Thierry Boutsen, part 2 : « J’ai failli perdre la vie en 1999 ! »

Suite de notre entretien consacré au Belge Thierry Boutsen, ancien pilote de Formule et qui compte 10 participations aux 24 Heures du Mans. Dans cette deuxième partie, il revient ses courses de 1994 à 1999, année où il a eu son terrible accident…

En 1994, avec la Dauer Porsche 962 LM qu’il pilotait avec Danny Sullivan et Hans-Joachim Stuck, Thierry Boutsen est de nouveau en tête de la course, mais ça ne lui sourit décidément pas ! « Cette Dauer, c’était la même chose qu’une Porsche 962C, il n’y avait pratiquement pas de différence. Là encore, nous étions 1er, mais Danny Sullivan a crevé un pneu juste après la 2e chicane. Il a dû faire la moitié du circuit sur trois roues, au ralenti. C’est là que nous perdons la course. Nous finissons 3e, sinon, encore une fois, la victoire était pour nous. »

Toujours avec Hans-Joachim Stuck, coéquipier avec lequel il a disputé les 24 Heures du Mans à quatre reprises, il est engagé chez Kremer Racing en 1994 sur la Porsche K8 #4 (avec Christophe Bouchut). « Il s’agissait d’une voiture spéciale car elle était aussi dérivée de la 962. Là, les différences étaient plus notables, il n’y avait pas d’appui aérodynamiques, elle était difficile à emmener, ce n’était pas une bonne auto, pas agréable du tout à piloter. » Néanmoins, sous la pluie battante de cette édition difficile, les trois hommes finissent 6e.

Les deux années qui ont suivi, Thierry Boutsen est toujours chez Porsche, mais au sein de l’usine cette fois ci, sur la Porsche 911 GT1. En 1996 et 1997, il est associé à Bob Wollek et Hans-Joachim Stuck sur la #25 mais échouent à la 2e place. « La première fois, nous avons terminé 2e. On pensait vraiment gagner la 2e année, en 1997, mais Bob a cassé le moteur au petit matin. Là encore, nous étions en bonne position pour l’emporter. » C’est ainsi que ces quatre participations consécutives avec Porsche se terminent car un nouveau et dernier chapitre va s’ouvrir pour le Belge aux 24 Heures du Mans.

En 1998, Toyota débarque avec ses GT-One avec l’intention de l’emporter. « J’ai vécu deux années extraordinaires avec cette équipe. La Toyota était un peu une évolution de la Peugeot 905 de par son géniteur, André de Cortanze. C’était une auto très évoluée, supérieure à la concurrence à cette époque là. Pas de beaucoup, mais suffisamment pour pouvoir l’emporter et nous aurions dû, là aussi, gagner. » La première tentative se solde par un abandon (Ralf Kelleners, Geoff Lees) sur un souci de transmission vers 11 heures alors que la #29 est en tête.

La seconde année sera plus douloureuse pour Thierry Boutsen (Toyota GT One # 2 Ralf Kelleners, Allan McNish). « J’ai eu un gros accident, je me rappelle de tout. J’étais à 300 km/h et je suis allé dans le mur presque de front. J’ai emmené plus de 50 mètres de pneus avec moi. J’avais les vertèbres cassées, j’étais paralysé des jambes au moment du choc. Ils ont dû m’opérer à Paris pour remettre tout cela en place. Ils ont dû nettoyer la moelle épinière pour ne plus qu’elle soit comprimée. Cela a failli me coûter la vie, j’étais très mal embarqué. Il m’a fallu deux ans pour vivre sans les anti-douleurs et quatre ans pour pouvoir refaire du sport. »

On pourrait penser que ce grave incident, qui a bien failli le tuer, l’a aidé à arrêter sa carrière, mais « non, j’avais décidé d’arrêter avant de participer aux 24 Heures du Mans 1999 ! Une nuit, lors d’essais avec Toyota au Circuit Paul Ricard, à 360 km/h dans la ligne droite du Mistral, je me suis demandé : « Pourquoi je fais ça ? Qu’est ce qui me pousse encore à piloter ?» A ce moment-là, je pensais que mon facteur chance était arrivé à zéro et effectivement, j’ai cet accident pendant la course. Ce sont les circonstances qui l’ont voulu. Je dis toujours qu’il a mieux valu pour moi avoir cet accident lors de ma dernière course plutôt qu’à la première car je n’aurais jamais pu rouler en fait ! »

Quand on demande à Thierry Boutsen le coéquipier qui l’a le plus marqué pendant ses années, il répond : « J’ai eu la chance d’avoir des équipiers très bons au Mans que ce soit Allan McNish, Bob Wollek, Yannick Dalmas, Hans-Joachim Stuck. J’étais le pilote n°1 sur mes voitures, mais j’étais toujours très bien entouré. » Il a terminé deux fois deuxième, a été en tête à de nombreuses reprises, mais il n’exprime pourtant pas de regret. « Je n’ai pas l’habitude de me retourner sur ma carrière. Ça s’est passé comme cela, si c’était à refaire, je ne changerais rien ! J’ai terminé 2e, j’ai été en tête de la course quatre ou cinq fois, mais ça ne s’est pas fait. C’est la vie, j’ai été heureux dans d’autres choses, à d’autres moments, dans d’autres disciplines. »

Cela fait maintenant 20 ans que Thierry Boutsen ne pilote plus. Il avoue lui-même qu’il a décroché du sport automobile. « Je suis l’endurance, mais aussi les Grands Prix de F1, beaucoup moins qu’avant. J’ai une activité qui me prend beaucoup de temps, je passe beaucoup de moments en famille. Je suis toujours un peu le sport automobile, mais ce n’est plus une drogue comme ça l’était avant. Je ne vais plus sur les circuits non plus, j’ai fait ça pendant assez de temps, pendant 23 ans de ma vie ! Je regarde toujours un peu l’évolution des courses d’endurance qui sont devenues des sprints, comme des Grands Prix, et je trouve cela dommage. Les autos vont trop vite, il y a trop d’appuis aérodynamiques, elles font presque des temps des F1 ! »

Il a donc décroché du sport automobile et se consacre à autre chose. « Mon activité principale, c’est la vente d’avions. J’ai une équipe à Monaco, on achète et on vend des avions d’affaires, des GulfStream, des Falcons. J’ai commencé il y a une vingtaine d’années et ça marche bien. Je suis satisfait, ça assouvit une autre passion. Je suis aussi de près l’écurie de ma sœur et de mon beau frère, Boutsen Ginion Racing, qui roule en Blancpain GT Series. Au départ, je me suis beaucoup impliqué, nous avons eu Jérôme d’Ambrosio comme pilote que nous avons emmené jusqu’en F1. Maintenant, je regarde cela de loin, je suis un peu le parrain de l’écurie et je les conseille de temps en temps, c’est tout. Pour finir, je suis aussi impliqué dans la vente de voitures historiques. J’ai la passion pour ça aussi, c’est histoire de rester dans le bain… »

Photos : Michel Faust, Laurent Chauveau, Christian Vignon, Toyota, Porsche et Facebook Thierry Boutsen Fan.