Jochen Rindt : 1965, le début d’une légende… (part 2)

@Ferrari

Deuxième partie de notre récit sur les 24 Heures du Mans 1965 et sur l’un de ses vainqueurs, Jochen Rindt…

La course fut meurtrière (ce qu’on nomme Outre-Manche « a race of attrition »), puisque sur les 51 voitures au départ, seules 14 ont reçu le drapeau à damiers.

La Ford GT40 #2 de Phil Hill/Chris Amon a été très rapidement victime de problèmes mécaniques et la Ford GT40 n°1 de Dennis Hulme/Ken Miles a pris la relève, assurant un rythme très rapide et restant en tête pendant les deux premières heures de course. Cependant, elle n’a pas été plus loin que la troisième heure, accablée elle aussi par des pépins mécaniques. Les Ford 7 litres allaient être frappées par la défaillance des freins, de l’embrayage (Hill/Amon) et de la transmission (Hulme/Miles). Quant aux Ford 4,7 litres, la forte chaleur de ce mois de juin 1965 entraîna de nombreux problèmes de surchauffe sur les blocs Ford.

Ford qui pleure, Ferrari qui rit. Après l’abandon de la Ford #1, la Ferrari P2 #20 de Jean Guichet/Mike Parkes passait au commandement, suivie de cinq autres Ferrari, toutes les Ford étant reléguées loin derrière. Après quatre heures de course, la première représentante de la firme de Detroit est la Cobra Ford Daytona #9 de Dan Gurney/Jerry Grant, alors que Surtees/Scarfiotti (Ferrari P2 #19) a succédé à Parkes/Guichet en première position, la Ferrari #20 restant en embuscade et reprenant la tête au quart de la course. Guichet et Parkes vont conserver cette position durant trois heures, avant que la boîte de vitesses ne se bloque sur le cinquième rapport. Avant que le problème soit réglé, la Ferrari n°20 avait perdu sept places, Scarfiotti/Surtees reprenant brièvement la première place avant que les Ferrari P2 ne laissent place aux Ferrari 275 LM. Celles que l’on attendait pas, mais qui, tout en ayant adopté un rythme de course très soutenu, font preuve d’une plus grande fiabilité que les P2 qui ont presque toutes eu de gros soucis avec les disques de frein en raison de la chaleur.

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A mi-course, deux Ferrari 275 LM (la #26 engagée par l’écurie Francorchamps et pilotée par Pierre Dumay et Gustave Gosselin et la #21 du NART de Rindt/Gregory) sont en tête de la course et vont conserver les deux premières places pratiquement jusqu’au drapeau à damiers. La P2 de Parkes/Guichet s’est un temps intercalée entre elles, mais c’était le chant du cygne pour cette P2 qui va renoncer plus tard, embrayage cassé.

Alors que la Ferrari du Français Dumay et du Belge Gosselin pointe en première place à l’occasion de sept pointages horaires, la Ferrari #21 prend la direction des opérations à trois heures de l’arrivée, à la suite d’un déchapage de la Ferrari belge qui lui fait perdre un temps considérable. Dès lors, la course était jouée, même si le différentiel de la Ferrari #21 donnait des signes d’inquiétude. Rindt et Gregory, deux sprinters, l’emportent devant deux pilotes plutôt typés Endurance, et approchent, avec 4677,11 km, du record de la distance établi l’année précédente par Guichet/Vaccarella sur une Ferrari 275P (4695,310).

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Si la victoire de Jochen Rindt au Mans a contribué à sa légende, une autre légende court toujours, à propos de l’équipage de la Ferrari #21 victorieuse celle-ci. Déjà, Jochen Rindt avait été appelé tardivement par Luigi Chinetti pour piloter la Ferrari 250 LM. Ed Hugus, inscrit comme pilote de réserve sur cette auto, aurait dû piloter une autre Ferrari du NART, mais celle-ci ne fut pas achevée en temps voulu et Luigi Chinetti inscrivit donc Hugus comme suppléant. La légende veut que, un brouillard intense s’étant abattu sur la nuit mancelle, Masten Gregory ne voulait pas piloter dans ces conditions en raison d’une vue relativement mauvaise ! Jochen Rindt, qui était parti se reposer était introuvable et donc Hugus aurait piloté pendant deux heures ?

@NART

Aucun commissaire, aucun officiel n’a jamais corroboré cette version qu’Ed Hugus a défendu jusqu’à son décès. Le nom de Hugus n’apparaît sur aucun document officiel, cette version appartient donc à légende du Mans. Si effectivement Ed Hugus avait pris le volant, Masten Gregory n’aurait pu le reprendre sous peine disqualification. Quant à la mauvaise vue de Masten Gregory, il faut signaler que le pilote américain, en 1965, en était à la dixième des seize participations aux 24 Heures du Mans et que si six de ces participations précédentes s’étaient soldées par des abandons. La Ferrari 250 GTO qu’il pilotait avec Innes Ireland en 1962 avait abandonné après 15 heures de course, qu’en 1957, associé à David Hamilton sur une Jaguar D il avait terminé sixième, qu’en 1961, faisant équipe avec Al Holbert sur une Porsche 718 officielle il avait pris la cinquième place et qu’en 1963, sur une autre Ferrari 250 GTO avec David Piper, il avait aussi terminé sixième et qu’il avait donc dû obligatoirement effectuer des relais de nuit…Restons en donc à la légende.

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Cette victoire de 1965 est historique puisqu’à ce jour c’est la toute dernière victoire de Ferrari au Mans. Espérons que nous n’aurons pas à attendre 50 ans de plus pour la prochaine. Un retour de la firme au cheval cabré en prototype serait franchement le bienvenu !

Nina Rindt, l’épouse de Jochen, a été invitée par le Club des Pilotes des 24 Heures du Mans et son Président Gérard Larrousse, mais sera malheureusement dans l’impossibilité de venir au Mans.

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Nina a eu cependant la gentillesse de nous adresser un petit mot : « Jochen était pour moi l’homme le plus charmant et le plus extraordinaire, il riait énormément, il faisait toujours attention à se mettre dans la peau des autres et était toujours prêt à rendre service. Il a disputé plus de courses que quiconque, à ce que je sache, il aimait essayer de faire toutes les courses qu’il pouvait, que ce soit en F1, F2, des courses en protos, des courses d’endurance, Indianapolis, des stock-cars, courses de côte, il était ouvert à tout cela. Jochen et Masten (Gregory) n’ont jamais pensé avant la course qu’ils avaient une chance de gagner, mais l’érpreuve fut plutôt chaotique. »

Quant au possible relais de Ed Hugus, Nina Rindt n’était pas au Mans en 1965, mais elle nous a répondu : « Jochen ne m’en a jamais parlé. »