Les énigmes du deuxième Grand Prix d’endurance de 24 heures Coupes Rudge -Withworth – 1924, part 2

Photo: D.R. ACO

C’est dans cet esprit que l’équipe débarque dans la Sarthe, bien décidée à y faire le doublé ! Elle s’installe dans une grande ferme dénommée « Les Hunaudières », où une discipline très stricte est imposée aux pilotes : réveil à 5 h du matin, couvre-feu à 22h, pas de femmes, pas de boissons alcoolisées et pas de sorties autorisées… Un vrai régime militaire, très nouveau en ce temps-là dans le sport automobile !

Côté matériel, beaucoup d’espoirs sont placés dans la « 4 litres », dont la conception est le fruit du génie d’Ernest Chenard, qui la dessine à ses heures perdues pendant la guerre de 14 ! Elle possède un moteur à soupapes en tête, qui développe plus de 130cv, une puissance très appréciable pour l’époque.

En course, elle sera pilotée par les vainqueurs de 1924 : André Lagache et René Léonard. Les frères Raoul (2ème en 1923) et Fernand Bachmann seront au volant de la 3 litres, et l’une des « 2 litres » sera emmenée par Christian Dauvergne et le comte Manzo de Zuniga, un très bon pilote espagnol. La deuxième « 2 litres » aura à son volant le Belge André Pisart (vainqueur du GP de Boulogne 1923) et Joseph Chavée. Enfin, les équipages Raymond Glazman- Robert Sénéchal (constructeur de cycle-cars et …grand-père de Patrick Zaniroli, vainqueur du Dakar 1985 !) et Pierre-Gabriel Bacqueyrisses- Georges Delaroche, prendront le volant des deux 1500cc. A vrai dire, cette équipe a fière allure, et semble imbattable sur le papier…

Les entraînements se déroulent parfaitement. La « 2 litres » atteint les 140km/h dans les lignes droites, contre 170km/h pour la « 3 litres », qui tourne à plus de 110km/h de moyenne…Dans les paddocks, l’ambiance est bon-enfant. On se taquine même entre membres des équipes concurrentes.

André Lagache est informé que la maison Voisin le chronomètre en douce ! Lors d’un tour lancé, il emprunte un raccourci du circuit de 17,262km, qui lui en fait gagner 5, réalisant ainsi un record qui stupéfie ses espions, et les met dans un état de désespoir total. Lagache, beau joueur ira les informer plus tard de la supercherie, et tout le monde s’en trouvera fort amusé…

Nous sommes le 14 juin 1924.

Depuis tôt ce matin, l’agitation est à son comble dans la ville du Mans et aux alentours. C’est une cohue indescriptible ! Les routes sont encombrées et des voitures sont stationnées un peu partout. Dans certaines d’entre-elles, on peut apercevoir des passagers qui s’éveillent après y avoir passé une nuit plus qu’inconfortable…

A 15 heures, les voitures sont amenées les unes après les autres sur la ligne de départ.

L’équipe Chenard & Walcker fait sensation lorsque, sous les applaudissements de la foule, l’armada des voitures bleu France et les pilotes en combinaisons d’un blanc immaculé, se met en place. Depuis la victoire de l’année dernière, ils sont les favoris désignés.

Le temps est superbe. Quarante-et-une voitures sont au départ. Ou plutôt 39. Ou alors 80 ! Enfin, ce n’est pas très clair…

Premier mystère…

Eliminons tout de suite le chiffre de 80. C’est celui cité (page 54) par André Pisart dans son ouvrage « Mes Courses », publié en 1945. Sans doute 21 ans après l’épreuve avait-il un peu perdu la mémoire !

Eliminons tout de suite le chiffre de 80. C’est celui cité page 54 par André Pisart dans son ouvrage « Mes Courses », publié en 1945. Sans doute 21 ans après l’épreuve avait-il un peu perdu la mémoire !

Dans leur livre/recueil « Les 24 Heures du Mans », à l’année 1924 (P49), Moity et Tesseidre écrivent ceci :

Fantômes ou réalités ?

… « Alors que quantités de revues, journaux et même livres de références nous assurent que le 14 juin, à 16 heures, Gustave Singer abaissa le drapeau tricolore, le président de l’A.C.O. avait-il libéré 39 ou 41 partants ? A se fier aux feuilles officielles remises par la direction de course, aux 14 voitures classées et 2 non classées, s’ajoutaient 23 abandons. Total : 39. Manquent donc à l’appel : l’Aries 3L N° 12 de Duray-Foresti, et l’Alba 1,5L N°41 de Dreux-Calise. Pourtant, si l’on se rapporte au compte-rendu paru dans la presse régionale et nationale, bon nombre de nos confrères ont bien vu les deux « oubliées » participer à la fête. Pas longtemps, certes ! Mais suffisamment pour que certains mentionnent l’abandon de l’Alba (réservoir crevé dans les premiers tours), puis celui de l’Ariès, immobilisée sur les Hunaudières, avant la prise de capote. Dommage que Georges Berretrot, le speaker, ait annoncé la nouvelle sans pouvoir en fournir la cause ».

Et ici, un nouveau mystère : Moity et Tesseidre nous citent l’équipage Dreux- Bruno Calise sur l’Alba n°41 et Raoul Roret – Hatton sur une seconde Alba (#40), alors qu’Edmond Cohin dans son livre « L’Historique de la course automobile » aux Editions Larivière, nous cite l’équipage Raoul Roret – Calise, et ne renseigne pas l’Ariès #12 d’Arthur Duray et Giulio Foresti ! Tout cela n’est pas clair…

Mais il y a manifestement d’autres erreurs trouvées dans les récits d’André Pisart (erronément orthographié « Pisard », dans de nombreux ouvrages) !

En effet dans la liste des engagés, il énumère des marques qui n’étaient aucunement présentes, comme Alfa Romeo, O.M. (présentes en 1925) ou Ford ! Et puis il annonce deux Bentley, dont l’une, pilotée par le Britannique Sir Henry Segrave « Champion du Monde » (le titre n’existant pas à l’époque, il s’agit plutôt de celui qui fut « recordman du Monde » de vitesse 1926 durant 1 mois à 245,159km/h), alors que seule une voiture figurait parmi les participants ! Il parle d’ailleurs abondamment de Segrave, qui aurait essayé une Chenard lors des essais, aurait dîné avec l’équipe, et se serait même retrouvé en tête de la course, devant…Pisart, à l’aube (Page 55)! Sans doute se trompe-t-il de course, ou d’année (sans doute 1925, où Segrave pilotait une Sunbeam), ou alors confond-il Duff et Segrave …

Revenons à la course dans notre 3e partie !