Quand Jean Rondeau partait en chasse des Porsche 956 officielles avec l’aide de Ford

Fin 1982, Jean Rondeau perdait Otis, son partenaire principal. Le constructeur-pilote vainqueur des 24 Heures du Mans 1980 a donc repris son bâton de pèlerin pour partir en chasse de nouveaux sponsors et son salut est venu de Ford, plus précisément du réseau français.

« Il a fallu rebondir », déclarait Jean Rondeau. « Il y a eu une récession de 30% des activités d’Otis. Tout s’est arrêté au moment où les gros budgets avaient été décidés. » Par chance, la Communauté Urbaine du Mans a continué à lui apporter son soutien. 21 salariés étaient embauchés dans la nouvelle usine du Mans.

Jamais à court d’idées, Jean Rondeau a cherché de nouveaux marchés avec les voitures sans permis et l’emballage : « Il faut maintenir l’activité hivernale à la période de creux du sponsoring. Mais ce n’est pas avec cela que l’on peut faire une saison de courses. »

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Sur les nombreuses portes où il a tapé, celle de Ford a été privilégiée. Ford France a injecté 4 millions de francs en vue de soutenir l’engagement de trois Ford Rondeau M482 aux 24 Heures du Mans. Les 270 concessionnaires français ont répondu présent. « A chaque voiture vendue, chaque concessionnaire donne une ristourne de 18 francs », soulignait Jean Rondeau. « C’est une formule originale. J’espère bien que l’opération ne s’arrêtera pas là et que je deviendrai le partenaire de Ford pour l’endurance. C’est la première fois que j’ai un sponsor direct. » Cette année-là, on comptait sept Rondeau au départ du Mans.

Rondeau est allé se préparer au Mas du Clos avec plus de 12 000 couverts en essais, dont un test de 24 heures : « Nous avons effectué des essais sophistiqués. Nous avons atteint un degré de mise au point élevé. Alors qu’elle aborderont leur première course, elles présenteront des garanties de fiabilité importante. » En plus du Mas du Clos, l’équipe sarthoise est allée rouler à Clermont-Ferrand chez Michelin ainsi qu’au Paul Ricard.

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Le choix du moteur s’était porté sur le Cosworth atmosphérique 3.9 litres. « Compte tenu de la limitation, nous en sommes arrivés aux conclusions suivantes : pour faire une course parfaite, une Porsche semble capable de couvrir 5035 km. Nous tablons sur une M482 en 3.40 au tour avec 23 ravitaillements et 20 minutes d’arrêts divers. Nous arrivons théoriquement à parcourir 5050 km. A nous de faire des autos aussi fiables que Porsche. » L’allumage défectueux en 1982 a été renforcé, deux ordinateurs étaient chargés de surveiller la course des autres concurrents. « Je ne suis pas d’un optimisme délirant »,  confiait Jean Rondeau. « Mais nous avons bossé comme des sourds pour construire des voitures fiables et capables de battre les Porsche. Nous ferons l’impasse sur les essais, mais vous verrez en course. »

La consommation jouait un rôle important en 1983 et les Rondeau ont vite perdu pied face à l’ogre Porsche. Sur les trois M482 au départ, deux étaient hors course à minuit. Les moteurs n’ont pas tenu. Course terminée pour Jaussaud/Streiff/Ferté et Rondeau/Ferté/Ferté. Seule la #24 de Pescarolo/Boutsen/M.Ferté était encore vaillante en dépit d’un changement de porte-moyeu puis d’alternateur. « Il ne reste plus qu’à voir si Porsche va pouvoir placer ses voitures dans l’ordre des numéros », lâchait un Jean Rondeau pour le moins déçu. « Porsche est parti à 110/115% de sa consommation autorisée, et si nos voitures avaient été plus fiables, on aurait pu pointer le bout du nez. Il reste trois Rondeau en course mais c’étaient les M482 qui pouvaient inquiéter les Porsche. »

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La troisième et dernière M482 a elle aussi rendu l’âme au beau milieu de la nuit sur un problème…moteur. « Le plus rageant est d’être décimé sur des problèmes de moteur sur lesquels nous ne pouvions rien. Ce n’est parce qu’on s’est loupé qu’on doit arrêter. On continuera, mais avant tout, il faut convaincre. »

Ford France a bien compris la situation par la voix de Rudy Boniface, son patron : « Ford n’a pas fourni à Rondeau les moteurs qu’il mérite et, personnellement, je suis favorable au prolongement de cette opération. »

La meilleure des Rondeau à l’arrivée était la M382 de Pascal Wittmeur, Daniel Herregods et Jean-Paul Libert, seulement 19e.

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