Focus sur la Porsche 935/81 « Moby Dick »

Endurance Classic vous fait un joli cadeau en ces temps de confinement. En effet, nous vous proposons la fiche d’une auto très rare (seulement quatre châssis au monde) : la Porsche 935/81 Moby Dick. De plus, Endurance Classic a pu suivre en exclusivité toute la restauration de la voiture chez Equipe Europe

En 1977, Porsche prépare un modèle capable de remporter la victoire aux 24 Heures du Mans l’année suivante. Elle présente la 935/78 sous une couleur blanche et une longue queue : la « Moby Dick » est née !

Après une courte carrière et deux années écoulées (voir article ICI), Joest Racing récupère de Porsche les plans de la 935/78 et conçoit deux châssis : JR-001 et JR-002. La principale différence avec le modèle d’origine porte sur les échangeurs air/air (un par banc de cylindres du moteur de 3,2 litres) à la place de l’échangeur unique air/eau présent sur le modèle 78, le règlement IMSA interdisant ce dernier.

Equipe Europe a eu en charge la restauration du premier châssis : JR-001. C’est toute blanche vêtue que la 935/81 du Joest Racing Team débute en piste pour le championnat allemand DRM avec Jochen Mass au volant. Et avec réussite lors de la course de Zolder où le pilote allemand termine à la 3ème place. Puis ce fut une 2e au Nurbürgring et finalement la victoire à Hockenheim. En trois courses, cette Porsche n’aura pas quitté le podium !

Vendue à Giampiero Moretti après Hockenheim, la 935/81 se pare d’une livrée Momo du plus bel effet pour courir en IMSA, championnat du monde et championnat allemand jusque à la fin de la saison 1983 avec quelques podiums à la clé. Il eut principalement comme coéquipiers Bobby Rahal, Mauro Baldi et Sarel Van der Merwe.

Quelques années plus tard, Giampiero Moretti (le fondateur de MOMO) se souvient : « Ah, ma Moby Dick. Vous savez, en y repensant, je devais être fou à l’époque. Je roulais à plus de 320km/h dans un châssis en tubes d’aluminium. Je ne le referai pas aujourd’hui ! ». Bobby Rahal a été au volant durant quelques courses en 1981 : « Cette voiture était rapide ! Le seul problème pour moi était la conduite à droite. Je devais passer les rapports de la main gauche, ce dont je n’étais pas habitué. Mais je m’y suis fait. »

Le châssis aura passé une bonne partie de sa vie aux Etats-Unis et n’aura malheureusement pas été traité à la hauteur de ce qu’il méritait. il a quand même participé par ses résultats en course  à gagner le championnat du monde des marques pour Porsche en 1982.

Ayant changé de mains dans les années 90 et 2000, elle retrouve sa livrée d’origine en 2006 avec le numéro 66 porté, à l’époque, par Jochen Mass. Yvan Mahé d’Equipe Europe en fit l’acquisition deux années plus tard. Il met alors en route une restauration complète.

Yvan Mahé nous en dit plus sur cette fabuleuse auto : « Je l’ai achetée aux Etats-Unis. Il s’agit d’une auto très rare. Il n’y a que quatre châssis en alu construits avec conduite à droite. Elle était aux couleurs « Lui » pilotée par Jochen Mass. Elle a couru en championnat d’Allemagne gagnant la 2e course qu’elle a disputée. Ensuite, elle a été vendue par Joest à Giampiero Moretti qui a mis ses couleurs dessus. Elle a pris part à des courses du championnat du monde aux Etats-Unis. Elle y est restée en 1982, toujours en championnat du monde, et après elle a encore roulé pendant deux ans, toujours en Amérique.

J’insiste bien sur le fait que cette voiture est exceptionnelle. Il y a la voiture qui a disputé les 24 Heures du Mans construite par Porsche. Il y a le « spare châssis » de la voiture du Mans qui n’avait jamais été monté, que Freisinger a récupéré dans un lot de pièces pour pouvoir le monter. Il y a deux autres châssis, les deux de Joest donc. Celle que nous avons, la JR-001, et la 935 JR-002 avec laquelle Rolf Stomelen s’est crashé à Watkins Glen. J’ai revendu cette voiture et le client me l’a reconfiée, il la voulait en version course 1982, c’est-à-dire la livrée la plus connue. Elle développe 800 chevaux et a un châssis tubulaire aluminium comme les Porsche 917. Elle a été rabaissée, elle a une position de conduite un peu prototype.»

Une voiture comme cela demande du temps et de la passion. Sa restauration a duré « deux ans et demi. Quand nous avons récupéré la voiture, il manquait quelques petites bricoles. Equipe Europe est un très gros team et nous maintenons plus de 100 voitures de course. Nous faisons souvent des restaurations longues parce que nous avons beaucoup d’autos à nous occuper en parallèle. Le problème de la compétition automobile, c’est que l’on ne sait que le Lundi, c’est-à-dire après le week-end de course, comment la semaine va se dérouler ! Tous les chantiers de restauration ne sont pas prioritaires chez nous, la priorité va aux voitures qui doivent rouler à la prochaine course ! Je pense que nous aurions pu la restaurer en un an ! »

Endurance Classic a eu la chance de suivre différentes étapes durant l’année avec un aboutissement au récent salon Rétromobile où elle se présenta sous les couleurs Momo du plus bel effet, parée du # 30 avec lequel elle aura principalement couru. Nous ne savons pas si nous aurons la chance de voir cette voiture sur un circuit. « C’est une voiture d’une grande valeur » nous explique Yvan Mahé. « Il est difficile de la sortir dans des épreuves. Pour le moment, mon client la sort dans des séances privées, c’est tout ! »

Un grand merci à Yvan et Guillaume Mahé d’Equipe Europe pour leur gentillesse et pour vous avoir régulièrement ouvert les portes de leurs ateliers pour pouvoir suivre cette restauration pas à pas… Les photos sont de Bruno Vandevelde. Un dossier complet de tous ses clichés est ICI.

@Equipe Europe