Patrick Peter fait le point avant le départ du Tour Auto

Patrick Peter est à la tête de Peter Auto qui organise, entre autres, Le Mans Classic, Spa Classic, le Grand Prix de l’Age d’Or et le Tour Auto. Cette dernière épreuve s’est élancée ce matin du Grand Palais, à Paris, où ont eu lieu les vérifications techniques et administratives hier. Il nous a accordé un peu de son temps pour faire un bilan des activités de Peter Auto post pandémie de Coronavirus…

Comment s’est passée la réorganisation du Tour Auto 2020 ?

« Je ne devrais peut-être pas le dire, mais cela a été bien plus facile qu’on ne le pense.  En fait, nous avons été parmi les premiers à déplacer des épreuves. Comme tous les ans, nous avions une réunion chez BMW le 12 mars avec les participants parisiens pour leur annoncer quelques nouveautés. On sentait que cela allait être difficile. On a donc commencé à organiser des changements et cela a été fait en une semaine. Cela s’est bien passé avec 90% bouclé en une semaine. Le 12 mars, c’est le jour où le président Macron a fait sa longue allocution. Chez BMW, je leur ai dit que nous allions attendre le discours du Président de la République pour connaitre les annonces et, en fonction de cela, on allait ensuite voir ce qu’on allait décider. A son issue, nous avions bien imaginé ce qui allait se passer et nous avons annoncé que nous ne ferions pas le Tour Auto au mois d’avril et qu’on allait le repousser. A l’époque, on pensait que l’on était très confortable, large, le repoussant d’avril à début septembre. Finalement après cela, il y a eu Spa Classic, le Mans Classic, etc… et cela se finit par une année catastrophique. »

Êtes-vous satisfait du plateau 2020 car il s’agit quand même d’un vrai tour de force de réunir prés de 200 concurrents vue la crise actuelle ?

« Nous avons perdu 100 voitures. D’avril à septembre, certains ne pouvaient plus venir. Ensuite, nous avons perdu les Américains qui ne peuvent pas voyager, puis les Argentins pour les mêmes raisons. Il y a 15 jours, nous avons perdu une bonne partie des Anglais, il y a huit jours c’était au tour des Allemands. Heureusement, nous avions une liste d’attente conséquente et sur les 100 participants perdus, nous avons réussi à en récupérer la moitié. On part donc avec 195 voitures au lieu des 240 habituelles. »

C’est déjà bien, non ?

« Oui, mais il faut bien se rendre compte que c’est un événement lourd avec des frais fixes très importants. Cela veut dire que dans ces cas là, on gagne de l’argent sur les dernières voitures. Donc clairement, c’est mieux d’avoir pu l’organiser que de ne pas le faire, mais cela va avoir lieu dans des conditions totalement différentes de ce qui se fait habituellement du point de vue économique. Ce qui est bien, c’est que tous les concurrents sont contents, on fait ensuite une course à Monza dans trois semaines, puis en octobre ce sera Estoril (Portugal). De ce point de vue là, on est très positif. »     

Quelles ont été les conséquences de la crise chez Peter Auto ?

« Nous faisons partie des gens très touchés surtout dans l’événementiel. Si on arrive à finir avec 30% du chiffre d’affaire de l’année, cela sera déjà bien. On parle donc là de 70% qui s’écroulent, c’est donc vraiment très très dur. Il a fallu faire face à la mise au chômage partiel du personnel pendant un bon moment. Obligatoirement, les conséquences économiques sont lourdes. Je suis cependant d’un naturel optimiste donc nous avons tourné la page 2020. Ce que l’on espère par contre c’est que 2021 va se dérouler proprement, mais cela n’est pas encore gravé dans le marbre. »

Quels sont les prochains projets / développements de Peter Auto ?

« Aujourd’hui-même (lire lundi), nous avons annoncé que nous avions racheté le Rallye des Princesses. Nous continuons à regarder devant nous… »

Comment se portent le Groupe C et L’Endurance Racing Legends ? Êtes-vous satisfaits d’être passé à un format course pour cette dernière ?

« Nous sommes très très contents de l’Endurance Racing Legends. Nous avons lancé cela avec prudence lors de Le Mans Classic 2018 sous forme de parade. Très vite, il y a eu des demandes de course et nous avons aujourd’hui des plateaux de 40 à 45 voitures de très belle qualité, nous sommes donc ravis !

Du côté du Groupe C, je serai plus nuancé. Il n’est absolument pas question que nous l’arrêtions parce que ce type de voitures fait partie de notre ADN, ce sont des voitures d’endurance. Cependant, c’est le plateau avec lequel on regroupe le moins de voitures. Pour moi, une grille de Groupe C convenable devrait comporter au moins 25 voitures à chaque fois. Cela permettrait d’avoir environ 15 et 20 voitures sur la 2e course entre la casse des essais et sur la première course. En ce moment, cela arrive d’avoir ce chiffre, mais malheureusement, ce n’est pas toujours le cas partout. Il faut savoir que ce sont des voitures difficiles, couteuses à entretenir et il est parfois difficile de trouver certaines pièces. On a néanmoins des signes positifs. Par exemple, on a Porsche qui s’est remis à fournir, à vendre et à réparer des moteurs de 962. On sent que derrière, il y a une certaine volonté. En ce moment, quelqu’un qui achète une Groupe C met entre 18 mois et deux ans à la remettre en état pour la faire marcher. Après, il y a des collectionneurs qui ont un paquet de voitures et qui ne les font pas rouler. Cela me semble absolument ridicule. C’est dommage car ils n’en profitent pas et, sur un plan purement économique, une voiture qui n’a pas l’occasion de rouler dans un plateau, on ne peut pas dire que sa cote monte ! Il est clair aujourd’hui que ce sont les courses automobiles qui font une bonne partie des cotes des voitures. Le dernier exemple en date est la 2 litres Cup (plateau réservé aux Porsche 911 2 litres, ndr). Depuis un an, les prix ont flambé, de l’ordre de 30 % ! C’est excessif, mais c’est comme cela. Je pense donc qu’une voiture qui reste au garage ce n’est pas une bonne chose ! »

Le Mans Classic a été déplacé au mois de juillet 2021. Aura-t-on exactement le même contenu prévue en 2020 ? Verra-t-on la Mazda 787B qui a remporté les 24 Heures du Mans 1991 comme cela était prévu en 2020 ?

« Je ne sais pas ! Ce que je peux dire, c’est 80 à 85 % des pilotes déjà engagés nous ont demandés de confirmer leur engagement pour l’année prochaine. C’est une bonne nouvelle car cela va nous donner du travail en moins. Il est évident qu’il y avait des célébrations qui étaient attachées à l’année 2020 qui ne le seront pas en 2021. Nous allons donc changer un certain nombre de choses, mais il est trop tôt pour vous en parler. »  

Comment voyez-vous l’avenir de l’historique après cette crise de la Covid-19 ?

« Il est difficile de se projeter pour l’événementiel. Nous, on peut demain matin trouver les équilibres financiers en faisant des courses comme nous en organisons à Monza, au Castellet, à Estoril, etc…Cependant, nous ne serons pas profitables. Il est donc évident que nous devons faire des courses avec le public comme Le Mans Classic qui est le plus bel exemple ou à Spa Classic. Ensuite, au niveau des voitures anciennes, je suis tout à fait certain qu’elles vont continuer à bien vivre. C’est plus le côté événementiel qui est un peu embêté en ce moment… »