Les temps changent, les écrits restent…

En 2019, les livrées historiques ont régalé les passionnés d’endurance. Tout le monde, nous y compris, trouvons ces initiatives intéressantes dans un monde où on se raccroche au passé en évitant de trop penser à l’avenir. Il y a 40 ans, que pensait-on de l’Endurance ? Certains écrits de 1980 appellent à réfléchir, comme celui du journaliste et photographe Jean Lerust diffusé en août 1980 dans Echappement.

« Heureusement que la presse simplifie en appelant un chat un chat, et une Rondeau une Rondeau. Vous imaginez une victoire M 379 B ? Au palmarès, il y aurait Mercedes, Jaguar, Ferrari, Ford, Porsche, Matra, Renault et M 379 B. C’est vrai aussi que bien des nouveaux noms inconnus sont apparus : pour quelques vedettes comme Pescarolo, Jaussaud, Ragnotti, Andruet, Pironi, Stuck ou Piquet, combien de Dupont et de Durand dont les noms n’ont pas et de loin la notoriété de l’épreuve ? Où sont les Fangio, Moss, Graham Hill, Jim Clark, Foyt, Gurney, Rindt, Gendebien, Cevert, Beltoise, Servoz et autres Chris Amon qui ont fait Le Mans ? Il faut vivre avec son temps : aujourd’hui n’importe qui peut faire Le Mans, pour la frime ou pour réaliser un rêve d’enfance : suffit d’avoir des sous. La licence 3 étoiles n’est pas un obstacle : suffit de la demander. Même pas la peine d’être bon pilote : ls mauvais servent de chicanes mobiles aux bons qui, tout naturellement, s’en plaignent. Tant mieux pour les rêves exaucés, tant pis pour les ailes des monstres, ça fait partie des nouvelles traditions. 

Tout comme l’escalade à la décoration. On ‘design’ tant qu’on peut pour Le Mans de nos jours : Porsche rose bonbon, BMW artistement cartographiée… le clou était sans doute le fascinant clin d’oeil asymétrique de l’ACR, monstre grimé en dream car pour orange mécanique. C’est qu’il faut, d’une façon ou d’une autre, émerger du lot : la pub est reine, elle seule peut couvrir les faramineuses dépenses que représente une participation aux 24 Heures du Mans : alors c’est à qui se déguisera le mieux. Au fait, vous avez vu les hôtesses Malardeau ? Pas mal, non ?

Malgré tout ça, Le Mans est toujours une grande fête de l’automobile. Impossible de rester insensible en écoutant le hurlement fauve des 6 cylindres BWM M1 qui rappellent les fabuleux 12 cylindres Matra et font un peu oublier l’affreux ronron des turbos. »