Retour sur la carrière éphémère de l’Audi R8C (part 2)

Deuxième partie de notre dossier à l’Audi R8C qu ne disputa qu’une seule course, les 24 Heures du Mans 1999 !

Les préqualifs des 24 Heures du Mans : premier constat …

Le 2 mai 1999, Audi arrive dans la Sarthe sur la pointe des pieds pour affronter la concurrence et qualifier ses quatre voitures. Les deux R8R sont confiées aux trios Michele Alboreto, Dindo Capello, Laurent Aiello sur la #7 et à Emanuele Pirro, Didier Theys et Franck Biela sur la #8. De leur côté, les deux R8C sont emmenées par Stefan Johansson, Stéphane Ortelli et Christian Abt pour la #9 et Perry Mc Carthy, James Weaver et ANdy Wallace au volant de la #10.

Si la tâche semble largement dans les cordes des roadsters, le manque d’essais et de préparation des coupés semble présager le pire. Et sans grande surprise, la journée est bien animée pour les troupes d’Audi Sport UK. La #9 perd une roue et une partie de sa carrosserie arrière tandis que la #10 se déleste d’une portière ! Mais, en dépit de toutes ces péripéties, les deux voitures se qualifient et enregistrent leur meilleur tour en 3:43.786.

Du coté d’Audi Joest, les deux R8R se qualifient (meilleur temps en 3:36.290) sans soucis et effectuent de nombreux tours dans le but d’emmagasiner des infos pour la suite. Un premier constat s’impose : les R8R sont beaucoup plus performantes que les R8C : plus de 7 secondes les séparent. A l’issue de cette journée, le directeur d’Audi Sport, le Dr Wolfgang Ullrich, se déclare assez satisfait de ce premier contact : « Se qualifier était notre objectif principal. Avec les R8R, nous avons effectué de nombreux tours, ce qui est très important pour des nouveaux venus comme nous. La R8C était un peu trop juste à mon avis, mais nous ne l’avons pas tellement testé. Avec cette voiture, nous ferons de notre mieux pour compenser ce handicap dans les semaines à venir.»

Et du travail, il y en a encore beaucoup à faire ! En performance pure, les prototypes allemands souffrent face à la concurrence. Les 3:31.857 réalisés par la meilleure Toyota GT One permettent de réaliser le long chemin qui sépare encore Audi des meilleurs.

L’apprentissage d’Audi aux 24 Heures du Mans …

Comme le dit l’affiche, cette édition des 24 Heures du Mans a fait le plein ! Et de nombreux constructeurs se présentent pour succéder à Porsche qui n’a pas souhaité défendre son titre. Dès les qualifications, le spectacle est au rendez vous et de multiples rebondissements tiennent les spectateurs en haleine. Eric Van de Poele pulvérisent l’une des Nissan R391 au Tertre Rouge. Touché aux vertèbres, le pilote belge est évacué et doit observer plusieurs semaines d’arrêt. La coque du nouveau prototype japonais est hélas très endommagée et l’équipe doit déclarer le forfait de la R391 #23.

De son côté Mercedes rencontre aussi de graves problèmes avec la Mercedes CLR #4. Un premier envol le mercredi du côté d’Indianapolis suivi du second le samedi à Mulsanne pendant le warm up, obligent là aussi l’équipe à retirer la CLR #4. La pole est finalement décrochée par la Toyota GT One #1 du trio Martin Brundle, Emmanuel Collard, Vincenzo Sospiri en 3:29.930. A la veille de l’épreuve, on se demande bien qui sera en mesure de barrer la route des GT japonaises qui mobilisent la première ligne loin devant la concurrence.

Du côté du constructeur aux anneaux, malgré quelques séances d’essais depuis le 2 mai, les deux R8C sont, hélas, toujours à la peine et doivent composer avec de multiples problèmes techniques affectant la commande de la boîte de vitesses différente de celle utilisée sur la R8R. Seul Andy Wallace réussit à améliorer le chrono (3:42.155) réalisé lors de la journée test. Si les coupés sont largués en performance pure sur un tour, il faut noter que leur aéro fait merveille dans Mulsanne avec des vitesses de pointe de 349 km/h contre 351 Km/h pour la Toyota et 335 km/h pour les R8R. À l’inverse, la belle anglaise souffre dans les virages à cause de son manque d’appuis et de grip. Les deux coupés terminent les qualifications à la 20ème (#10) et 23ème (#9) places. La veille de la course Andy Wallace reste toutefois optimiste en vue de la course. « Nous avons rencontré des problèmes de transmission pendant une grande partie des deux séances de qualifications. Cependant, nous espérons que nous nous sommes maintenant débarrassés de ce problème et nous pouvons espérer faire une bonne course. Dans les 15 dernières minutes, la voiture était vraiment bien et la boîte de vitesses était fantastique.»

Pour leur part, les hommes d’Audi Sport team Joest ont mis à profit les cinq dernières semaines et les R8R gagnent deux bonnes secondes au tour. La #7 décroche le 9ème temps en 3:37.140, tandis que la #8 termine à la 11ème place. Dans le camp de l’équipe allemande, les qualifications ont été surtout mises à profit pour préparer la course comme l’explique Reinhold Joest. « La position de départ dans une course de 24 heures ne signifie absolument rien. La chose la plus importante est d’obtenir un bon équilibre pour la course, de rendre la voiture toujours plus rapide et nous avons pu y parvenir. » Une philosophie partagée par le Dr. Wolfgang Ullrich : « Avec les deux Audi R8R, nous avons presque atteint les temps que nous avions simulés. Nous faisons de grands pas en avant tous les jours. Les gens ne doivent pas oublier que c’est notre première participation au Mans. En comptant les pré-qualifications du mois dernier, ce n’est que la troisième journée d’Audi ici. Bien sûr, je suis moins satisfait des performances des R8C. Les deux voitures ont perdu un temps précieux lors des qualifications où elles ont rencontré des problèmes de boîte de vitesses. Mais les deux R8C ont tout de même considérablement amélioré leur temps. Nous allons tranquillement analyser les problèmes rencontrés afin que l’équipe Audi Sport UK puisse montrer son vrai potentiel en course »

Une course à rebondissements …

Cette 67ème édition de la classique mancelle va tenir toutes ses promesses. Parti sur le rythme d’un grand prix, le début de course s’articule autour d’un duel à trois opposant les Toyota GT One, aux Mercedes CLR et BMW LMR. Alors que l’aiguille de la pendule affiche à peine 20 heures, les coups de théâtre s’enchaînent. Les belles japonaises doivent tour à tour rentrer dans leur stand et perdre de précieuses minutes face à leur concurrent germanique.

À 20 h 47 le temps s’arrête brusquement. Peu avant Indianapolis, la Mercedes CLR #5, pilotée par P.Dumbreck, décolle, effectue plusieurs loopings avant de finir au milieiu des pins derrière les rails. Par chance, plus de peur que de mal pour le pilote écossais qui offre au passage une pub planétaire à la marque allemande dont celle-ci se serait bien passé. La dernière CLR est immédiatement poussée dans son box, laissant Toyota et BMW s’expliquer en piste. La sérénité affichée lors des essais chez Toyota s’effrite au fil des heures : les GT-One doivent batailler pour suivre la cadence de la BMW V12 LMR #17 du trio Tom Kristensen, JJ.Lehto, Jörg Müller.

L’hécatombe se poursuit pendant la nuit. Victime d’une crevaison à l’entrée de la première chicane, la GT ONE #1 pilotée par Martin Brundle part en tête à queue et termine dans le rail. Malgré tous ses efforts pour rejoindre son box, le pilote britannique doit se résigner et abandonne du côté d’Arnage. À trois heures, nouveau coup de théâtre, à l’entrée de la Dunlop, un contact avec une Porsche GT2 expédie la GT One #2 dans le mur. Totalement détruite, il faudra plusieurs minutes aux commissaires pour extraire Thierry Boutsen blessé aux vertèbres. Une fois de plus la malédiction de Toyota au Mans semble se confirmer et on ne voit pas vraiment comment la dernière GT One, la #3, en piste va pouvoir venir barrer la route d’un succès qui semble maintenant promis à BMW. Mais, décidément, le sort semble s’acharner sur les leaders de cette course. Après Martin Brundle et Thierry Boutsen, c’est au tour de JJ Lehto de sortir violemment dans la nouvelle portion. Accélérateur bloqué, le pilote finlandais n’a rien pu faire et doit abandonner à 12 heures.

Les quatre dernières heures de la course vont entrer dans l’histoire de la classique Sarthoise. Au volant de la GT One #3, U.Katayama/K.Tsuchiyat/T.Suzuki donnent tout pour remonter sur la BMW V12 LMR #15 du trio Pierluigi Martini, Yannick Dalmas et Joachim Winkelhock. Un ultime coup du sort à 40 minutes du but vient mettre un terme aux espoirs du constructeur japonais. Ukyo Katayama éclate un pneumatique entre Mulsanne et Indianapolis et doit se contenter de la seconde place. BMW remporte cette édition des 24 Heures du Mans promise à Toyota et peut remercier au passage Yannick Dalmas qui a su convaincre ses coéquipiers de préserver tout au long de la course leur BMW V12 LMR.

A suivre…