Lionel Robert (part 1) : « Habitant Le Mans, j’avais une attirance toute naturelle pour les 24 Heures ! »

Lionel Robert a remporté le Volant ACO en 1983 et, à son palmarès, figurent entre autres faits d’armes, une place de Vice-Champion de Formule Renault 1985 derrière Eric Bernard (année où couraient également Erik Comas, Jean Alesi, Jean-Marc Gounon, Patrick Gonin…) et sept participations aux 24 Heures du Mans, dont cinq avec l’équipe de Yves Courage. Le pilote sarthois roule toujours en VHC, en Ultimate Cup Series en LMP3 sur une Norma M30 en 2019 ou sur une Norma M20FC de DB Auto en 2020. Le regretté Claude Foubert avait rencontré le Sarthois il y a quelques années. Nous vous proposons son interview en deux parties…

Lionel, avant que vous ne commenciez à courir, quelles étaient vos idoles parmi les pilotes ?

« Je n’avais pas de pilote préféré. J’aimais bien la course, mais tous les pilotes dont on entendait les noms par l’intermédiaire du speaker des 24 Heures me faisaient rêver, mais pas un en particulier. »

Jeune, qu’est-ce qui vous faisait le plus rêver ? La monoplace ? L’endurance ?

« Je n’ai jamais été un mordu absolu de Formule 1 et, habitant Le Mans, j’avais une attirance toute naturelle pour les 24 Heures du Mans, parce que je connaissais l’épreuve et que, depuis tout petit, mes parents m’y emmenaient. Mais, tout ce qui possédait quatre roues, et même deux, puisque j’ai fait aussi un peu de moto, m’intéressait. Après, ce sont les événements qui t’emmènent vers telle ou telle filière, telle ou telle possibilité. Encore aujourd’hui, je suis tout aussi intéressé par la course de vitesse que par la course d’endurance. Les deux ont des qualités similaires, mais aussi des qualités différentes. »

A quand remontent vos premiers souvenirs aux 24 Heures du Mans ?

« Mes vrais premiers souvenirs, j’avais une dizaine d’années, c’étaient les victoires des Matra aux 24 Heures du Mans. Ce sont mes premiers vrais souvenirs car j’avais mon appareil photo, et j’ai fait mes premières photos tout seul. Evidemment, elles n’étaient pas terribles, mais j’ai une photo où je suis à l’arrivée, quasiment sur le capot de la Matra victorieuse en 1973, et avec le recul j’ai du mal à croire que mes parents m’aient laissé tout seul dans la foule, où tout le monde me dépassait d’une tête. C’était ma première photo, celle du vainqueur en plus, et ça marque…. J’imagine que ça serait plus difficile à faire maintenant, c’est plus contrôlé, l’envahissement du circuit est plus difficile… »

Photo: D.R. ACO

Combien de 24 Heures du Mans avez-vous à votre actif ?

« J’ai été engagé huit fois et j’ai couru sept fois (en 1996, la Renault Spider de Legeay Sports a fait les essais, mais est restée seulement suppléante, ndlr). En 1993 et en 1994, j’ai réalisé le meilleur chrono lors des essais préliminaires du mois d’avril. Lors de cette 2e année,  j’ai piloté les deux Courage C32 officielles et j’ai réussi les deux meilleurs chronos, une première ligne virtuellement toute Lionel Robert…J’aurais pu mettre une jambe dans chaque voiture (rires) ! »

1996

Quel est votre meilleur souvenir des 24 Heures ?

« C’est toujours difficile d’en ressortir un qui serait vraiment meilleur que les autres… Allez, je vais en citer trois. 1986 tout d’abord, c’est ma première course au Mans, je suis un tout jeune pilote, j’arrivais de la Formule Renault, des monoplaces qui font 150 chevaux et d’un seul coup je pilote un proto de 600 chevaux, une Groupe C avec un moteur Porsche turbocompressé (March Porsche 85G avec Richard Cleare/Jack Newsum). J’étais le benjamin de l’équipe et on m’a fait rouler en dernier, ce qui est normal, et dès les essais, je me suis affirmé dans l’équipe, si bien qu’on m’a confié le départ ! Tout s’est bien passé, on finit par une victoire de catégorie (14ème et 1er en GTP), pour une première course, c’était déjà une belle récompense.

Ensuite, par ordre chronologique, ça serait 1990, même si on ne finit que septième, ce qui peut paraître relativement modeste. J’étais avec l’équipe Courage et je partageais le volant de la Cougar Porsche C24S avec Michel Trollé et Pascal Fabre. C’était une année où il y avait énormément de voitures d’usine. On finit dans le même tour que la meilleure Toyota officielle, à un tour de la mieux classée des Nissan usine. On était vraiment à la bagarre, on réalise une très belle course, très solide, ça reste un très bon souvenir avec l’équipe Courage.

Le troisième, je citerais 1993, parce que, quand vous me posiez la question sur mes idoles de jeunesse, je vous ai dit que je n’en avais pas, mais, en 1993, je cours avec Derek Bell, cinq fois vainqueur des 24 Heures du Mans. C’est quand même quelqu’un.

Dix ans auparavant, alors que je n’étais pas encore pilote, en 1983, j’étais au Pesage en tant que spectateur. Très intéressé, j’ai fait des photos, notamment de l’équipe Porsche Rothmans et, à aucun moment, je n’avais imaginé que dix ans plus tard, non seulement, je serais pilote aux 24 Heures du Mans mais qu’en plus je roulerais avec Derek Bell… »

Quel est votre pire souvenir au Mans, s’il y en a un…

« Je n’ai pas de pire souvenirs, mais j’en garde quelques mauvais. Les abandons, aux 24 Heures du Mans, c’est toujours triste parce que c’est un travail colossal pour tous les membres de l’équipe, qu’on a enclenché parfois plusieurs mois avant la course, voire même pour certains projets d’une année sur l’autre, qui s’arrête. Donc, des abandons, qui pourraient être évitables pour certains, c’est de la tristesse, des larmes dans les yeux des gars de l’équipe. J’ai connu plusieurs arrivées, mais aussi plusieurs retraits…Comme plus mauvais souvenir, on pourrait peut-être citer la fin de course de 1994 car nous étions déjà bien armés.

Quand on parle de l’écurie Courage Compétition et qu’on dit qu’Yves Courage a surtout manqué de gagner les 24 Heures en 1995 où il est passé très près de la victoire, il ne faut pas non plus oublier 1994 ! Cette année-là, les deux autos du team étaient très performantes, avec Alain Ferté qui était sur l’autre voiture, et nous, quand on abandonne avec un problème de moteur (un problème de raccord sur le moteur), alors que les protos à moteur Porsche n’avaient jamais de soucis,. On est, à ce moment-là au classement, après dix heures de course je crois, devant la Dauer Porsche qui va gagner. Ca ne veut pas dire qu’on aurait gagné, mais on était dans le coup. En 1994, il n’y avait que six protos qui pouvaient gagner, on avait quand même de bonnes chances de remporter la course, et là, le moteur nous a lâchés. Nous avions une très belle équipe, de beaux équipiers en la personne de Pierre-Henri Raphanel et Pascal Fabre. C’était du solide, du sûr, mais la mécanique en a décidé autrement… »

A suivre…