Thomas Erdos (part 2) : « Mes victoires au Mans : les meilleurs moments de ma carrière ! »

Suite de l’entretien que Thomas Erdos a accordé à Endurance Classic. Dans cette deuxième partie, il revient sur les années RML et sur son retour à la compétition…

Après sa participation avec la Saleen de Grahm Nash Motorsport, démarre alors pour Thomas Erdos une très longue période de huit ans consécutifs en LMP2 avec la même équipe, RML. Cette relation est née de son amitié avec Mike Newton. « Avant de rejoindre RML, c’était déjà une équipe que je regardais de prés et j’ai toujours voulu piloter pour eux. J’ai toujours eu un grand respect pour ce tout qu’ils ont accompli en tant qu’écurie. Ce sont des gens très professionnels, très compétents qui ne sont tournés que vers une seule chose : la victoire. Ils n’ont pas fait que de l’endurance, ils ont aussi disputé des championnats de voitures de tourisme et, à chaque fois, le succès a été au bout. Quand j’y suis entré, je me suis senti comme à la maison. Tout le monde en F1 rêve de piloter un jour une Ferrari et bien RML, c’était ma Ferrari de l’Endurance. J’y étais heureux, Mike Newton également. Ce dernier est en plus devenu un des actionnaires de l’écurie et nous avons passé de nombreuses saisons ensemble, je crois que le programme a duré près d’une décennie. J’ai disputé les 24 Heures du Mans à huit reprises pour eux, c’est juste incroyable de rester ensemble si longtemps.»   

L’aventure commence en 2004 au volant de la MG-Lola EX257-AER qu’il partage avec Mike Newton donc et Nathan Kinch, mais cela se solde par un abandon sur une casse moteur à une heure de l’arrivée. Puis l’année suivante, changement de monture avec l’apparition du Judd, cette fois-ci, et Warren Hugues comme 3e pilote. Arrêtée quatre fois en une heure pour des soucis de refroidissement, on ne donne pas cher de la peau de la #25 en début d’épreuve. De plus, d’autres problèmes apparaissent : électriques, alerte du coté de la boîte de vitesses et quelques excursions hors piste. Cependant, cela suffit à remporter la catégorie LMP2. Revenu au moteur AER en 2006, RML récidive avec le soutien, cette fois ci, d’un ancien vainqueur des 24 Heures du Mans, Andy Wallace. La #25, avec un châssis tout neuf, prend la tête de la course après trois heures pour ne plus la lâcher. Le duo Erdos / Newton signe donc le doublé ! « C’était notre première fois avec le Judd au Mans en 2005 et, en 2006, nous avions l’AER, deux moteurs bien différents car le premier était un atmosphérique, le deuxième un turbo. Ce furent deux superbes moments, être sur la plus haute marche du podium au Mans est une expérience tout simplement incroyable.» 

2005
2006

Bien entendu, ces deux victoires restent le point d’orgue de sa carrière en Endurance et aux 24 Heures du Mans en particulier. « Ce sont les deux plus beaux moments de ma carrière, c’est certain ! Bien sûr, j’ai fait de la monoplace à haut niveau. Gagner le championnat britannique de Formule Renault a été très important pour moi car je savais que cela allait me propulser vers d’autres séries de monoplaces et vers la F1. Finalement, cela n’est donc pas arrivé et je me suis donc dirigé vers l’Endurance et, dans ce contexte, les 24 Heures du Mans, c’est le sommet de cette discipline. Y avoir gagné deux fois ma catégorie est le meilleur résultat que j’ai pu obtenir ! Si je devais en choisir une, je citerais plus particulièrement celle de 2006 car nous avions dominé. Nous avions été rapides, compétitifs, la voiture était fabuleuse, nous avons poussé pour gagner alors que l’année précédente, nous étions aussi solides, mais nous avions eu pas mal de soucis, nos adversaires en avaient eus aussi, mais encore plus ! »   

2006

Par la suite, Thomas Erdos roule encore deux années au Mans avec la même auto (Lola EX264 et EX265 AER) et les mêmes coéquipiers (Newton / Wallace). Mais il n’y aura pas de troisième victoire. 2007 et 2008 se soldent par des abandons. L’année suivante, toujours sur une Lola, mais un modèle B08/60-Mazda, le Brésilien et son acolyte Mike Newton sont associés à l’Américain, Chris Dyson. De nouveau, ils ne voient pas l’arrivée. 2010 sera bien meilleur et va marquer le dernier podium de Thomas Erdos. « Nous avons retrouvé Andy Wallace en 2010. Nous roulions sur une Lola B08/80-HPD. Nous avons terminé 3e des LMP2. Ce fut mon dernier podium au Mans, mais aussi le dernier d’Andy.»

2007
Titre LMS 2007
2009
2010
2010

Quand on lui demande son pire souvenir au Mans, il parle de sa dernière participation qui a eu lieu en 2011. « Mon pire souvenir n’est pas lié à une mauvaise auto, mais plus à une édition plus décevante. Lors de ma dernière participation aux 24 Heures du Mans (Mike Newton et Ben Collins sur HPD ARX-01d, ndlr), nous avons terminé 4e des LMP2. La voiture était fantastique, le châssis Acura Honda était très bon. Mais nous n’étions pas dans le rythme, la combinaison que nous avions dans la voiture n’était pas la bonne notamment au niveau des pneumatiques. Nous n’avons connu aucun souci en 24 heures, pas d’accrochage, les arrêts au stand étaient très bons, mais nous n’avons pas fait mieux que 4e. Je dirai même, qu’au niveau de l’équipe, ce sont nos meilleurs 24 Heures du Mans. Nous n’étions tout simplement pas assez rapides, il faut l’avouer, et ce fut très frustrant ! »

Marcos, MG Lola, Viper, Lola, Lister, HPD, Saleen… Quand on regarde son palmarès aux 24 Heures du Mans, Thomas Erdos a presque tout connu, mais quand on lui demande d’en choisir une… « Il est difficile de choisir une voiture, elle sont toutes uniques et différentes. Cependant, avec mon passé en monoplace, je pense que quand j’ai basculé en prototype, en LMP2 précisément, je me suis senti un peu plus à la maison. J’ai plus apprécié de piloter des LMP que des GT pour être honnête. En effet, ce sont plus des voitures conçues pour la compétition automobile tandis que les GT sont des autos modifiées. Elles restent sympas à piloter, mais elles emmènent généralement beaucoup de poids, on se sent moins dans une voiture de course quand on est sur la piste. »

L’homme né à Rio n’est pas revenu au Mans depuis 2011, mais l’an dernier, son nom est réapparu dans la liste des engagés en European Le Mans Series, au volant d’une Ligier JS P3 (#2) de United Autosports… « Je ne cherchais pas vraiment à recourir, même si rouler dans une auto me manquait. J’ai 56 ans maintenant et, comme je l’ai précisé, je montais toujours dans une auto en sachant que j‘avais une chance de faire un bon résultat, une victoire ou un podium, jamais pour le simple fait de dire que je roulais dans une auto de course. En janvier 2019, Richard Dean (le patron de United Autosports, ndlr) m’a appelé pour faire un essai dans une LMP3. C’était complètement inattendu, mais comme c’était Richard, Zak Brown, United, une petite étincelle s’est réveillée en moi. Je savais que ce serait sympa de revenir et, en plus, chez United, une super équipe. J’ai donc décidé de faire ce test et voir où cela allait m’emmener. Même si j’étais un peu rouillé après tant d’années (rire), l’essai s’est bien déroulé. Nous avons donc décidé d’un commun accord de faire la saison ensemble et je ne regrette pas car United est un top team, très chaleureux, familial. » Au final, Thomas Erdos (classé Bronze) et ses deux coéquipiers, Wayne Boyd et Chris, ont terminé 4e du classement Pilotes ELMS LMP3 avec quatre podiums en six courses ! « J’espère que cela me mènera à d’autres choses dans le futur. Je ne repense pas aux 24 Heures du Mans, pour être honnête, mais si une bonne opportunité se présente… » Oui, Monsieur Erdos, votre petite étincelle s’est bien rallumée !

1995 pour ses premières 24 Heures du Mans, 2019 date de sa dernière course, soit 25 ans de sport automobile. Assez pour qu’il juge de l’évolution de son sport…« C’est incroyable la façon dont la technologie s’est développée ! En 1995, pour ma première venue au Mans avec la Marcos, l’idée était de ne pas pousser l’auto à 100%. C’était la première grande course de la voiture, nous avions moins d’expérience que nos concurrents. Maintenant, et c’était déjà le cas lors de notre victoire en LMP2 en 2006, nous sommes capables de pousser tout le temps, tout au long de la course. Les voitures sont devenues tellement fiables. Les 24 Heures du Mans sont devenues un vrai sprint. La fiabilité a énormément progressé et ce aussi grâce au diesel, l’hybride, des technologies très poussées… »