24 Heures du Mans 1987, part 2 : Porsche met Jaguar KO

Les essais

Mercredi

Les Vérifications, qui avaient lieu dans ces années-là avant les premiers essais, se terminèrent sous la pluie, mais la météo s’améliora dans l’après-midi et la première séance débuta sur une piste sèche.

Lors des essais Préliminaires du mois de mai, Hans Stuck a été le plus rapide en 3’24”38 avec sa Porsche 962C et on s’attend à voir ce chrono amélioré, soit par les Porsche, soit par les Jaguar.

C’est Porsche qui se met le premier en évidence, avec encore Hans Stuck, mais moins vite qu’en mai. Visiblement en ce début de session, les pilotes des XJR8 ne cherchent pas le chrono. Porsche était le premier touché, Price Cobb sort violemment de la piste après le Virage Porsche avec la 962C #19. La Porsche passe par dessus les rails et commence à s’enflammer. Le pilote américain est sain et sauf mais la Porsche est hors d’usage. La Porsche 961 connait des problèmes de turbo et plusieurs 962C clientes ont de gros soucis de moteur.

Les deux 962C usine sont exemptes de ces problèmes de motorisation et descendent les chronos. Stuck est le premier à passer sous son temps du mois de mai avec un bon 3’24”03 pour la #17 mais Bob Wollek (#18) améliore très vite le chrono de l’Allemand. Celui-ci ne s’avoue pas battu et boucle un tour en 3’21”3 .

Ce temps parait difficile à battre d’autant que le ciel s’obscurcit avec une pluie menaçante. Bob Wollek chausse des slicks neufs et part pour une dernière tentative et, dans son deuxième tour lancé, il améliore le chrono de Stuck en 3’21”09, juste avant la fin de la première demi-séance et le début de la pluie. La piste restant humide, le chrono de Wollek ne va pas être amélioré dans la deuxième demi-séance et les deux Porsche usine sont toutes les deux devant.

Jeudi

Un orage éclate l’après-midi et on a des craintes pour les essais du soir, surtout de la part des autos qui ne sont pas qualifiées. Heureusement, l’orage est de courte durée et les essais commencent sur une piste presque sèche.

Visiblement, les pilotes des deux 962C officielles se satisfont des temps de la veille et travaillent pour la course. Pierre-Henri Raphanel et la Cougar #13 sont très rapides et devançent momentanément les Jaguar, mais celles-ci haussaient bientôt le rythme, réussissant un joli tir groupé : 3’24”36 pour Cheever et la #4, 3’24”68 pour la #6 de Brundle et 3’24”90 pour Lammers et la #5. Les trois XJR8 se classent donc immédiatement derrière les Porsche de Wollek et Stuck.

La Cougar de Raphanel/Courage/Regout vient à un excellent sixième rang, avec un bon 3’26”21 pour Raphanel.

Elle devance les deux Kouros-Mercedes, la #62 de Johnny Dumfries en 3’26”58 – cette Kouros avait émargé au troisième rang la veille derrière les Porsche de Wollek et Stuck, mais devant les Jaguar – et la #61 de Mike Thackwell en 3’27”41. Le Top 10 était complété par deux 962C, la Porsche Jöst #7 de Van der Merwe/Hobbs/Robinson et la Porsche Liqui Moly #15 de Palmer/Weaver/Cobb (ce dernier a trouvé refuge sur cette auto après son accident de la veille). La meilleure WM, la P86 #51 est treizième en 3’33”92, la meilleure Toyota 87C, la #36 est quatorzième en 3’34”45 et la meilleure Nissan R87E dix-septième en 3’35”99 .

La meilleure C2 est la Spice-Hart Chamberlain #127 de Nick Adams, vingt-deuxième en 3’40”02 devant la Spice Cosworth #111 de Gordon Spice, vingt-cinquième en 3’42”28 et la Tiga-Porsche #123 de Max Cohen-Olivar, trentième en 3’50”33.

En IMSA, les Mazda 757 sont vingt-septième et vingt-huitième (3’45”56 pour la #201 et 3’47”53 pour la #202) alors que la Porsche 961 se classe trente-et-unième en 3’50”86.

La course

En cette fin de printemps, il fait un temps très britannique le samedi matin et le warm-up se déroule sur une piste bien humide La pluie cesse cependant, mais le circuit reste quand même mouillé par endroits au moment du départ.

Ayant l’avantage du nombre avec ses trois Jaguar contre deux Porsche, on peut s’attendre à voir Tom Walkinshaw lancer à l’avant une des XJR8 pour fatiguer les Porsche. Les 46 protos (la WM #52 et la Royale #118) sont au stand et vont boucler deux tours de circuit derrière le pace-car pour s’habituer aux conditions de piste, les voitures dégageant derrière elles un nuage de pluie.

Pourtant, ce sont les deux 962C usine qui bouclent les premiers tours de piste en tête. La #17 de Stuck emmène la meute, suivie de près par la #18 de Jochen Mass. Les deux pilotes allemands prennent un peu de distance sur la Jaguar #6 de Martin Brundle qui s’accroche aux deux Porsche, revenant au freinage tandis que les Porsche semblent reprendre du champ en ligne droite. La Jaguar #4 est quatrième, devant la Cougar, mais celle-ci se fait rapidement passer par la Kouros.

Après quelques tours, les deux Porsche sont côte à côte dans les Hunaudières et Mass double Stuck, Brundle étant un témoin privilégié de cette passe d’armes. La piste sèche rapidement et les premières voitures rentrent pour chausser des slicks. Le trio de tête s’échappe, alors que la Kouros de Thackwell est quatrième et que la Toyota #36 de Alan Jones est cinquième. Mass sort très large à Indianapolis et Stuck reprend le commandement, devant la Jaguar de Brundle qui s’était rapproché des deux Porsche et qui double également Mass.

Les Porsche privées ont déjà payé un lourd tribut à la course. Les 962C Jöst #7 et #8 et la Porsche Kremer #10 abandonnent dès la première heure, moteur cassé. L’indice d’octane du carburant utilisé pour la course est différent de celui de l’équipe usine et les moteurs n’ont pas encaissé la différence…

Après une heure de course, après les premiers arrêts et les changements de pneumatiques, Jaguar a pris provisoirement la tête, la #4 de Cheever/Boesel menant avec une petite seconde d’avance sur la Porsche #17 de Stuck//Bell/Holbert. Les Jaguar #6 et #5 suivent, la #5 étant à un tour tout comme la Porsche #18 de Wollek/Mass/Schuppan, cinquième.

Porsche est de nouveau frappé, mais cette fois encore plus durement puisque cette fois c’est la Porsche officielle #18 de Wollek/Mass/Schuppan qui rentre au stand en fumant et abandonne, moteur cassé, elle aussi. Bob Wollek ne gagnera pas encore cette fois Le Mans et on ne dira jamais assez combien le pilote alsacien aurait mille fois mérité de remporter cette course….

Jaguar se retrouve en position de force avec trois unités contre une seule pour Porsche usine. Cependant, la #17 tient bon et ne manifeste aucun signe de faiblesse. La lutte est chaude entre cette Porsche et la Jaguar #4. Les deux protos échangent souvent leurs positions et pointent en tête de la course alternativement.

Derrière la Porsche et les Jaguar officielles, deux voitures font un joli début de course. La Cougar #13 confirme son chrono des essais et est sixième après quatre heures de course, derrière la Porsche 962C Liqui Moly #15, la voiture de Richard Lloyd ayant été très modifiée au Royaume-Uni, qui elle aussi brille en ces premières heures grâce, entre autres, à une belle performance de Jonathan Palmer.

A un contre trois et compte tenu des problèmes moteur rencontrés par les Porsche, le combat semble inégal et les innombrables spectateurs britanniques présents commencent à se remettre de leurs désillusions des essais et envisagent un succès des XJR8.

Seulement, le problème est que la Porsche #17 tient bon. Elle est, pendant plusieurs heures, à la lutte avec la Jaguar #6. Les ravitaillements des deux voitures sont décalées et elles prennent la tête de la course alternativement, alors que les deux autres Jaguar, qui ont été légèrement retardées par des soucis mineurs, sont prêtes à prendre le relais de la #6 si nécessaire.

Après six heures de course, la Porsche est reléguée au troisième rang derrière les Jaguar #6 et #5, mais ce classement est ponctuel après le ravitaillement de la Porsche et celle-ci est toujours dans le coup.

La Jaguar #4 est cinquième après avoir eu un problème d’accélérateur, derrière la Porsche Liqui Moly, nettement en tête des 962C privées. Belle course également de la Mazda 757 #202, septième, coincée entre les deux protos aux couleurs de Primagaz Compétition, la 962 #72, sixième, et la Cougar, huitième.

Les Kouros-Mercedes ne sont plus à la lutte. La #62 de Dumfries/Ganassi a cassé sa boîte de vitesses et a abandonné très tôt, non sans que Johnny Dumfries – un authentique marquis et un parent éloigné de la reine Elizabeth II – ait bouclé un tour du circuit en 3’25”4, plus vite que son chrono des essais, et qui restera le meilleur tour en course de cette édition 1987. Il gagnera l’édition 1988 avec Jan Lammers et Andy Wallace au volant d’une Jaguar XJR9. La #61 de Pecarolo/Thackwell/Okada est loin au classement, après avoir connu des problèmes de boîte de vitesses et d’injection. Un peu plus tard, cette Kouros sera l’occasion d’une des très belles anecdotes de l’histoire des 24 Heures, avec un abandon qui n’en était pas un. Henri Pescarolo vous la raconte lui même ICI.

La première disparition dans le groupe de tête vient de la Porsche Liqui Moly #15 qui est victime d’un début d’incendie après une sortie de piste. La Porsche Primagaz est désormais la mieux placée des privés, cinquième au scratch derrière la Porsche #17 et les trois Jaguar, et devant la Cougar qui fait également une très belle prestation.

Les couleurs Primagaz vont grimper bientôt d’un rang supplémentaire quand, à l’approche de la mi-course, Win Percy sur la Jaguar #5 sort de la piste peu avant la courbe des Hunaudières. La Jaguar est complètement hors d’usage et son pilote a le bras cassé. La course va être neutralisée pendant plus d’une heure, le temps de remettre les rails en place.

Quand la course reprend, la Porsche #17 est toujours au commandement, mais la Jaguar #6 est dans le même tour, la #4 n’étant qu’à un seul tour. La Cougar est passée devant la Porsche #72, mais elle est loin du trio de tête.

Coup de théâtre au petit matin, la Jaguar #6 rend l’âme, moteur hors d’usage. Ne restent donc en lutte que la Porsche de Bell/Stuck/Holbert et la Jaguar #4 de Eddie Cheever et Raul Boesel sur laquelle Tom Walkinshaw appelle Jan Lammers en renfort.

Le combat ne va pas durer bien longtemps car la Jaguar passe un long moment au stand avec des problèmes de transmission. La Porsche #72 lui ravit la deuxième place après avoir aussi connu des petits pépins durant la nuit, tout comme la Cougar qui a eu des ennuis de cardan.

Forte d’une quinzaine de tours d’avance, la voie est libre pour la Porsche #17, alors que la Jaguar #4 va s’appliquer à rallier l’arrivée malgré de nombreux tracas.

La Porsche va même accroître son avance pour terminer avec vingt tours d’avance sur la Porsche #72 de Lassig/Yver/De Dryver et vingt-trois sur la Cougar Porsche à bord de laquelle Yves Courage a pris le dernier relais, passé la ligne d’arrivée et réalisé son premier podium.

En C2, la victoire revient à la Spice Cosworth #111 de Spice/Velez/De Henning, largement devant l’Ecosse #102 de Mallock/Duez/Leslie qui a cependant fait longtemps figure de vainqueur potentiel

En IMSA GTP, au terme d’une course régulière, la Mazda 757 #202 de Kennedy/Galvin/Dieudonné l’emporte largement avec, à la clé, également une très belle septième place.

Un grand merci à Christian Vignon pour ses photos.