Un autre portefolio est associé à votre nom, celui d’Ayrton Senna…

« Cela reste un grand souvenir et, souvent sur des salons comme Rétromobile, les gens m’en parlent encore ! Ils ont encore des photos d’Ayrton encadrées chez eux. Ce sont malheureusement des opportunités qui sont peu fréquentes. »

Après toutes ces années, votre passion est-elle toujours intacte ?

« La passion pour la photo, oui. Je me suis, par contre, un peu lassé de tout ce qui est voyage, tout ce qui est contrainte et c’est pour cela que je ne vais quasiment plus sur les Grands Prix de F1 depuis deux ans… »

Serez-vous aux 24 Heures du Mans cette année ?

« L’année dernière, je n’y suis pas allé car le Grand Prix de France de Formule 1 était trop proche. Je suis juste rendu à la Journée Test, et pour cette année, je n’ai pas encore décidé ! »

Merci à Laurent Cartalade…