Les énigmes du deuxième Grand Prix d’endurance de 24 heures Coupes Rudge -Withworth – 1924, part 3

@Agence Rol

Charles Faroux, le directeur de course, réunit les 82 (78 ?) pilotes autour de lui pour leur dispenser son briefing. Il rappelle à tous quelques points du règlement, ainsi que les consignes de sécurité et de fairplay.

A 16 heures précises, la meute est lâchée dans un bruit assourdissant, entourée d’un nuage de poussière opaque.

En première ligne, la Chenard & Walcker 4 litres pilotée par André Lagache prend l’avantage sur la Lorraine-Dietrich de Robert Bloch. En troisième position on trouve la numéro 5, une autre Lorraine-Dietrich, avec au volant, Henry de Courcelles. A ses basques suivent dans l’ordre, la Bignan 3L numéro 10 (Philippe de Marne), la Lorraine-Dietrich numéro 6 (Henry Stoffel) et la Chenard nr 9 « 3 litres » des frères Bachmann.

A la fin du premier tour, de Marne passe en tête à plus de 100km/h de moyenne, talonné par Lagache, et la Bignan du belge « Elgy » (Jacques Ledure). L’autre Belge, Pisart, écrit dans son ouvrage qu’il passe en cinquième position, mais pour Cohin, le cinquième passant sur la ligne pour la première fois, est Henry Stoffel sur la Lorraine nr 6… Faites votre choix !

Nouveau mystère

Cohin écrit qu’en tout début de course, de Marne réussit une boucle du circuit à la moyenne de 111, 168km/h. Mais en fin de paragraphe, il annonce (comme Tesseidre…) que le meilleur tour en course est l’œuvre d’André Lagache, à la vitesse de…111, 168km/h. Or en cas d’égalité, c’est toujours le premier pilote à avoir établi le record qui est pris en compte.

Retournons en course…

Au premier virage du sixième tour, Bachmann, aveuglé par la poussière, aborde la courbe trop rapidement. Il part en tête-à-queue et sort de la piste, alors que les spectateurs, nombreux à cet endroit, s’encourent sans dommage. Puis la voiture se retourne et échoue misérablement dans un fossé ! Par miracle, le pilote est indemne, mais la voiture est détruite. Voilà qui commence mal pour l’équipe Chenard !

Au huitième tour, la Bignan de de Marne s’arrête définitivement, moteur cassé. Deux tours plus tard c’est la voiture-sœur de Ledure qui abandonne !

Au bout de 5 heures de course, Lagache mène la danse avec panache.

Mais soudain, au vingt-sixième tour, un épais nuage de fumée s’élève au-dessus du circuit : c’est la Chenard numéro 3, la « 4 litres » de Lagache qui a pris feu à la sortie de l’épingle de Pontlieue, au moment d’entamer les Hunaudières ! Le mécanisme d’un des carburateurs a cassé, l’essence se répand alors sur le moteur qui s’enflamme. Le pilote a sauté en marche et n’est pas blessé, mais c’est le second abandon pour l’équipe favorite…

Peu avant minuit, l’Aries de l’équipage Flohot – Laly est en tête (Robert Laly fut l’équipier de René Thomas en 1914 au 500 miles d’Idianapolis), alors que les deux Chenard 1.500cc abandonnent : sièges de soupapes grillés. Et de quatre.

De la belle armada Chenard du départ, ne restent plus désormais que les « 2 litres » de Pisart-Chavée et de Dauvergne – de Zuniga pour porter les espoirs de la marque.

Mais Dauvergne aime les jolies dames ! Durant sa période de repos, il s’encanaille dans un des bars du « village ». de Zuniga s’arrête au box et demande que son coéquipier reprenne le volant, car il s’est brûlé sérieusement à la main. Le chef d’équipe enrage, car Dauvergne est introuvable… La voiture perd deux tours dans l’aventure (qui coûtera la victoire et sa place chez Chenard à Dauvergne, après la course !).

A la fin de la sixième heure, quatre voitures sont dans le même tour (33) : les Lorraine-Dietrich nr.4 & 5, l’Ariès de Flohot qui a rétrogradé et la Bentley de Duff-Clément.

Mais Au 66ème tour, le joint de culasse de l’Ariès rend l’âme. C’est l’abandon pour Flohot et Laly.

Au même moment, la Lorraine nr 4 de Bloch – Stalter mène, mais la seule Bentley en course, est toujours dans la même tour, et se montre menaçante. Elle est cependant retardée par des ennuis d’amortisseurs, qu’il faut changer.

Elle revient rapidement aux avant-postes, et à la fin de la seizième heure, elle n’est plus qu’à 3 minutes 33 secondes de la Lorraine !

A l’aube (88ème tour), la course perd la Bignan de l’équipage René Marie- et du Belge Henri Springuel (Il est l’un des membres de la famille belge de Jules Springuel-Wilmotte, constructeur automobile à Huy en province de Liège, des véhicules du même nom entre 1908 et 1914) qui évoluait aux avant-postes. C’est la troisième voiture de l’équipe qui abandonne. Reste en course celle du baron belgo-luxembourgeois Raymond de Tornaco associé à Francis Barthélémy, qui fait mieux que se défendre, en évoluant régulièrement dans le peloton de tête.

A suivre…