Max Cohen-Olivar (part 2) : « Le Mans, c’est toute une vie en 24 Heures ! »

Suite et fin de notre interview de Max Cohen-Olviar que nous avions pu rencontrer quelques années avant son décès. Il continue d’égrener ses différentes participations aux 24 Heures du Mans…

Avez-vous eu des déceptions aux 24 Heures du Mans ?

« Oui, la principale a été la De Tomaso Pantera (engagée par Wicky Racing Team qu’il pilotait avec Philippe Carron, ndlr) aux 24 Heures du Mans 1974. Elle était très fragile et peu efficace. »

Vous avez connu les Hunaudières sans les chicanes et avec. Que préférez-vous ?

« J’ai aimé les Hunaudières et la bosse qui existait avant Mulsanne, c’était autre chose, une forme de danger fascinant. C’était ça aussi Le Mans, un monstre qu’il fallait dompter. »

Quels pilotes actuels appréciez-vous ?

« Romain Dumas, Stéphane Sarrazin, ils sont dans la lignée des pilotes du Mans. »

Depuis votre dernière course au Mans, l’Endurance a bien évolué. C’est aussi votre avis ? 

« La notion d’endurance, qui faisait pour moi le charme et l’esprit de la dureté des 24 Heures du Mans, a disparu en quelque sorte, c’est un autre combat. A l’arrivée, à l’époque, il pouvait y avoir 80% d’abandons. En 1970, seulement sept voitures ont terminé. Heureusement la notion de danger a pratiquement disparu, c’est un changement fondamental. En dehors de l’accident tragique de l’Aston Martin Vantage d’Allan Simonsen en 2013, il n’y avait pas eu d’accident mortel en course depuis 1986 (Jo Gartner, Porsche 962 C de Porsche Kremer Racing, ndlr), c’est-à-dire sur 30 ans.”

Max Cohen-Olivar était membre du Club des Pilotes des 24 Heures du Mans. Nous lui avions demandé quel est votre attachement au Club…

« Avec Gérard Larrousse et Marie-Reine Beaumesnil, le Club est aujourd’hui attachant et efficace. Nous disposons d’installations judicieuses et le dîner Rolex à Mulsanne est un grand moment ! Nous avons accueilli des grandes figures des 24 Heures du Mans.

Je ne pourrais terminer cet entretien sans parler des commissaires de piste, des véritables Saint-Bernard des pilotes, ils sont impressionnants. Le rôle du Club des Pilotes est également de perpétuer l’histoire de cette immense épreuve automobile. Ainsi, quand le philosophe Auguste Comte disait « les morts gouvernent les vivants », il voulait dire par une formule lapidaire que toute civilisation est le fruit du passé et que l’on ne pouvait envisager l’avenir sans se référer au passé. »

Pour finir, pouvez vous nous parler des 24 Heures du Mans, qu’est ce que l’évocation de cette course signifie pour vous ?

« Lorsque je pense aux 24 Heures du Mans, des milliers d’émotions m’envahissent et il m’est difficile d’en faire le tri pour les attribuer à telle ou telle édition, après 20 années d’assiduité au Mans, mes souvenirs semblent intemporels. Ils ont une unité de lieu mais se promènent et se bousculent depuis 1971, époque où l’on traversait « Maison Blanche » sans ralentisseurs, où l’on passait la Courbe Dunlop sans chicane, où en arrivant vers Indianapolis une voiture en feu obstruait toute la piste et qu’il fallait traverser un épais nuage à près de 300 km/h sans savoir ce que l’on allait trouver derrière.

Le Mans, c’est aussi la pluie qui ne veut plus s’arrêter dans la nuit, c’est la brume du petit matin qui occulte 200 mètres de route. C’est le coéquipier à qui l’on passe le relais comme si on lui confiait sa propre vie, c’est la peine immense pour tous ceux qui sont restés quelque part sur ces 13,300 km et que l’on ne reverra plus.

Tiga Le Mans 1987

C’est encore un rayon de soleil qui vous brûle les yeux fatigués par une nuit de tension, c’est un moteur qui tourne à plein régime sur toute la ligne droite des Hunaudières, sans une fausse note, comme une mélodie qui vous fait traverser l’espace à 100 mètres/seconde, dans un plaisir immense de plénitude. C’est enfin 16 h 00, les drapeaux multicolores qui s’agitent, une communion de pensée avec ces commissaires de piste qui nous ont protégés pendant toutes ces 24 heures.

C’est aussi la voix de Jacques Petitjean qui résonne de ses propos vrais et nous réchauffe de son amitié au Club Primagaz en sablant le champagne de l’arrivée. C’est encore…c’est encore, c’est toute une vie en 24 heures. »

Vous retrouverez d’autres photos des participations de Max Cohen Olivar au Mans ici

Remerciements à Laurent Chauveau, Luc Joly, Christian Vignon et Jean-Michel Lefebvre pour leur aide pour l’iconographie.