“Mes 24 Heures du Mans 1978…” par Jean-Pierre Jaussaud (part 2)

Suite et fin de notre rencontre avec le double vainqueur des 24 Heures du Mans. Le Français revient sur sa première victoire en Sarthe, en 1978, ainsi que sur son surnom.

Par rapport aux autres voitures pilotées préalablement au Mans, notamment la Matra 670B et la Mirage GR8, comment situez-vous l’Alpine-Renault ?

« C’étaient toutes d’excellentes voitures. Bien sûr, j’ai adoré la Matra 670B avec un bruit moteur fabuleux dont tout le monde se rappelle. La Mirage-Ford était une superbe auto dans laquelle j’avais confiance. Avec ces voitures-là, il n’y avait aucun problème. Chaque modèle avait sa particularité, mais j’étais bien dans toutes. »

Votre Alpine a été constamment dans les premiers de la course. Était-ce une situation confortable ou stressante?

« Ce n’était pas du tout stressant parce que avec Didier (Pironi), on avait fait notre programme et on avait dit qu’on verrait ce qui se passerait. On respectait notre stratégie en se disant qu’au bout du compte on ne serait pas loin à l’arrivée et c’est exactement ce qui s’est passé. »

Question bateau mais que ressent-on sur le podium des 24 Heures du Mans après la victoire ?

« C’est sympa ! C’est tellement sympa que je me suis effondré et pleuré comme une madeleine simplement parce qu’on chantait la Marseillaise sur le podium. C’est un moment émouvant mais, si tu veux, gagner les 24 Heures du Mans, ce n’est pas ma victoire, ni celle de Didier, c’est la victoire d’une équipe, celle de Renault Sport. Quand je gagnais en monoplace et que je voyais le premier le drapeau à damiers, j’avais plus l’impression, c’était peut-être un peu égoïste, que c’était mon succès. En monoplace, c’était toujours plus personnel, même s’il y avait toujours un travail des mécanos avant. »

En 2004, lors de Le Mans Classic, avec une Alpine-Renault, vous vous êtes retrouvé face à la Porsche 936 de Jürgen Barth. Avez-vous eu l’impression de revivre un peu les 24 Heures 1978 ?

« A chaque fois que je monte dans des voitures d’époque, je me demande comment j’ai pu piloter ça. Ce n’est pas vraiment de la nostalgie, mais je suis étonné d’avoir conduit des voitures aussi bien, aussi vite, et j’étais vraiment très bien dedans. Lors de ce Le Mans Classic, quand la 936 est repartie après avoir ravitaillé, Jürgen Barth est resté au volant et  je suis reparti après avoir pris le relais de Jean Ragnotti. Je suis reparti à froid, ce qui n’est pas tout à fait pareil. Jürgen Barth a pris de l’avance, je suis revenu sur la Porsche et dans l’avant-dernier tour, je l’ai doublé dans la ligne droite en face des stands et ensuite, comme un couillon, j’ai regardé dans le rétroviseur pour savoir s’il était là ou s’il essayait de me repasser, j’ai freiné un peu trop tard en arrivant dans le virage du Tertre Rouge et je suis sorti, en allant toucher les pneus. »

Qui peut le plus, peut le moins ! Vous êtes revenu à Le Mans Classic 2008 et 2010, mais avec la Simca 8 d’Evelyne Heisé. Quelles sensations avez-vous au volant de cette auto ?

« C’était un peu un rappel en arrière. Mon père avait une Simca 5 et quand Evelyne Heisé m’a proposé de courir à Le Mans Classic parce qu’elle n’avait pas de deuxième pilote, je lui ai dit « d’accord, je vais le faire ». C’était sympa, l’équipe était sympa. Ils ont eu du mal parce qu’ils ont dû acheter cinq voitures pour arriver à en faire une qui puisse courir, et cela leur a coûté beaucoup d’argent, mais c’était très sympa. »

Qui vous a donné le surnom de « Papy » Jaussaud ?

« Un peu tout le monde. J’étais chez Tecno à ce moment-là et ça s’est passé à Nogaro. Je crois que ce sont des gars de chez Renault qui m’appelaient Papy Jaussaud et quand je suis arrivé à Nogaro le speaker a dit au micro, et je ne m’y attendais pas : « Jean-Pierre Jaussaud, qu’on appelle Papy, est vraiment papy car il vient d’avoir une petite fille » et c’était vrai ! »