Barrie Smith et René Ligonnet : la belle histoire de la Lola T290 au Mans en 1972, part 2

Suite de notre interview sur l’aventure de Barrie Smith et René Ligonnet aux 24 Heures du Mans 1972…

« Nous avons loué une maison près du circuit, à Volnay. Il y avait un garage dans le village et nous en avons loué un coin pour la préparation et tout le village s’est intéressé. Après notre arrivée, l’instituteur est venu avec tous les enfants qui ont fait des dessins de la voiture ! Nous avons fait partie du village pendant cette semaine-là. John McDonnell avait engagé ses deux vieux collègues, les frères Amette, John et David (ci-dessous devant les stands).

John Amette avait travaillé pour David Piper et Charles Lucas sur leur GT40. Il est maintenant le représentant de Ferrari Classic en Amérique du Nord, basé en Californie.

Après le premier shakedown, je remarquai quelque chose d’étrange à propos de l’embrayage. John démonta la boîte pour s’apercevoir que les logements de palier étaient trop longs et il dut les usiner pour qu’ils soient plus courts. S’il ne l’avait pas fait, la Lola n’aurait même pas bouclé une heure de course !

Les essais libres se sont bien déroulés, on nous avait attribué un stand juste à côté de la Lola T280 du team du regretté Jo Bonnier.

Les journalistes faisaient la queue devant notre caravane pour interviewer Marie-Nelly, notre belle mécanicienne. Kodak était très satisfait quand les articles sont sortis dans les magazines et les journaux dans toute la France. Nous eûmes aussi un peu de chance quand ,pendant les essais libres, la caméra de la Télévision a suivi notre voiture pendant presque un tour complet car il n’y avait pas beaucoup de voitures sur le circuit à ce moment-là.

L’autre membre important de l’équipe était notre chef de stand qui parlait français.

Je demandai à mon vieil ami niçois Jacques Barichella de venir. Heureusement pour nous, il accepta, c’était un photographe professionnel chevronné et excellent, c’est pourquoi nous avons une couverture photographique de l’épreuve aussi bonne.

Parmi toutes les photos que prit Jacques, il a peut-être tiré le dernier portrait de Jo Bonnier, avec Gérard Larrousse juste avant le départ de la course. Nous avions aussi avec nous Barry Sheppard et Mike Rawlings, de Rawlson Cars, qui s’occupaient du poste de signalisation de l’autre côté du circuit. Travail difficile et pénible, mais ô combien important.

La course s’est presque déroulée sans incidents notables à deux exceptions près. La première, c’est quand la piste, à l’autre bout, est devenue mouillée ; le reste était sec et je suis parti en tête-à-queue en slicks sur cette portion trempée. Je me suis alors arrêté tout près des rails, j’ai eu de la chance ! Puis, dans la matinée, nos plaquettes de frein avant étaient hors d’usage et nous avons perdu 30 minutes, les mécaniciens se battant avec les disques brûlants pour changer les plaquettes. Ferodo nous a dit plus tard qu’ils avaient des plaquettes qui auraient tenu la distance. Si nous n’avions pas perdu ces 30 minutes, nous aurions fini cinquièmes au général ! Néanmoins, nous avons remporté la catégorie Protos 2 litres et nous avons été la première Lola à avoir terminé les 24 Heures du Mans !

Après la course, nous avons retourné le moteur chez George Richardson pour une révision complète. Deux ou trois jours plus tard il m’a appelé et m’a dit que j’étais très étourdi, car je lui avais envoyé le moteur qui avait servi pour les essais ! Bien sûr, ce n’était pas le cas ! Devant l’excellent état du moteur, il n’en croyait pas ses yeux ! Il changea les roulements et les bagues et remonta le tout : le moteur était comme neuf !

J’ai eu des remarques similaires de la part de Hewland quand ils ont démonté la boîte de vitesses. »