Stefan Johansson (part 2) : « Le Mans est un événement mondial comme peu dans le monde ! »

Suite de notre entretien avec l’ancien vainqueur des 24 Heures du Mans 1997, Stefan Johansson. Il aborde ses participations après son succès avec Joest Racing, de 1998 à 2012, année de sa dernière apparition en Sarthe…

En 1998, fort de sa victoire l’année précédente, il continue à piloter le même châssis, mais sous l’appellation Porsche LMP1/98 car l’engagement a été repris par l’usine. Cependant, la voiture n’est pas assez dans le coup par rapport aux toutes nouvelles Porsche 911 GT1 et bien que faisant équipe avec deux autres anciens vainqueurs (Michele Alboreto et Yannick Dalmas), la voiture ne dépasse pas le cap de la nuit (107 tours) et abandonne sur problème électrique.

Un page Audi va alors s’ouvrir (entrecoupée en 2000 par la Reynard 2KQ de Johansson Matthews Racing), elle va durer trois ans. « Toutes les équipes avec lesquelles j’ai pu rouler pour le compte d’Audi était impressionnante que ce soit Audi Sport UK, Johansson Motorsport ou encore Champion Racing de Dave Maraj. Rien de mieux ne pouvait être fait par ces écuries, elles étaient juste parfaites. De la création de la voiture par Audi, la gestion, l’organisation, les hospitalités, tout avait été pensé. Il n’y avait pas de limite et pour un pilote professionnel, il n’y a rien de mieux que de travailler dans ce genre d’environnement. Tout ce que vous vouliez, vous l’obteniez, tout était à votre disposition, mais, par contre, vous n’avez pas d’excuse si vous n’êtes pas bon ! Cependant, en dépit de la grosseur du team, que ce soit un constructeur qui se cache derrière, l’ambiance y était très familiale. »

En 1999, il court d’abord sur une Audi R8C d’Audi Sport UK. Il y retrouve Christian Abt et le récent vainqueur des 24 Heures du Mans 1998, Stéphane Ortelli. « Cette voiture n’était vraiment pas assez développée. L’aérodynamique de la voiture n’était pas la bonne. Ils ont assez vite réalisé chez Audi que la version, R, c’est-à-dire la version ouverte, était bien meilleure. Bien sûr, il y a eu la Bentley Speed 8 quelques années plus tard, mais c’était une auto complètement différente. » Il passe encore deux éditions avec l’Audi R8. D’abord en 2001 avec Patrick Lemarié et Tom Coronel (abandon à la 5e heure sur panne électrique) puis l’année suivante chez Champion Racing avec JJ Lehto et Emanuelle Pirro, édition où les trois hommes terminent 3e !

Trois ans plus tard, il rejoint Racing for Holland et la Dome S101 Hb qu’il partage avec Jan Lammers et Alex Yoong. Malheureusement, ce dernier sort la voiture après 181 tours, dommage car l’auto avait réalisé le 6e temps lors des qualifications.

En 2007, il rejoint une écurie française, Courage Compétition. Il pilote alors la Courage LC 70 #13 avec Guillaume Moreau et Jean-Marc Gounon. Il garde un bon souvenir de cette période. « C’était super, très sympa. La voiture était vraiment bien et Yves Courage est vraiment quelqu’un de bien. Malheureusement, j’ai été appelé à la dernière minute, je n’avais même pas eu le temps de tester la voiture pour Le Mans. J’ai tout découvert en même temps. Nous avons eu des soucis mécaniques avec cette auto (abandon après 174 tours sur problème moteur). De toute façon, nous ne pouvions pas prétendre aux premières places face aux Peugeot et Audi. »

« Les 24 Heures du Mans sont une grande course, peu importe avec quelle voiture vous le faites ! A partir du moment que vous pouvez être présent, que vous roulez, c’est magique ! » La preuve en sera ses deux dernières éditions disputées sur des voitures qui n’avaient pas de chance de briller : d’abord Epsilon Euskadi en 2008 (avec de nouveau Jean-Marc Gounon et Shinji Nakano) puis en 2012 avec la Lola B12/80 de Guld Racing Middle East (Fabien Giroix et Ludovic Badey). « Ce n’étaient pas de grandes équipes, il est vrai. Avec les deux voitures, nous avons eu des soucis et avons été forcés d’abandonner. Elles n’étaient pas préparées à 100 % comme il aurait fallu pour disputer une course comme Le Mans. C’était comme ça, j’étais là pour rouler et c’était sympa. »

La carrière de Stefan Johansson est étroitement liée aux 24 Heures du Mans et il lui rend bien, le Suédois étant un vrai fan de cette course. « Je pense que 1997 est certainement l’un des moments les plus importants de ma carrière. Le Mans est un événement mondial comme vous en avez peu dans le monde ! A la même hauteur, vous avez les 500 Miles d’Indianapolis (qu’il a disputé quatre fois, ndlr), c’est tout ! Ce sont les deux plus grands événements de sport automobile au monde. Rien que le fait d’être présent, de sentir l’énergie et l’atmosphère qui se dégagent de cette course, ressentir toute l’histoire est déjà fantastique. Cela reste l’une des plus belles pistes qui existent même avec ces nouvelles procédures de Slow Zones et autre Full Course Yellow. Elle reste un vrai défi pour tous les pilotes, on y prend beaucoup de plaisir. Elle est difficile, le trafic n’est pas facile à gérer, il y a beaucoup de paramètres stimulant pour un pilote ! Pour finir, il y a tous ces fans français, ça donne une ambiance unique à cette épreuve ! »

Avec ses 15 participations au compteur et des passages dans de prestigieuses équipes comme Joest Racing, Porsche, Champion Racing, Mazdaspeed, l’homme désormais âgé de 62 ans a connu bon nombre de coéquipiers. Quand on lui demande celui avec lequel il a eu le plus d’affinité, la réponse ne se fait pas attendre et le pilote est Français. « J’ai toujours eu de très bons coéquipiers, je n’ai jamais eu un seul souci avec eux. Bob Wollek a été mon tout premier. Il a été fantastique avec moi. A l’époque, j’étais tout jeune, il m’a pris sous son aile et m’a appris tellement de choses à propos des 24 Heures du Mans. Il avait énormément d’expérience, il m’a enseigné beaucoup de choses comme le rythme que je devais avoir pendant la course. J’ai pu vite évoluer à ses côtés. Il y a eu également Michele (Alboreto). Nous nous sommes suivis tout au long de nos carrières. Nous étions d’abord adversaires en F3, F2 puis F1. Nous avons même été coéquipiers en F1. Nous avons par la suite remporté ensemble les 24 Heures du Mans. Michele était comme un frère pour moi. Je citerais aussi Tom (Kristensen). Quand nous avons remporté Le Mans, nous formions une super équipe avec Michele et lui. »

A suivre…