Les énigmes du deuxième Grand Prix d’endurance de 24 heures Coupes Rudge -Withworth – 1924, part 1

@Gentlemen Drivers

Pour parler de cette épreuve de 1924, nous devons retourner 96 ans en arrière ! C’est loin…Rappelons-nous quelques faits marquants survenus cette année-là :

  • Lénine décède le 21 janvier et est enterré le 27 janvier à Moscou.
  • Rapshody in Blue de G. Gershwin est présenté pour la première fois à New York.
  • Calvin Coolidge est président des USA.
  • La Compagnie Française des Pétroles, ancêtre de Total est fondée à Paris.
  • Adolphe Hitler (alors peu connu) est condamné à 5 ans de prison.
  • Naissance le 12 janvier, d’Olivier Gendebien.
  • Naissance le 22 mai, de Charles Aznavour.
  • Décès d’Anatole France, le 12 octobre.

La grande guerre n’est finie que depuis 6 ans. L’industrie se relève doucement.

Cependant, l’entre-deux-guerres est un âge d’or de l’automobile pour les catégories les plus aisées de la population car les véhicules commencent à devenir fiables et le réseau routier s’améliore, alors que la réglementation est encore embryonnaire. La France se targue d’ailleurs d’avoir le meilleur réseau routier du monde !

Mais les informations ne circulent pas comme aujourd’hui ! Si des archives existent bien, elles sont parfois (souvent ?) contradictoires, voire carrément fantaisistes. C’est ainsi, qu’en écrivant ces lignes, je me suis heurté à de nombreuses interrogations sur la véracité de certains récits. Je me suis donc adressé à de vrais connaisseurs de l’histoire de la course mancelle, qui m’ont aidé à y voir plus clair…

Je me propose donc de vous emmener dans les méandres de mes recherches, sans rien vous cacher !

Attention ! 5,4,3,2,1 go !

La deuxième édition du « Grand Prix d’endurance de 24heures – Coupe Rudge-Withworth » – créé par « L’Automobile Club de l’Ouest » – va mettre en jeu en cette année 1924, deux trophées : une coupe triennale, qui sera remportée définitivement par le constructeur qui aura gagné l’épreuve trois fois d’affilée, mais aussi une coupe biennale obtenue en tenant compte des résultats obtenus en 1924-1925, selon les courbes d’équi-performance (qui deviendra « l’indice de performance » ensuite).

Pour durcir la course, le règlement est modifié. Cette année, les réservoirs essence-huile-eau seront plombés, et ne pourront être ravitaillés que tous les vingt tours, soit après 345,240km. La cylindrée est libre, et on n’accepte pas de mécanicien à bord. La course se déroule à deux pilotes, qui se relayent librement. Ils doivent savoir tout faire : se dépanner, réparer avec l’aide exclusive de l’outillage et des pièces emportées à bord, mais également procéder à tous les ravitaillements et changement de roues !

Plus surprenant : après les 5 premiers tours, obligation aux équipages de monter la capote, et d’accomplir au moins deux tours « capote levée » ! Les plus rapides exécuteront l’opération en moins de 30 secondes….

Depuis l’année précédente, le revêtement de la route a été partiellement amélioré, et la zone des stands réaménagée. Le « village » se développe, avec un cinéma, un dancing, et même un ring de boxe ! Des parkings numérotés sont mis à disposition des spectateurs.

Le succès de l’épreuve de 1923 fut tel, que les engagements des marques les plus connues affluent, avec entre autres : Bentley, Lorraine-Dietrich, Omega Six, Amilcar, Corre La Licorne, Georges Irat et l’épouvantail de Bignan ! On déplore cependant les nombreux forfaits (11 !), dont ceux de Delage, Sunbeam et Bugatti.

Bignan présente trois voitures équipées de moteurs 3 litres à commande desmodromique, que l’on dit atteindre les 170km/h !

Une commande desmodromique est un dispositif mécanique de commande — par exemple des soupapes — qui réalise la fermeture de celles-ci sans ressort de rappel. Le terme « desmodromique » est issu des deux mots grecs : « desmos » (« lien ») et « dromos » « course »).

Mais la marque la plus prolifique est Chenard & Walcker, victorieuse de la première édition du Grand Prix, qui n’inscrit pas moins de six bolides : une 8 cylindres 4 litres, une 3 litres, deux 2 litres et 2 1500cc ! Seule la 3 litres avait déjà roulé en course.

Chenard et Walcker a été fondée en 1899 par Ernest Chenard. On y fabrique des bicyclettes, des tricycles et des quadricycles. Henry Walcker, client de la marque, propose à Chenard de s’associer dans l’entreprise. La première automobile sort de l’usine en 1901. Il s’agit d’un véhicule au châssis bois/métal, moteur 2 cylindres et double essieu à l’arrière. L’année suivante, elle est équipée d’un 4 cylindres.

La réputation de la marque grandit rapidement. La gamme s’étoffe avec une 20HP 6 cylindres en 1912.

Durant la guerre de 14-18, l’usine participe à l’effort de guerre, en se lançant dans la fabrication d’obus et de moteurs d’avion pour Hispano-Suiza.

En 1920 sort la 3 litres sport, et la firme se lance sérieusement dans la compétition. C’est désormais Lucien Chenard, fils d’Ernest décédé en 1922, qui prend en main les rênes de l’entreprise.

Entre 1923 et 1926 les Chenard & Walcker deviendront les voitures à battre ! La marque s’est donnée les moyens pour atteindre ses objectifs de victoire, et structure une vraie division « courses », avec un bureau d’études un atelier, des ingénieurs, des mécaniciens et des machines dédiées. Le professionnalisme avant l’heure !

A suivre…