Lola T92/10 : une longue carrière mais peu de succès (partie 1)

Endurance Classic vous parle aujourd’hui d’une voiture qui n’a disputé qu’une seule fois les 24 Heures du Mans, la Lola T92/10…

Lola Cars International était une société britannique d’ingénierie automobile de course. Elle a été fondée par Éric Broadley à Huntingdon en Angleterre. Pendant plus de cinquante ans, Lola Cars été le plus grand fabricant de voitures de course dans le monde de 1958 à 2012.

Le premier modèle sorti est la Lola Mk1 nommée d’après la chanson « Whatever Lola Wants » de la comédie musicale contemporaine de Damn Yankees. Puis Lola fait ses débuts en Formule 1 au Grand Prix des Pays-Bas en 1962 avec deux Lola Mk4 Climax, une pour John Surtees (#19) et l’autre pour Roy Salvadori (#20). Surtess signe la pole position mais, en course, il abandonne au 8e tour sur accident, et Salvaori au 12e tour. Lola en Formule 1 ce sont 149 Grands Prix, une pole position, trois podiums.

Il faut revenir aux années 60 pour trouver les premières traces de Lola en Endurance. Aux Racing Car Show en 1963, la marque présente une Mk 6 (Lola GT), seuls trois exemplaires ont été construits. Sa première course a lieu aux 1000 km du Nürburgring 1963 (#115) avec Maggs/Olthpff. Neuvième sur la grille, ils abandonnent sur bris de boîte de vitesses. La première trace d’une Lola aux 24 Heures du Mans remonte à la même période toujours avec une Lola Mk 6 GT cette fois-ci confiée à Richard Attwood/ David Hobbs (#5). Elle est muée par un moteur Ford de 4728 cc développant 250 ch. Ils se qualifient en 22e sur la grille de départ, mais abandonnent sur accident (151e tour).

@Umberto Cattani

Cette performance a attiré l’attention de Ford qui cherche un moyen de gagner Le Mans, et offre à Broadley un accord de deux ans pour redessiner leur GT. La mise en place s’effectue chez Ford Advanced Vehicles, dans une usine sur le Slough Trading Estate où est produite la GT40. Cette dernière diffère à bien des égards de la Mk 6, notamment avec un châssis en acier plutôt que l’aluminium de la Mk 6. Broadley, habitué à être son propre patron, démissionne après un an, et comme l’usine FAV était au nom de Lola Cars, il conserve l’usine forçant Ford à déménager dans un autre lieu sur le domaine.

En 1965, Lola développe la T70 avec plus de 100 exemplaires construits en trois versions : un Spyder Mk II, un coupé Mk III, et enfin une Mk IIIb. Elles sont équipées d’un moteur V8 Chevrolet de 5,4 ou de 6,2 de cylindrée. Elle sera remplacée, pour la Can-Am, par la Lola T160.

Lola T70 MKIII de John Surtees et David Hobbs, Le Mans 1967 @Flickr Henry Ford

Depuis 1982 et l’avènement de la catégorie du Gr C, l’endurance connaît un nouvel engouement. Il séduit de nombreux constructeurs comme Porsche, Lancia, Ford, puis Jaguar, Mazda, Toyota, Sauber-Mercedes, Nissan et Aston Martin, sans oublier de nombreux petits artisans tels que March, Spice, Cougar, etc. Cela permet de courir avec des autos performantes, à un coût raisonnable et la formule est un succès. Cependant, soutenue par Peugeot, la FIA introduit pour 1991 une nouvelle catégorie, celle des Voitures de Sport, qui va remplacer à court terme les Groupes C1 et C2.

La FIA veut des prototypes proches des F1. Mercedes et Jaguar franchissent le pas avec de nouvelles machines spécialement développées pour cette catégorie. L’introduction des Sports 3,5 Litres fait fuir des constructeurs tels que Nissan, Toyota (qui reviendra en 1992), ou Porsche (qui n’a pas développé de remplaçantes à la 962). Sans oublier les ennuis financiers et la récession économique qui n’arrangent pas les choses chez les artisans constructeurs tels que March, Spice et les écuries privées qui n’ont pas les moyens de faire courir des voitures de cette catégorie.

Au moment du Groupe C, Lola Cars était occupé par la conception et la fabrication de châssis pour Chevrolet, Nissan, mais avec le retrait de ce dernier, Lola se retrouve maintenant indépendant.

Eric Broadley choisit alors de sauter le pas dans le secteur privé et développe un châssis éligible pour le Championnat du Monde des Voitures de Sport. Les travaux de la Lola T92/10 (connue sous le nom de Lola 981) débutent fin 1990 avec l’arrivée de l’ingénieur Wiet Huiekoper*. Il a travaillé auparavant pour Reynard, Spirit Racing et l’équipe de Formule 1, EuroBrun. En 1989, il est détaché par Spice-Cosworth pour le Chamberlain Engineering qui remporta le titre de championnat du monde de C2 cette année-là.

Huidekoper commence par dessiner la Lola T92/10 à partir d’une feuille blanche, il la conçoit comme une Formule 1. Après un vaste test en soufflerie avec des modèles au 1/5e, Huidekoper se concentre sur la faible traînée. Lola met d’avantage l’accent sur l’appui pur et simple pour gagner du temps dans les virages. La monocoque est en fibre de carbone composite et nid d’aluminium. Deux grandes prises d’air sur le nez (qui a donné à la Lola T92/10 son look distinctif) fournissent de l’air pour le refroissement des radiateurs, les disques de frein ventilés en céramique carbone et les étriers AP Racing à 3 pistons. La mécanique est directement dérivée de la Formule 1. Lola se tourne en effet vers Judd pour la fourniture du moteur. Il s’agit du Judd GV10, un V10 à 72° de 3493 cc préparé par John Judd. Grâce à l’injection électronique Zytech, la puissance maximum se situe aux environs de 600 chevaux à 10800 t/min. Elle est transmisse via une boîte de vitesses à 6 rapports, développée en l’interne. Au total, la Lola T92/10 pèse 770 kg, soit 20 kg de plus que la limite du poids minimum fixé à 750 kg.

La voiture fait ses premiers tours de roue fin janvier 1991 puis est dévoilée à la presse à l’occasion des 430kms du Nürburgring le 17 avril 1991. Au total, trois T92/10 ont été construites (HU-01, HU02, HU-03). Deux châssis ont été commandés par Charles Zwolsman pour Euro Racing.

*Par la suite Huidekoper à travaille chez Porsche en 1994 chargé du développement de la Dauer 962 LM, des 911 GT1 96 et 97, puis responsable de la construction des Porsche 911 GT1 98.

A suivre…