Une Venturi 600LM, qui a fait deux fois Le Mans, mise en vente

Le 4 février 1993, la Venturi 500 LM est présentée avec, pour objectif, les 24 Heures du Mans. En effet, la nouvelle réglementation permet aux GT de participer à la course mancelle ce qui ouvre de nouvelles perspectives à la marque française. Les acquéreurs de 500 LM sont assurés de bénéficier du soutien de l’usine qui compte bien saisir cette opportunité pour développer sa notoriété. Dès 1993, pas moins de sept Venturi 500 LM sont engagées aux 24 Heures du Mans. Les châssis sont donc les numéros allant de CLM0001 à 7. Même si seulement trois se présentent aux essais préliminaires, les sept sont au départ. Et, avec peu de préparation, cinq d’entre elles arrivent à rejoindre la ligne d’arrivée, classées de la 23e à la 29e place.

La Venturi, qui nous intéresse et qui est mise en vente aujourd’hui, est le châssis CLM0003 qui a justement pris le départ de ces 24 Heures du Mans 1993. Elle est alors une 500LM, porte le #56 et est engagée par Stéphane Ratel. Aux mains de Costas Los, Johannes Badrutt et Claude Brana, elle se qualifie à la 41e position et ne va pas avoir une course de tout repos. Dès le premier tour, un accrochage avec une Porsche va la contraindre à un arrêt pour le changement du spoiler avant ainsi que du radiateur. Repartie 30 minutes plus tard, elle s’arrêtera de nouveau avec des problèmes de direction et un changement du capot avant sera effectué.

Au bout de la première heure, elle est dernière avec cinq tours couverts. A 20 h 30, elle effectue un tête à queue qui lui inflige des dégâts à l’arrière et impose 45 minutes d’arrêt. La course prend définitivement fin durant la nuit à 1 h 03 par une très grosse sortie de piste de Claude Brana (voir photo). Après cela, elle est reconstruite et revendue par l’usine à Laurent Lécuyer qui l’aligne aux 6 Heures de Vallelunga.

En 1994, Venturi poursuit son développement via le nouveau championnat BPR et dès les 4 Heures de Jarama, le 10 avril 1994, deux 500 LM évoluées en 600 LM font leur apparition. Les évolutions portent sur l’aérodynamique avec, en particulier, l’abaissement de l’aileron arrière et un nouveau dessin du bouclier avant résultant des tests effectués en soufflerie. La boite de vitesses reçoit des pinions renforcés (Hewland DGN), les échangeurs sont modifiés et le moteur est retravaillé de fond en comble par EIA afin d’exploiter le nouveau règlement (nouvelles brides d’admission). La puissance s’élève désormais à 570 chevaux à 1,2 bars de pression de turbo.

En Espagne, la 600 LM des deux Michel, Ferté et Neugarten, réalise le deuxième temps derrière la Ferrari F40 d’Olofsson – Della Noce. Lors de la troisième course à Dijon, la pression des deux turbos des 600 LM est portée à 1,3 bars permettant d’obtenir une puissance de 600 chevaux. Les 600 LM gagnent en compétitivité et obtiennent leurs premières victoires internationales face à Ferrari et à Porsche. En effet, à Dijon, elles s’offrent les deux premières places et cela continue avec une autre victoire aux 1000 km de Paris le 29 mai 1994 où l’on retrouve cinq 600 LM aux six premières places de la grille de départ.

Les 24 Heures du Mans 1994 arrivent et cinq voitures sont retenues par l’ACO, trois voitures sont suppléantes sur 11 dossiers présentés. Mais les essais de la mi-juin sont une véritable hécatombe : afin de diminuer la consommation d’essence, EIA, qui préparait les moteurs de tous les teams, avait modifié la richesse des moteurs. A cette époque, l’usine n’était pas présente même si la #39 était engagée au nom de Venturi SA et ne parvient pas à se qualifier. Au final, six Venturi se qualifièrent de la 15ème à la 46ème place. Durant la course, les casses moteurs s’enchaînent et c’est finalement l’une des deux Venturi 400 GTR qui sauvera l’honneur en se plaçant en dix septième place.

Notre Venturi du jour dispute la saison BPR 1994 avec des pilotes tels que Christophe Bouchut, Michel Neugarten, Michel Ferté, Michel Trollé. Elle finit 2e des 4 Heures de Dijon (Copelli – Olczyk), 5e des 4 Heures de Vallelunga (Bouchut – Grouillard), 6e des 4 Heures du Paul Ricard (Neugarten – Witmeur) et remporte même une manche du British GT le 2 octobre 1994 avec Michel Ferté (Pilot Jacadi Racing). Le 8 mai 1994, elle dispute les Préqualifications des 24 Heures du Mans (13eme en 4’24’’380, #43 de JCB Racing) mais ne prend pas part à la semaine des 24 Heures.

​L’année 1995 marque l’avènement d’une nouvelle ère : la présence de budgets considérables des constructeurs au détriment des teams privés et l’arrivée des McLaren F1 GTR conçues comme un prototype. Les Venturi sont à la peine. Le coût d’acquisition d’une McLaren est de 6 millions de francs contre 1 million pour une 600 LM. C’est d’ailleurs la main mise des grandes marques et l’explosion des budgets qui précipitera la disparition du BPR. Durant la saison, les Venturi font de la figuration alors que les McLaren imposent leur suprématie avec pas moins de dix victoires sur douze courses.

C’est en 1995 qu’apparait une évolution de la 600 LM pour les 24 Heures du Mans : la 600 SLM. Elle dispose d’une puissance de 650 chevaux, d’améliorations au niveau aérodynamique, de nouvelles suspensions et d’un poids de seulement 1 066 kg grâce à l’utilisation massive de kevlar carbone (le poids minimum imposé étant de 1 050 kg).

La 600 LM de Lécuyer (#CLM0003), vue en 1995 sur quelques courses (Jerez, Nürburgring) et maintenant proposée à la vente, reçoit par l’usine les dernières évolutions de 600 SLM en 1996. Les modifications portent aussi bien sur la carrosserie que sur la partie mécanique. Au niveau extérieur, elle reçoit le capot avant de la 600 SLM aux formes plus arrondies. Des prises d’air sont installées sur le toit et un extracteur d’air prend place sous le moteur. Elle reçoit des suspensions développées spécifiquement par White Power. Quant au moteur, il reçoit de nombreuses évolutions : une injection Magnetti-Marelli, un système d’allumage statique , les turbo sont des Garett F1 avec les waste-gates séparés. La pression des turbos est portée à 1,4 bars au lieu de 1,3. La boite de vitesses Hewland DGN est remplacée par la boite Hewland DGC toujours à 5 rapports. Au final, dans sa configuration SLM, la #CLM 0003 a perdu 25 kg, sa hauteur de caisse a été abaissée, elle a de meilleurs appuis aérodynamiques et la puissance est passée de 600 chevaux à 640 chevaux.

A la première épreuve du BPR qui a lieu au Castelet, engagée par Venturi Team Lécuyer pour Bouchut / Lécuyer / Favre, elle parvient à se qualifier en 8ème position face à des concurrentes extrêmement affutées. Alors qu’elle est à la bataille pour une place sur le podium, elle est victime d’une sortie de route. A Monza, ce sera la même fin. Le 1er avril 1996, Venturi que CLM0003 devient la voiture officielle de l’usine

Le 28 avril 1996, elle est présentée aux Préqualifications des 24 Heures du Mans avec le #40 (B.B.A. concurrence) Elle est confiée au trio Lécuyer / Favre / Clérico, mais, avec son 4’05’’997, elle est non qualifiée. Elle est néanmoins présente le 15 juin 1996 pour les 24 Heures du Mans mais seulement en tant que suppléante. Lors des qualifications, notre 600 SLM #40 signe le 40e temps en 4’09’’673 avec le même trio, mais ne prend pas part à la course.

En 1999, la voiture est restaurée et un moteur neuf est reconstruit par Peter Ferry SNC (Paris). Six ans plus tard, elle est acquise par Ascott Collection. Des travaux de restauration sont effectués et on peut revoir la Venturi en piste pour des essais privés. En 2016, elle est achetée par son propriétaire actuel et engagée dans les nouvelles séries de Peter Auto. Elle est à nouveau à vendre par Ascott Collection.

Photos Ascott Collection / Luc Joly / Stéphane Cavoit / Michel Faust