Les phrases chocs d’Henri Pescarolo (part 1)…

On ne vous apprendra rien en vous disant que Henri Pescarolo n’a pas la langue dans sa poche. L’agriculteur à ses heures perdues sait être cash quand il faut être cash. Il y a 25 ans, le barbu le plus célèbre de France, quadruple vainqueur des 24 Heures du Mans, donnait une longue interview à son ami Jean-Marc Teissedre. Morceaux choisis avec du Henri Pescarolo dans le texte…

L’édition la plus extraordinaire…

« En 1972, je donne mon accord à Matra et voilà qu’on me colle avec Graham Hill. Je pensais qu’il n’en avait rien à foutre de gagner au Mans. En plus, je ne voulais pas d’un rôle de second plan. Finalement, je suis obligé d’accepter et c’est LA découverte. Un personnage fabuleux, aussi gentil que sérieux, blagueur qu’obstiné. C’est grâce à lui qu’on gagne. » 

L’édition du Mans la plus éprouvante…

« La première en 1966. A l’époque, du fait du prestige du Mans, on ne faisait jamais confiance à un jeune. Charles Deutsch m’a refusé un volant pour une C.D en m’expliquant qu’il n’était pas question de laisser des voitures aussi rapides à un gars venant de la F3. L’entrevue a duré 30 secondes. »

L’édition du Mans la plus riche en émotions…

« 1968 où j’étais prêt à faire n’importe quoi pour Matra. J’étais dévoué corps et âme. Quand Lagardère m’a parlé d’abandonner pour un problème d’essuie-glace, ça m’a paru tellement dérisoire que je n’ai pas eu l’ombre d’une hésitation, quand il m’a demandé, sans insister, si je ne voulais pas aller voir. Moi qui doute constamment, j’ai instantanément abandonné ma timidité naturelle, celle qui a démoli ma carrière. Simplement, je faisais ce pour quoi j’étais payé. Ce qui limite un pilote, c’est cette gêne psychologique qui réduit ses performances de peur de commettre la faute impardonnable. » 

L’édition la plus frustrante… 

« 1977 où avec Jacky Ickx nous avions la voiture pour gagner. Il était invraisemblable d’imaginer qu’une bielle se casse en deux sur une Porsche 936 de l’usine Porsche. Avant même de rentrer au stand, le team manager avait claironné que c’était de la faute à Pescarolo. Mon coéquipier s’est retrouvé sur la voiture qui a fini par l’emporter alors qu’on m’a muté sur la 935 de Stommelen/Schurti qui a abandonné juste après cette promesse. » 

L’édition la plus décevante…

« Sans aucun doute 1970. Me revoilà au Mans après mon accident avec de la part de Matra une énorme ambition. Et plouf, voilà que les segments cassent sur toutes les voitures en même temps. » 

L’édition par dépit…

« J’ai accepté la proposition de Filipinetti en 1971. Pour la première fois de ma vie, j’allais aux 24 Heures dans une équipe étrangère comme n’importe quel pilote professionnel classique. Je suis arrivé impressionné par le prestige de l’équipe, sa voiture fabuleuse et le palmarès de mon coéquipier. Je me considérais toujours comme un petit jeune sans référence par rapport à Parkes qui avait développé le projet de cette Ferrari 512 F. J’attendais Mike le casque sur la tête lorsque je vois rentrer au stand un gros kart sans carrosserie que personne n’a reconnu. » 

L’édition ambiance…

« 1980 était un sommet dans le genre grâce à Jean Ragnotti, qui entre autres, a planté sa Renault de service au milieu de la mare de la ferme où on couchait. Là, de l’eau jusqu’au moteur, il a grimpé sur le toit mimant une conversation téléphonique avec Gérard Larrousse, alors patron de Renault Sport, à qui il signalait un petit problème. Dès les essais, il n’a pas arrêté de déconner tout en prouvant par ses chronos qu’il était dans le coup. » 

L’édition ambiance bis…

« 1987 n’était pas mal non plus. En sport auto, un cardan cassé, c’est la panne absolue. Connaissant la mécanique, les gens de Sauber sont donc partis se coucher après avoir appris que j’étais arrêté depuis deux heures au virage Porsche. Dommage pour eux qu’ils n’aient pas attendu que je leur donne moi-même mon avis, règle fondamentale en endurance. Comme Sauber est méticuleux, il a fait nettoyer le stand, ranger les outils et tout ce qui encombrait les lieux pendant que ma double expérience du Dakar et d’agriculteur me laissait penser qu’il est possible de réparer. J’ai resolidarisé l’arbre de roue avec l’intérieur de la boîte en introduisant dans le cardan des ustensiles aussi bizarres que variés comme la clef à bougies. Bref, j’arrive finalement à repartir pour rejoindre un stand vide et même plus éclairé. Il a fallu aller trouver les commissaires de course, leur expliquer que la signature qu’ils avaient n’était pas celle du responsable de l’équipe, et que jamais un seul instant, Peter Sauber n’avait jamais envisagé abandonner. Suit alors le gag des mécanos revenant en quatrième vitesse, du matériel à la main façon personnages des films de Buster Keaton. Certains avaient même commencé à dormir. » 

@ACO

A suivre…