Une Porsche 993 GT2 Evo de 1995, quatre fois Le Mans, à vendre

Focus aujourd’hui sur une Porsche qui a disputé quatre fois les 24 Heures du Mans entre 1995 et 1998, dont trois fois avec Larbre Compétition. Cette auto est mise en vente par Ascott Collection. Il s’agit d’une Porsche 993 GT2 EVO de 1995 (châssis #WP0ZZZ99ZTS393103) développée par l’usine pour courir en GT1. Durant ses trois premières années au sein de l’équipe française, cette voiture exceptionnelle a bénéficié du soutien de l’usine Porsche, retournant à six reprises à la maison mère entres les courses du BPR, les 24 Heures de Daytona et les 24 Heures du Mans.

En 1993, Porsche présente une nouvelle génération de sa mythique 911, baptisée pour l’occasion 993. Elle est alors déclinée en version GT2 pour répondre aux exigences d’homologation de la catégorie du même nom. La 993 GT2 disposait alors d’ailes élargies, d’un aileron arrière plus grand avec des écopes d’air dans les montants pour améliorer le refroidissement du moteur. Ce moteur de 3,6 litres avait une puissance de l’ordre de 424 ch. Elle fut portée en 1998 à 444 ch. Une 993 GT2 « conventionnelle » mais déjà très bien née, destinée alors à affronter les Callaway Corvette, Ferrari 348 LM, Honda NSX, Lotus Esprit et autres Venturi 400 GTR.

Pour remporter les 24 Heures du Mans, et briller dans les séries GT qui connaissent au milieu des années 90 un engouement retrouvé, Porsche décide de développer une version GT1 de sa 993. Ce sera la 911 GT2 Evo. En effet, après le retour des GT de nouveau acceptées aux 24 Heures du Mans en 1993 et une réglementation plus ouverte, les projets se multiplient. Rapidement, le GT1 apparaît comme la catégorie dans laquelle se lancer pour gagner, tant au Mans qu’ailleurs. C’est ce qui explique la volonté de l’usine de lancer cette 911 GT2 Evo, à l’origine en trois exemplaires « officiels ». Le châssis aujourd’hui présenté (#WP0ZZZ99ZTS393103) est l’un d’eux.

Pour rendre sa 993 GT2 encore plus radicale et la faire (ÉVO)luer, le poids chute à 1 100 kg et son moteur de 3,6 litres développe environ 600 ch à 7 000 tours/min grâce à un turbocompresseur de plus grande taille (KKK27 avec restricteurs de 40,4 mm). L’embiellage, les pistons, les arbres à cames, la pompe à huile et même le système d’injection ou l’échappement ont été optimisés. Les deux turbos sont plus généreux et disposent d’un by-pass séparé. Pour l’Evo, qui reprend la carrosserie modifiée de la 911 GT2, le règlement autorise des pneus plus larges, les ailes sont alors agrandies. Ce n’est pas tout puisque l’aérodynamique est particulièrement soignée avec un aileron arrière très haut et un spoiler avant entièrement redessiné avec des entrées d’air généreuses. La base de la 911 GT2 est renforcée avec un arceau de sécurité soudé, des fixations de capot à ouverture rapide, un système air-lift, des prises d’air latérales pour l’admission du turbocompresseur, et le fameux spoiler avant optimisé avec prises d’air supplémentaires est pensé pour la ventilation des freins et du radiateur d’huile. On note aussi des disques de frein ventilés et perforés, un ABS et un frein assisté au pied avec renforcement électro-hydraulique.

Les GT2 et GT2 Evo ont d’abord été engagées aux 24 Heures du Mans puis dans le championnat BPR Global GT Series ainsi que dans plusieurs autres championnats nationaux. Le palmarès de ces Porsche devenues mythiques est impressionnant.

Notre Porsche 993 GT2 EVO de 1995 (châssis #WP0ZZZ99ZTS393103) du jour

C’est en 1995 que l’équipe Larbre Compétition de Jack Leconte passe commande de deux Porsche 911 GT2 Evo. La structure française jouit alors du statut d’équipe « semi-officielle » avec un soutien clair de la part du constructeur allemand. Ayant abandonné son projet de développement de prototype WSC, Porsche met dans ce projet des moyens financiers et humains.

La #WP0ZZZ99ZTS393103 est la première Porsche 993 GT2 EVO fabriquée par l’usine Porsche sur une série très limitée de trois voitures. À peine livrée – le 1er juin 1995 comme on peut le voir sur la facture d’origine pour un montant de 570 000 DM – la GT2 part en direction du Mans. Elle fait partie d’un contingent de dix Porsche. On y trouve un exemplaire de 993 unique, engagé par Freisinger, six Porsche 993 (des modèles de série préparés par des teams privés) et, parmi les trois restants, les fameuses GT2 Evo. Le châssis #WP0ZZZ99ZTS393103 est, comme le second châssis aligné par Larbre Compétition (#WP0ZZZ99ZTS393104), inscrit en catégorie GT1. En choisissant de basculer sa 911 GT2 Evo en GT1, avec l’appui de Porsche, Larbre Compétition visait clairement une bonne performance au classement général.

Les deux autos sont confiées à Jésus Pareja, Jean-Pierre Jarier et Erik Comas pour la  #36 (notre auto) et la #37 à Dominique Dupuy, Emmanuel Collard et Stéphane Ortelli. Pendant le premier quart de l’épreuve, les deux voitures sont dans le Top 5 avant d’être victimes de faits de course (sortie de piste, accident). La n°36 (#WP0ZZZ99ZTS393103) est 4e au classement général lorsque son pilote (Jésus Pareja) sort sous la pluie.

L’avant de la voiture est endommagé et la voiture repart à l’usine pour y être réparée et être peinte en bleu afin de recevoir le sponsor Gitanes Blondes. La facture Porsche du 14 juillet 1995 précise que le bloc avant de la voiture a été remplacé. Elle est ensuite engagée aux 1000 kilomètres de Suzuka avec sa nouvelle livrée bleue Gitanes Blondes pilotée par Jena-Pierre Jarier et Bob Wollek où elle termine en 4ème position puis aux 3 Heures de Zhuhaï, où elle abandonne.

En 1996, le programme de compétition est plus intense. Le début de la saison commence par les 24 Heures de Daytona. Certains équipements spécifiques sont nécessaires pour courir à Daytona. Notre Porsche reçoit ainsi un arceau renforcé de barres horizontales au niveau du pilote et la fixation du pare-brise est sécurisée par l’ajout de pates de fixations en haut et en bas. Ces deux éléments spécifiques figurent toujours sur la voiture. Elle est pilotée par Jürgen Barth, Jésus Pareja, Jean-Luc Chéreau, Régis Schuch et Jack Leconte. Elle termine à la 26ème position.

L’engagement en BPR s’intensifie et un retour aux 24 Heures du Mans est prévu. Mais cette fois-ci, la Porsche est engagée en GT2. Inévitable car devant, les GT1 se sont musclées. McLaren F1 GTR, Chrysler Viper GTS-R, Lister Storm GTS et autres Toyota Supra LM sont arrivées.

Chez Porsche, en parallèle de la GT2 Evo semi-officielle, les ingénieurs allemands ont passé l’hiver à développer un nouveau projet : la Porsche 911 GT1. Avec les n°25 et n°26, engagées officiellement, les deux autos n’ont plus grand-chose en commun avec leurs bases de 993…

Porsche continue d’accompagner Larbre Compétition. La voiture enchaîne les allers-retours dans les ateliers de Porsche pour lui greffer des évolutions au niveau du châssis et du moteur tout au long de la saison. Au total, elle passe à six reprises en Allemagne, y recevant même ses décorations ! Au Mans, elle est emmenée par André Ahrle, Patrick Bourdais et Patrice Goueslard. Elle porte le #82 et termine ses premières 24 Heures du Mans à la 20e place au général, 6e des GT2.

En 1997, le programme se concentre uniquement autour des 24 Heures du Mans en endurance. Patrick Bourdais, Peter Kitchak et André Lara Resende la pilotent en Sarthe. Partant de la 43e position sur la grille de départ, elle ne voit pas l’arrivée.

Elle doit abandonner à la 22e heure sur un souci de suspension. La saison 1997 est couronnée de succès en championnat de France GT. Patrice Goueslard et Christophe Bouchut brillent ! Ils remportent le titre de Champions de France grâce à leur régularité avec la GT2 Evo. Dix victoires sur 12 possibles à Dijon, au Val de Vienne, au Paul Ricard, à Albi et enfin à Magny-Cours !

Pour la saison 1998, notre Porsche 911 GT2 Evo change de propriétaire et est désormais engagée par l’équipe Nourry Compétition. Dès la première course dans le championnat de France GT à Nogaro, le duo Michel Nourry / Thierry Perrier décroche un podium. Michel Nourry se fracture la main alors qu’il participe à la course de Porsche Cup (il est engagé dans les deux disciplines). Thierry Perrier se charge, seul, de signer un nouveau podium dans la deuxième course du week-end. Le programme passe ensuite par les préqualifications des 24 Heures du Mans et le double tour d’horloge sarthois.

En Sarthe, c’est Thierry Perrier qui se charge de qualifier la voiture lors des essais préliminaires, Michel Nourry ayant encore des douleurs au niveau de sa main. Jean-Louis Ricci rejoint l’équipage. Lors de la première soirée d’essais, le moteur casse. Michel Nourry et Jean-Louis Ricci n’ont pas pu effectuer leurs tours en conditions nocturnes comme le règlement l’impose. Ils se livreront à cet exercice le lendemain, non sans mal, après que la boîte de vitesses a décidé de ralentir le tableau de marche. Michel Nourry prend le départ et gagne plus de 10 places au cours de son relais. La GT2 Evo est 8e au cœur de la nuit mancelle. Un arrêt aux stands fait perdre du temps au petit matin. Il faut en effet effectuer un changement de plaquettes et de disques. Mais la première alerte sérieuse intervient alors que la lumière est revenue sur le circuit. À 6 h 44, Thierry Perrier est victime d’une casse du cardan droit. Un souci qui va se répéter un peu plus tard avec, à chaque fois, plus de 20 minutes perdues dans les stands. Enfin, on procède à un changement de turbo dans la matinée. La voiture termine en 18e position, 4e en GT2.

Elle participe ensuite à plusieurs courses en FFSA GT en 1998 et en 1999 avant d’être vendue aux frères Alméras en octobre 1999. En 2000 et en 2001, elle est à nouveau engagée dans le Championnat de France GT FFSA. En 2002, elle termine Vice-Championne de France GT FFSA, pilotée par Marc Sourd et Steve Hiesse, après avoir remporté quatre courses. A cette époque elle est sponsorisé par Martinet et peinte en blanc, vert et orange.

Acquise en 2003 par le propriétaire actuel auprès des Frères Alméras, notre Porsche a participé à plusieurs historiques dans le cadre du Club Porsche de France et du Championnat GT de HWM et ceci jusqu’en 2016. En 2019 et 2020, des travaux importants ont été réalisés : révision du moteur 3,6 litres simple allumage, révision des turbos, révision du boitier TAG. La voiture a aussi été repeinte et a retrouvé sa livrée des 24 Heures du Mans 1995. Elle est désormais disponible à l’achat pour rejoindre une collection ou bien courir dans les plateaux de courses historiques où elle est éligible.

D’après le texte de Ascott Collection. Les photos sont aussi d’Ascott Collection que nous remercions…