Les énigmes du deuxième Grand Prix d’endurance de 24 heures Coupes Rudge -Withworth – 1924, part 4

Photo: D.R. ACO

Suite et fin de notre focus sur les 24 Heures du Mans 1924

A 10h30, la Lorraine nr 4 éclate un pneu, et perds deux tours.

La Bentley du Canadien Duff (en 1924 le Canada fait partie de l’Empire britannique, mais Duff est né en Chine de parents originaires de Hamilton en Ontario, et s’est toujours présenté comme étant Canadien. Il posséda un passeport estampillé de ce pays dès 1932) et du Britannique Clément, mène désormais la ronde, devant l’inattendue Chenard de Pisart, qui tourne comme une horloge depuis le départ.

On fait les comptes : sur les 41 partants, il ne reste plus que six voitures, dont les deux Chenard « 2 litres » !

Les conditions de course sont éprouvantes pour les machines, car, outre la poussière, la piste est devenue une suite d’ornières qui met à mal les suspensions et les pneus.

Les chocs encaissés finissent par détruire les carrosseries, qui partent en morceaux ! Pisart perd même son réservoir, mais parvient malgré tout à rejoindre son box et à opérer une réparation de fortune. Il peut ainsi poursuivre sa route.

Une heure plus tard, la Bentley qui a près de 10 tours d’avance sur le second, s’arrête pour changer les roues, par précaution. Cependant l’une d’entre-elle reste bloquée. L’équipage perd ainsi beaucoup de temps, mais peut finalement repartir. Coup de tonnerre dix minutes plus tard : Duff/clément et leur Bentley sont contraints à l’abandon !

C’est la Chenard de Pisart qui prend la tête. La deuxième Chenard, celle de Dauvergne est troisième. Pisart pense qu’il a désormais la victoire au bout du capot. Il passe le relais à Chavée, toujours en tête…

Mais à 15h30, la 31 de Chavée ne passe plus !

Le haut-parleur annonce que la voiture est arrêtée dans la ligne droite des Hunaudières, servo-frein bloqué. C’est l’abandon à moins d’une demi-heure de l’arrivée…

La légende du Mans s’écrit déjà !

La Chenard de de Zuniga s’empare alors de la première place, car c’est la dernière voiture qui roule encore !

Il reste vingt minutes avant l’arrivée. La victoire ne peut plus lui échapper…

Mais à 15 heures cinquante-huit, nouveau coup de théâtre : la Chenard numéro 30 s’arrête à son tour, à quelques mètres de la ligne d’arrivée, avec la même panne qu’a subi Chavée : servo-frein bloqué ! Impossible même de pousser l’auto pour passer sous le drapeau à damier…

Aucune voiture ne termine donc la course !

Mais Charles Faroux ne baisse pas les bras ! Il réunit ses commissaires : il faut absolument trouver une solution pour préserver les coupes triennales et biennales, qui seront attribuées lors de la prochaine édition…

La décision est donc finalement prise d’établir un classement sur base des kilomètres réellement parcourus. C’est la Bentley de Duff/Clément qui est désignée comme vainqueur avec 2.077, 340km (malgré le fait qu’elle n’ait pas atteint la moyenne minimale imposée par sa cylindrée, dans les trois dernières heures de la course !), devant deux Lorraine-Dietrich et deux Chenard & Walcker. Celle de l’équipage Pisart-Chavée remporte ainsi la catégorie « 2 litres » (1.918,070km parcourus).

Maigre consolation pour Lagache : il établit un nouveau record du tour en 9 minutes 19 secondes, à la moyenne de 111,168 km/h.

La marque sauve donc les meubles, malgré tout…

14 voitures sont finalement classées sur 41 au départ.

Les vainqueurs :

Captain John Francis Duff (Canadien né à Jiujiang – Chine, le 17 janvier 1895 et mort le 8 janvier 1958).

A 19 ans, alors que débute la Grande Guerre, il rejoint l’armée anglaise au départ de la Chine, en traversant la Russie. Il sera gravement blessé sur le front d’Ypres en Belgique.

Il a participé à trois éditions des 24 Heures du Mans de 1923 à 1925. Outre sa victoire de 1924, il avait terminé quatrième en 1923.

Il est, encore de nos jours, le seul Canadien à avoir remporté l’épreuve mancelle.

Il termine aussi neuvième des 500 Miles d’Indianapolis 1926 sur Miller-Elcar Speciale, après être parti en dernière position. La même année, il arrête la compétition, à la suite d’un accident.

Il meurt le 8 janvier 1958 dans la forêt anglaise d’Epping, après une chute de cheval.

@Gentlemen Drivers

Frank Clement (Britannique né le 15 juin 1888, décédé le 15 février 1970). Il est le pilote d’essais attitré de la firme Bentley.

Il débute la compétition automobile en 1922, au RAC Tourist Trophy, se classant deuxième sur Bentley 3 litres.

Il participe huit fois aux 24 Heures du Mans (de 1923 à 1930), signant le meilleur tour en 1923 et en 1927.

En 1927 il se classe troisième des 6 Heures de Brooklands, et il remporte les 24 Heures de Paris avec George Duller à Montlhéry avec la Bentley 3 litres.

Il est aussi vainqueur des 500 miles de Brooklands en 1929 avec Barclay, et des 2x12h de Brooklands en 1930 avec Woolf Barnato sur Bentley Speed Six.

Fin 1930, alors que Bentley eut décidé de ne plus participer aux 24 Heures du Mans, il arrête sa carrière de pilote. Il a alors disputé un total de 17 courses durant huit années.