Max Cohen-Olivar (part 1) : “Je suis un des rares à être classé deux fois dans les mêmes 24 Heures !”

Max Cohen-Olivar était l’un des plus sympathiques pilotes du paddock des 24 Heures du Mans. Ce Marocain, né à Casablanca, reste le pilote le plus titré de son pays avec de nombreuses couronnes de Champion du Maroc. Avec 20 participations aux 24 Heures du Mans, Max Cohen-Olivar fait partie du club très fermé des 15 pilotes qui comptent le plus de participations à la classique mancelle. Son premier départ remonte à 1971 sur une Porsche 908/2 et son dernier en 2001 sur une Porsche 911 GT3 RS du Seikel Motorsport. Son meilleur résultat reste une 2e place de catégorie en 1982 sur une Lancia Beta Monte Carlo partagée avec Joe Castellano et Jean-Marie Lemerle.

En dehors du Mans, Max Cohen-Olivar a un riche passé en sport-auto, ponctué par de nombreux titres de Champion du Maroc depuis 1962, que ce soit sur Renault-Gordini, sur R5 Maxi Turbo ou BMW, une victoire de classe avec une cinquième place au scratch aux 1000 Km de Paris en 1970 sur Porsche 910 et de nombreuses courses en Championnat du Monde des Voitures de Sport avec des Porsche 962, des Chevron, des Lola, entre autres. Il a aussi disputé le Trophée Andros, le Trophée Lamborghini…

Décédé le 21 mai 2018, nous avions eu la chance de le rencontrer et il était revenu avec nous sur ses participations aux 24 Heures du Mans pour la rubrique du Club des Pilotes. Fidèle lecteur d’Endurance-Info, le pilote marocain était toujours prêt à parler de sa passion pour l’Endurance.

Quels sont vos meilleurs souvenirs des 24 Heures du Mans ?

« Ce sont ceux de ma première course, en 1971, avec une Porsche 908 (avec André Wicky), nous étions cinquièmes à quelques heures de la fin. Je citerais également ma victoire de classe en Groupe 5 avec la Lancia Beta Monte-Carlo, avec Jean-Marie Lemerle et Joe Castellano. »

Quelles ont été vos voitures préférées ?

« Ce sont les Porsche, 956 ou 962, nous prenions 365 km/h dans les Hunaudières. J’ai également beaucoup aimé la Cougar Ford de 1988, c’était un plaisir de la piloter à haute vitesse. » 

Quelles ont été vos éditions préférées au Mans ?

« Ce sont toutes les courses disputées sans les chicanes et sans pluie, et bien sûr ma première participation en 1971. J’ai beaucoup apprécié également l’édition 1982 avec la Lancia Beta et j’ai vraiment aimé mes deux dernières courses en 2000 et en 2001 avec des Porsche 911 du Team Seikel. Nous avons fini troisièmes en GT en 2000 sur une 911 GT3-R avec Michel Neugarten et Anthony Burgess. Seikel était un team très professionnel. » 

Avez-vous connu des galères au Mans ?

« Ma seule erreur aux 24 Heures du Mans en 20 participations fut avec la Porsche Almeras en 1992. Au cours de la nuit, par une pluie battante, je me suis fait dépasser par les trois Peugeot 905 et qui dégageaient un nuage de brume à couper au couteau, il n’y avait plus aucune visibilité. D’habitude, avant la chicane, je freinais au panneau 200 mètres et, tout d’un coup, j’aperçois le panneau, mais c’était celui des 100, aux abords de la chicane, donc impossible de ralentir la Porsche à la bonne vitesse, je traverse la chicane au milieu et je m’embourbe au centre. A l’époque, les engins ne nous sortaient pas du bac, la course était donc finie pour moi et j’en étais meurtri parce que vraiment, au sein de l’équipe Alméras, il y avait des gens super sympa et très compétents. Je me souviens aussi de la course de 1979. Avec Pierre Yver (Lola T298 de Lambretta SAFD), nous avions roulé toute la nuit et nous n’avions plus assez de combinaisons pour nous changer, elles étaient toutes trempées… »

Quels ont été vos coéquipiers préférés ?

« D’une manière générale, tous mes coéquipiers étaient concernés et plus ou moins efficaces. Néanmoins certains m’ont laissé des très bons souvenirs : André Wicky (1971 et 1973), un gentleman, professionnel ; Jean-Marie Lemerle (1980, 1981 et 1982), une amitié solide ; Pierre Yver (1979 et 1986), un authentique passionné des 24 Heures du Mans ; Oscar Larrauri (1983), extrêmement rapide et modeste ; les frères Almeras, Jacques et Jean-Marie (1992), de vrais passionnés et élégants ; Giovanni Lavaggi (1990), charmant et rapide ; Tony Salamin (1991), un ami ; John Sheldon (1989), extrêmement véloce, qui avait été brûlé à 80% en 1984 après la sortie de route de sa Nimrod-Aston Martin qui s’était accrochée avec la voiture sœur dans les Hunaudières. »

Quels pilotes vous ont le plus impressionné ?

« Henri Pescarolo, Gérard Larrousse, Jacky Ickx ou Derek Bell : quand ils vous remontaient avec les gros protos dans la nuit, vous saviez à leur approche que c’était l’un d’eux qui pilotait tant leur trajectoire était appropriée et intelligente. C’était la science des 24 Heures du Mans, et autant de victoires à la clef.  Bien sûr, également Tom Kristensen, impressionnant… »

Avez-vous des anecdotes particulières ?

« C’était un temps où il m’est arrivé de venir de l’hôtel par la route avec la Porsche 908 jusqu’au parc concurrents, c’était en 1971. Lors des essais, j’ai voulu régler mon rétroviseur central périscope en plein milieu des Hunaudières et, à cette vitesse, mon bras gauche a failli s’arracher, j’ai été déporté, j’ai tangenté les glissières et j’ai tout de même réussi à rester sur la piste.

Sur la Lancia LC1, en 1983, une portière s’est envolée dans les Hunaudières, ce qui a créé une dépression immense. En plus les rétroviseurs se desserraient et rouler sans visibilité arrière, c’était un véritable cauchemar.

En 1990, sur la Porsche 962 #19 de Team Davey, une roue avant s’est détachée à la deuxième chicane Ford et j’ai eu la présence d’esprit d’enquiller directement dans la voie des stands, sinon c’était fini. Egalement, sur la n°19, la même année, nous n’étions que deux pilotes, Kasunori Iketani et moi. Au petit matin, je rentre au stand pour passer le relais et mon coéquipier ne se présente pas, le manager me dit alors : « Iketani is out of order » (Iketani est hors service, NDLR). Le règlement m’interdisant de piloter plus de 14 heures sur la même voiture, je ne pouvais donc plus repartir. Heureusement, Tim Davey qui pilotait l’autre Porsche 962 de l’équipe est venu prendre le relais sur la #19 et moi je suis reparti sur la n°20 avec Giovanni Lavaggi. J’ai donc été un des rares pilotes à être classé deux fois dans les mêmes 24 Heures.

Egalement, en 2001, je pilotais la Porsche Seikel, j’assurais un des derniers relais et je soulageais un peu de 200 à 300 tours/minute dans les Hunaudières pour ménager la voiture, car nous allions terminer 12ème au général. Le Team Manager me demande ce qui se passe, j’explique et il m’ordonne de rester « flat out » ! Voilà un des changements de l’esprit de l’endurance, des moteurs béton. »

A suivre…