William David : « Avec le recul, j’aurais dû taper à des portes »

Partir en pole des 24 Heures du Mans est un privilège assez rare. Avoir toutes les lumières sur soi le jeudi soir à minuit est quelque chose qui reste gravé à vie dans la mémoire du poleman. Il y a 25 ans, William David était l’heureux poleman des 24 Heures du Mans sur une WR LM 94. Les médisants diront que le plateau 1995 était faiblard mais qu’importe. Quel pilote peut se targuer d’avoir décroché la pole des 24 Heures du Mans dès sa première participation ? Le Palois a eu plusieurs vies en sport auto et, même si en 2020, il a toujours un pied dans l’automobile, sa combinaison de pilote est pour le moment dans l’armoire.

Le Champion de France de Formule Ford 1989 est passé ensuite par le Peugeot 905 Spider, d’où ses deux participations aux 24 Heures du Mans. On l’a vu par le suite en Supertourisme chez Peugeot puis Seat avant un passage par le GT3. On le retrouve maintenant comme manager du Centre Alpine RRG (Renault Retail Group) Marseille. William David a remonté avec le temps avec Endurance-Classic sur ses deux éditions aux 24 Heures du Mans.

La Filière Peugeot a été d’une grande aide pour arriver aux 24 Heures du Mans ? 

« Je roulais en Peugeot 905 Spider depuis 1992 sans aucun statut de pilote officiel. Jean-Pierre Nicolas, qui était chez PTS (Peugeot Talbot Sport), m’avait contacté pour remplacer un gentleman sur deux courses de Spider, à savoir Monza et Nürburgring. Finalement, j’ai disputé toute la saison. Je roulais sur une Orion alors que les châssis Martini étaient devant. Je gagne le championnat en 1994 et en 1995 je suis en Supertourisme sur une Peugeot en tant que semi-officiel. J’avais quasiment le même matériel que Philippe Alliot et Laurent Aïello. Le titre Spider donnait droit de rouler sur une 405 mais c’était à toi de la faire rouler. J’ai trouvé le team SDA grâce à l’aide de Jean-Pierre Nicolas et Bernard Salam (SDA). J’ai terminé 2e du classement Critérium derrière Stéphane Ortelli. » 

Et l’Endurance ? 

« Il faut savoir que j’ai toujours été dans l’automobile, mais sans être passionné plus que ça. Je regardais les courses d’endurance, mais pas une fois je n’avais pensé avoir la possibilité de disputer les 24 Heures du Mans. Une fois encore, grâce à Jean-Pierre Nicolas, je suis mis en contact avec Gérard Welter et Vincent Soulignac, les deux têtes pensantes de WR. Je me suis retrouvé au Paul Ricard pour des essais et ça s’est bien passé dès le début. De plus, l’auto était sympa à piloter, le tout dans une très bonne ambiance. » 

Le Mans est parti de là pour vous ?

« Déjà, je tiens à préciser qu’on ne m’a jamais demandé d’argent. Je roulais avec Richard Balandras, rookie comme moi, et Jean-Bernard Bouvet qui comptait déjà un départ. Je connaissais le grand circuit pour avoir roulé en Spider en 1994. » 

Vous aviez aimé l’expérience sarthoise ?

 » (Il sourit). Il y a prescription, mais avec un ami nous avions photocopié des pass pour passer la nuit dans les stands. Même en spectateur, c’est quelque chose de dingue. J’ai été marqué, mais je ne pensais toujours pas y rouler. »

En 1995, vous y êtes, mais WR reste une petite équipe…

« WR reste une équipe de bénévoles. On dormait sur un lit de camp sous une tente. Malgré cela, la voiture était rapide et bien née même si en 1995, le règlement nous était favorables. Les GT doivent leur suprématie aux conditions météorologiques qui étaient désastreuses. »

Vous pensiez à la pole ?

« A 21 heures, je me dis ‘allez, j’y vais’. Je débutais avec les gommes Michelin et j’ai eu la chance de ne pas avoir de trafic en piste. J’ai commis une petite erreur à la fin de mon tour, mais le chrono donne la pole. J’ai terminé avec les pneus complètement détruits. J’ai même été obligé de rentrer au ralenti tellement les pneus étaient cloqués. Tout le monde était excité, mais il fallait attendre la fin des essais. Les gens se demandaient qui j’étais. Avec une pole au Mans, tu ne touches plus le sol jusqu’au départ de la course. Cela m’a permis de remporter une montre Breitling avec le Prix Jean Rondeau. Le Mans, c’est une atmosphère spéciale. Il y a toute la procédure de départ avec les Hawaiian Tropic Girls. »

Un peu de stress au moment du départ ?

« C’était mon premier départ lancé, Patrick Gonin me passe sur la seconde WR. Après seulement quelques tours, je perds le petit déflecteur mais je continue avec une tête qui bouge dans tous les sens. Je boucle la 1ère heure en tête avant l’arrivée de la pluie. Les conditions étaient apocalyptiques, Patrick Gonin connaît une grosse sortie de piste dans les Hunaudières. Malheureusement pour notre auto, on abandonne à 11 heures du matin sur panne d’essence. » 

Facebook William David

Vous pensiez à la victoire ?

« Pour être honnête, on ne pensait pas gagner. 24 heures, c’est tellement long. On savait qu’on étaient les petits poucets. »

Poleman des 24 Heures du Mans, ça doit ouvrir des portes ?

« Je n’ai jamais sollicité la moindre équipe. Je suis quelqu’un d’assez attentiste. Par chance, mon téléphone a régulièrement sonné. Avec le recul, j’aurais dû taper à des portes. Je dois tout de même adresser un grand merci à Serge Masson et Jean Lombard. »

Pourtant, vous étiez à nouveau au Mans en 1996…

« Toujours avec WR, mais avec un règlement moins favorable. Dès les essais préqualificatifs, nous n’étions pas dans le rythme. Je suis sorti de la piste au Tertre Rouge. Bertrand Gachot était en panne sur le bord de la piste et aussi étrange que cela puisse paraître, quelqu’un bricolait l’auto. J’arrive vite, je sors de la piste, je tape le mécanicien qui se casse le bras. L’auto était détruite et moi pas la moindre blessure. C’était un mauvais départ sans être qualifié pour la course. Malgré tout, on nous donne le droit de revenir pour la course car une Debora était forfait et la WR premier suppléante. »

Les objectifs étaient différents de 1995 ? 

« Nous avions la même auto que l’année précédente. On s’est élancé depuis le milieu de grille. » 

La course s’est arrêtée brutalement pour vous…

« Durant la nuit, je m’envole à 267 km/h et là tu te dis ‘qu’est ce qui se passe ?’. C’est arrivé à 200 mètres d’où s’est tué Sébastien Enjolras. Pourquoi elle s’est envolée ? Je ne sais pas. L’air s’est engouffré et la voiture a décollé. La WR tape, j’ai un trou noir et je me réveille en tonneau derrière le rail. La voiture prend feu, c’est la panique à bord. Je passe par le service médical, je rentre au stand, fin de l’histoire. » 

On ne vous a plus revu au Mans…

« Un an plus tard, Seb (Enjolras) se tue, ce qui donne un sacré coup au moral. Pour moi, Le Mans s’est arrêté là.. » 

La période Supertourisme vous a permis de poursuivre votre carrière ? 

« Ma carrière a connu plusieurs vies (rires). J’ai eu trois saisons de Formule Ford en 1987, 1988 et 1989. Je passe en Formule 3 en 1990 avant de faire mon service national en 1991. Je roule tout de même à Pau cette année-là. En 1992, je dispute deux courses de Formule Renault avant de rouler en Peugeot 905 Spider pendant deux ans et demi. 1996 et 1998 sont des années blanches, mais en 1998, je me fais arrêter dans le paddock de Pau par Gemo Sport qui cherchait un pilote pour des essais. Finalement, je dispute quatre courses pour eux. André Cholley voulait acheter les 406 ST et c’est comme ça que je roule en 406 en 1999 et 2000. C’est ensuite que Peugeot arrive en Silhouette et là je suis payé deux saisons (2001/2002) pour rouler. Finalement, j’ai toujours gagné ma vie en faisant du sport auto. »

Et ensuite ?

« Fin 2002, je n’ai plus rien et je roule épisodiquement jusqu’à 2004. C’était pour moi la traversée du désert jusqu’à ce que Jean-Noël Lanctuit m’appelle pour rouler en Seat Leon Supercopa. Je fais près de trois saisons et une année en GT3. Après, tu vieillis, tu n’as pas d’argent pour rouler et tu vas moins vite. J’ai tout de même fait des choses sympas en venant de nulle part. J’ai été pilote Marlboro et payé par un constructeur. Si j’avais osé, peut-être que j’aurais pu rouler pour un gros team à l’international. C’est certainement mon seul regret. » 

Facebook William David

Vous gardez tout de même un pied dans l’automobile…

« J’ai passé mon BEPJEPS, j’ai travaillé pour l’Audi Racing Experience, sans oublier du coaching. Maintenant, je m’occupe du Centre Alpine de Marseille. Quand je regarde dans le rétroviseur, je me dis que j’ai fait de belles choses. J’ai un CAP de mécanique auto, j’étais employé municipal et j’ai quitté Pau pour le Var. Je suis devenu vendeur dans un magasin But en 1996 quand je roulais chez WR. Finalement, ça m’a plu et je suis devenu chef de rayon. J’y suis resté trois ans avant de devenir commercial pour un fabricant de canapés. Ensuite, j’ai lancé mon entreprise qui vendait des produits d’entretien pour les canapés. J’ai gardé cette entreprise jusqu’à l’année passée. Travailler pour Alpine me permet de voir autre chose. On verra où l’avenir me mène. » 

Vous avez tiré un trait sur le sport auto ?

« Pas du tout ! Si quelqu’un vient me voir pour un projet sympa, pourquoi pas tant que c’est pour vivre de bons moments. Le GT4 donne envie, les autos sont sympas, les bagarres intéressantes. Je suis classé Bronze, alors tout est permis… » 

Facebook William David