Bernard Asset (part 1) : « Tout a beaucoup progressé en photographie ! »

Bernard Asset fait partie de ces quelques rares photographes incontournables dans le milieu de la Formule 1, mais aussi des 24 Heures du Mans. On se souvient tous de son portefolio consacré à la classique mancelle en 1991. Fort de plus de 35 ans de carrière, nous avons eu le plaisir de le rencontrer à Rétromobile au mois de février pour évoquer avec lui son métier dans notre première partie, mais aussi son lien avec Le Mans dans un deuxième temps…

Comment avez-vous débuté en sport automobile ?

« Au départ, je n’étais pas forcément attiré ni intéressé par le sport automobile, juste un peu. J’étais plutôt motard, j’allais voir quelques courses. A l’époque, j’étais dans une école de photo, mais je ne savais pas dans quel domaine je voulais évoluer. J’avais juste de vagues idées de reportages sportifs. J’ai eu mes premières publications dans un magazine, qui dépendait du groupe Hommell, en allant assister à des courses de moto. Cela m’a permis un jour de rencontrer Pierre Pagani qui était le rédacteur en chef d’Echappement. Il m’a alors proposé de faire des piges en sport automobile, notamment en rallye tout terrain. J’ai eu mes premières photos dans ce magazine et j’ai pu tisser quelques liens avec certains journalistes du groupe. Quand deux ans plus tard, je cherchais du travail, le jour où je suis passé les voir, ils recherchaient justement quelqu’un pour la création d’Auto Hebdo. Il ne voulait pas forcément tout de suite un photographe, mais je me suis dit que l’occasion se présenterait peut-être si bien qu’au bout de quelques semaines, je faisais des photos. J’ai donc été photographe à Auto Hebdo pendant trois ans sur des courses nationales, quelques courses de F2, le Grand de France, le Grand Prix de Monaco. Michel Hommell m’a un jour proposé, pour la création du magazine Grand Prix International, de suivre tous les Grands Prix de F1. Nous étions alors en 1979 et c’était parti ! »

Vous avez traversé plusieurs décennies de sport automobile. Laquelle a été la plus intéressante ?

« Le début même si je pense qu’il y a un petit coté nostalgique dans ma réponse. Tout était beaucoup plus facile au départ, plus abordable même si Internet et le numérique nous ont bien facilité la tâche ces dix dernières années. Je me rappelle de ma première course en Amérique du Sud, au Brésil, lorsque Jacques Laffite gagne, il avait invité toute la presse française. Ce sont des choses que l’on ne voit plus. »

Comment jugez-vous cette évolution ? Au début, il était facile de les voir, maintenant, c’est beaucoup plus dur…

« C’est la rançon du succès et le résultat de cette surmédiatisation de la télévision. C’est un peu inévitable, mais je ne sais pas ce que l’on dira dans 30 ans. C’est comme cela, c’est l’évolution normale des choses. Les voitures sont toujours aussi belles, on a perdu le pilotage physique qu’il y avait à l’époque, ce sont plus des champions du jeu vidéo. On voit maintenant qu’un pilote à l’aise sur un simulateur est tout de suite bien en piste. Après, il y en a des meilleurs que d’autres, mais ce n’est plus la même approche qu’avant. Avant les mecs souffraient, ils avaient des ampoules aux mains… »

Maintenant, au niveau de votre métier, il y a aussi eu un changement : le passage de l’argentique au numérique. Comment cela s’est fait pour vous ?

« Au début, je ne l’ai pas bien appréhendé, je pensais même pouvoir l’éviter. Cependant, je me suis vite rendu compte, en regardant mes collègues qui étaient passés au numérique, qu’il allait falloir sauter le pas. Je m’y suis mis tard, en 2003 / 2004. Pendant une saison, j’ai fait argentique / numérique, mais très vite, j’ai compris que cela nous apportait beaucoup, plus que ce que j’avais imaginé même si à ce moment là, ce n’était pas encore très performant. Ce l’est vite devenu et je ne pourrais plus maintenant m’en passer. Cela a aussi amené certaines avancées comme l‘autofocus. Avant, je faisais mes mises au point manuelles et je me suis rendu compte que ça marchait bien. Ce qui est appréciable, c’est qu’on peut voir le résultat tout de suite et que l’on peut se corriger immédiatement. L’inconvénient, c’est qu’avant on était libre après les essais, par exemple, on pouvait sortir, aller boire un coup avec les pilotes. Maintenant, on est en salle de presse jusqu’à tard dans la soirée à éditer et sélectionner nos photos. Par contre, le lundi, le travail est terminé. Avant, il n’y avait pas de salle photographe, on se baladait avec notre sacoche photos sur le dos, ne sachant pas où la poser. On se ruinait le dos, on marchait tout le temps, il n’y avait pas de navette photographe. Tout cela a bien progressé. L’accueil est différent, on a un poste de travail, on nous donne à manger, …»

Comment travaillez vous : plus avec des choses planifiées ou vous fonctionnez plus à l’instinct ?

« Plutôt à l’instinct même si parfois il y a des trucs auxquels je pense avant. Sur certains départs, on me demande où je vais me mettre, je ne dis rien car parfois je ne le sais même pas moi-même. J’ai été souvent indépendant, pas trop lié à une agence donc j’avais moins de contraintes et d’impératifs que d’autres. J’avais donc tendance à me mettre là où il y avait moins de monde, à trois ou quatre virages du départ ou carrément à l’autre bout du tracé. Par moment, il y a des incontournables, il faut assurer les départs, les arrivées et les podiums. »

24 Heures Le Mans 2011.@Clement Marin

A noter qu’en début d’année, Bernard Asset a reçu le Prix de « La plus belle photo de l’Année 2018  : « Duel de Ligier »

A suivre….