L’édition 1984 ne devait pas échapper à Lancia mais la mécanique en décida autrement

La dernière marque italienne à avoir tenté de gagner les 24 Heures du Mans d’une manière officielle reste Lancia. Le constructeur turinois a misé sur la LC2 mais aucune des trois autos alignées en 1983 n’a reçu le damier tout comme les LC1 un an plus tôt. A cette époque, Lancia mixait rallye et endurance.

Porsche étant absent officiellement en 1984, les troupes de Cesare Fiorio pouvaient espérer rafler la mise surtout que l’effectif composé de Nannini, Wollek, Barilla, Heyer, Baldi, Lapeyre, Gabbiani et Martini ne faisait pas dans la dentelle.

La saison 1984 avait plutôt bien débuté pour la marque italienne avec une 1ère ligne à Silverstone puis 4ème place à Monza pour Baldi/Barilla et une 7ème pour Martini/Ghinazni, sans oublier la pole de Ricardo Patrese. Le Mans s’annonçait donc sous les meilleurs auspices pour le camp italien.

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« C’est bon signe », souriait Cesare Fiorio en arrivant au Mans. « C’est la preuve que la LC2 progresse sur le plan de la performance mais aussi de la fiabilité. Il ne faut pas oublier que l’an passé nous n’avons jamais pu travailler correctement sur la voiture en raison du changement de pneus en cours de saison. Nous avons profité de l’hiver pour tout repenser et les chiffres sont là : 4 secondes de mieux au Mugello, 3 à Silverstone. Cela veut dire quelque chose. » Lancia a mis un terme à sa collaboration avec Pirelli et ses pneus à carcasse radiale pour des Dunlop plus conventionnels.

« Toute la voiture a été conçue pour les gommes radiales et rien n’allait plus », déclarait Fiorio. « A la fin de la saison dernière, nos ingénieurs ont modifié le dessin des suspensions afin de les adapter aux carcasses conventionnelles. » Lancia en a profité pour modifier l’aéro de la LC2 avec un capot avant plus bombé et un arrière plus affiné. Pour acquérir une Lancia LC2, il fallait débourser 350 millions de lires.

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« Le Mans est une course à part », soulignait le patron de Martini Lancia. « Il y a les problèmes que l’on peut rencontrer mais aussi la distance à parcourir. Pour bien faire, il ne faudrait que préparer cette course. Nous, notre but, c’est le championnat du monde. Le Mans en est une des épreuves mais il n’est pas possible de venir y faire des essais. Alors, on adapte la voiture, mais c’est tout. Il en faudrait une pour ce tracé. »

Si Bob Wollek a gagné son poids en champagne suite à sa pole, l’Alsacien n’a toutefois pas battu le chrono de Jacky Ickx, décroché un an plus tôt en 3.16.56 contre le 3.17.11 au pilote Lancia qui signait cette année-là son premier contrat de pilote officiel. « La performance était à ma portée », expliquait Bob Wollek. « Malheureusement, à chacune de mes tentatives, j’ai été gêné. Sans cela, le record serait tombé d’au moins une seconde. La charge aéro a été revue. Nous gagnons ainsi près de 30 km/h en vitesse de pointe. Nous avons énormément progressé. Lancia est en plein devenir en endurance. Nous avons cette fois, j’en suis persuadé, tous les éléments en main pour battre Porsche. » Le 3.31.78 de Ghinzani dans la barquette Lancia en 1982 a été descendu à 3.20.79 grâce à Alboreto un an plus tard.

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Les 137 tours de Wollek/Nannini passés en tête, soit 15 de mieux que les vainqueurs, n’auront pas permis de l’emporter, la faute sans doute à un pignon de 5ème défectueux au petit matin. Le tandem s’est finalement classé 8ème à 34 tours de Pescarolo/Ludwig. Bob Wollek est reparti avec le record du tour en 3.28.9 contre 3.29.7 un an auparavant avec Jacky Ickx. La LC2 aux couleurs Malardeau a vite abdiqué sur un souci de joint de culasse. Quant à la  #5 de Barilla/Heyer/Baldi, c’est la courroie de distribution qui a causé l’abandon à 4 heures de l’arrivée. Le pari de diminuer la pression du turbo des LC 2 de 7200/7300 tr/mn au lieu des 7400/7500 était la bonne, mais cela n’aura pas suffi pour ramener le trophée à Turin.

1985 ne permettra toujours pas de décrocher la victoire au Mans en dépit d’un passage aux gommes Michelin. Wollek/Nannini ont pris la 6ème place, devant Pescarolo/Baldi/Cesario. La suite se passera sans Lancia, le constructeur italien partant en rallye avec bien plus de succès…

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