Le Mans 66 – notes de production, part 1…

Christian Bale in Twentieth Century Fox’s FORD V. FERRARI.

Nous avons déjà parlé du synopsis de « Le Mans 66 », réalisé par James Mangold, et dont la sortie officielle est programmée le mercredi 13 novembre prochains .

Nous vous proposons aujourd’hui quelques extraits des notes de production du film, dont voici une première partie :

L’amitié qui a redéfini la course automobile

Le réalisateur James Mangold était attiré par le double défi que représentait ce projet : il pouvait mettre en scène des séquences de course palpitantes plaçant les spectateurs à l’intérieur des voitures, au plus près de ces pilotes intrépides, tout en retraçant la chronique de l’amitié tumultueuse qui liait Carroll Shelby et Ken Miles. Tous deux avaient des personnalités très fortes et différentes – Shelby était un homme coriace mais très sympathique ; Miles était ombrageux et d’une franchise brutale – mais ces deux hommes étaient unis par leur passion pour l’innovation et leur amour de la compétition.

Christian Bale and Matt Damon in Twentieth Century Fox’s FORD V. FERRARI.

Plus simplement encore, Shelby et Miles étaient mus par leur goût de l’excellence, et cela les poussait à mettre leur vie en jeu chaque fois qu’ils prenaient le volant. Le réalisateur James Mangold déclare : « Ils se comprenaient au niveau le plus intime. Quand Shelby est confronté à la fatalité qui l’empêche désormais de courir (vainqueur avec Roy Salvadori des 24 Heures du Mans 1959 sur une Aston Martin DBR1/300, il arrêta sa carrière de pilote après ce succès en raison de problèmes cardiaques, NDLR), il se réinvente totalement. Lui qui était pilote se transforme en vendeur et concepteur de voitures de course, et Ken devient le vecteur de ses rêves. Mais Ken ne parvient pas à se maîtriser quand il est en représentation ou face aux dirigeants de la compagnie. Il dit ce qu’il pense en se moquant d’y mettre les formes, ce qui oblige Shelby à assumer un rôle protecteur vis-à-vis de lui. Ils ont une relation très symbiotique et complémentaire. »

James Mangold confie : « Il n’a pas été facile de savoir comment naviguer dans cette histoire pour que le public ressente l’amour, la camaraderie et l’énergie de ces pilotes, de ces ingénieurs, de ces mécaniciens et des équipes aux stands. Cela ne reposait pas sur le seul fait de gagner ou de perdre, sur une victoire qui n’aurait été qu’un cliché. J’ai pensé que si nous pouvions plonger assez loin dans le cœur de ces personnages, les victoires et les défaites des courses seraient secondaires par rapport à celles qu’ils connaissent dans la vie.  J’ai pensé que si nous pouvions plonger assez loin dans le cœur de ces personnages, les victoires et les défaites des courses seraient secondaires par rapport à celles qu’ils connaissent dans la vie. »

La clé a consisté à dresser un portrait naturaliste de la vie que menaient Shelby et Miles. À notre époque où l’image de synthèse est la base de nombreux films à succès, le réalisateur trouvait essentiel d’adopter une approche de l’action fondée sur la réalité afin de mieux représenter les années 1960 et d’aider le public à comprendre ce que ces pilotes vivaient lorsqu’ils se poussaient à dépasser les limites, tant sur leurs véhicules que sur eux.

James Mangold explique : « Aujourd’hui, l’action au cinéma se veut généralement spectaculaire et renforcée par des effets numériques. J’ai voulu au contraire quelque chose de profondément analogique, de réel et de brut. Je désirais montrer ce qu’il y a de séduisant dans ces bolides, la mécanique, les moteurs, le danger. Ces hommes roulaient à plus de 300 km/h coincés dans une fine coquille d’aluminium autour d’une piste. C’était un vrai miracle qu’ils aient une telle audace, un miracle qu’ils survivent dans de telles conditions. Et je voulais que les spectateurs puissent le ressentir aussi. »

LE MANS 66 commence par la victoire de Shelby au Mans, suivie du diagnostic de sa maladie, avant d’avancer dans le temps jusqu’en 1963, lorsque Ford Motor Co., autrefois leader de l’industrie, est à la traîne sur le marché automobile derrière son concurrent General Motors. Lee Iacocca, responsable marketing, pense que si Ford veut attirer les jeunes qui cherchent à acheter leur première voiture, l’entreprise doit se concentrer sur la vitesse, et que si Ford gagne des courses automobiles, leurs voitures destinées au grand public deviendront d’autant plus attrayantes à leurs yeux. Comme aucune entreprise ne produit de voitures plus rapides ou séduisantes qu’Enzo Ferrari, l’acquisition du constructeur automobile européen semble être la solution. Ford envoie donc une délégation en Italie pour négocier le rachat du constructeur automobile, mais c’est un échec.

Indigné, le PDG de Ford, Henry Ford II (alias « The Deuce »), nomme immédiatement son bras droit, Leo Beebe, à la tête d’un nouveau département de voitures de course high-tech, Ford Advanced Vehicles. Il le charge de construire une voiture qui battra Ferrari sur son terrain lors de « l’Everest » de la course d’endurance : les 24 Heures du Mans. L’équipe de FAV met alors au point la GT40 Mark I, mais sa première sortie en 1964 est un échec. Les trois modèles ne parviennent même pas à terminer la course. La Shelby Daytona Cobra Coupé se classe quatrième derrière 3 Ferrari – un fait que Ford II ne manque pas de remarquer.

Henry Ford II engage alors Shelby pour développer, tester et finalement superviser l’ensemble du programme voué à la compétition automobile, mais le pilote d’essai principal de Shelby, Ken Miles, complique cette collaboration. Avec son franc-parler, ce dernier se fait rapidement un ennemi de Leo Beebe, et celui-ci va faire de son mieux pour manipuler Shelby et écarter Miles. Pourtant, en dépit d’obstacles insurmontables et d’une ingérence quasi ininterrompue de la direction, Shelby et son équipe – qui comprend également l’ingénieur en chef Phil Remington et le jeune mécanicien britannique Charlie Agapiou – fabriquent l’une des meilleures voitures de course jamais créées : la Ford GT40 MKII. Le véhicule a changé la perception de Ford et l’image de l’Amérique lorsqu’il a pris part à l’une des épreuves les plus célèbres de l’histoire, la course du Mans de 1966.

James Mangold explique : « LE MANS 66 relate quelques années de la vie de personnes en quête d’excellence, qui s’efforcent d’aller à l’encontre de la logique commerciale et du mode de pensée établis. C’est à mon sens un combat essentiel au XXIe siècle aux États-Unis car la prise de risque, l’audace et l’instinct qui ont été nécessaires pour inventer toutes ces choses qui font partie de notre quotidien et être ce que nous sommes, semblent aujourd’hui nous effrayer. »

Incarner Ken Miles et Carroll Shelby

Même si de nombreux personnages historiques connus sont visibles dans le film, LE MANS 66 tourne essentiellement autour de la relation aussi étroite qu’agitée entre Carroll Shelby et Ken Miles. Dès le départ, James Mangold a su quels acteurs il voulait placer au cœur de l’histoire : « Matt Damon et Christian Bale sont tous deux incroyablement doués. Il y avait entre eux une camaraderie naturelle que j’ai sentie dès le début et qui se perçoit vraiment à l’écran. »

Selon le réalisateur, chaque acteur avait comme une sorte de lien personnel avec son rôle respectif. Il précise : « Matt a été une star de cinéma presque toute sa vie. Il porte en lui la célébrité et la notoriété de sa prestigieuse carrière, mais il est aussi confronté aux interrogations de tous les acteurs ayant atteint la quarantaine – que vais-je faire maintenant ? De la même manière que Caroll Shelby a dû se réinventer lorsque notre histoire commence. »

Matt Damon commente : « Shelby avait été un grand pilote ; il avait en quelque sorte atteint le sommet de la gloire. À cause de cette maladie cardiaque, il a perdu son grand amour. Il était sur le point de tomber dans l’oubli et de ne plus être que l’un de ces innombrables types anonymes qui essaient de vendre des voitures aux gens. Cette opportunité chez Ford était une chance unique. Les enjeux étaient énormes, pour lui comme pour Miles. C’est un tournant dans leurs vies. »

Christian Bale a bâti sa carrière en interprétant des personnages audacieux et, lorsqu’il incarne des personnages réels, qu’il s’agisse de Dicky Eklund dans FIGHTER ou de Dick Cheney dans VICE, il est connu pour se plonger intégralement dans le rôle et canaliser l’essence de son personnage. Il a aussi la réputation d’être passionné et entier, tout comme Ken Miles, qui avait conduit des chars d’assaut pendant la Seconde Guerre mondiale avant de trouver son chemin sur les circuits.

À propos de l’acteur, qu’il avait dirigé dans 3h10 POUR YUMA en 2007, le réalisateur déclare : « À bien des égards, Ken Miles et Christian ont le même caractère. Christian est un acteur remarquablement doué, mais il n’aime pas être une star de cinéma. En revanche, il aime être maître de son travail. De plus, lui aussi est britannique et a des liens avec les quartiers populaires du Royaume-Uni. Il a trouvé mille et une manières de se rapprocher de Ken. »

Christian Bale confie : « Jouer des personnages réels vous offre une vraie liberté parce qu’ils ont des manières bien à eux, leurs propres excentricités, leur voix… Tout est là et vous avez la liberté de piocher dans cette matière comme bon vous semble. Vous pouvez voir votre personnage en vidéo ou le rencontrer et discuter avec lui sur le tournage – les gens sont merveilleusement excentriques et fantastiques dans ces conditions. Je me sens plus libre en jouant une vraie personne parce que je sais que ce n’est pas mon ego qui dicte mes choix d’interprétation. »

Si les deux acteurs n’avaient jamais travaillé ensemble auparavant, ils étaient enthousiasmés par la perspective de se donner la réplique et d’explorer l’amitié entre ces deux personnages singuliers. Matt Damon déclare : « Shelby sentait tout simplement que Ken Miles était indispensable à cette mission, et Ken était connu pour ne pas supporter les imbéciles. Il était irascible et n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait. Et il ne voulait pas qu’on le ralentisse. S’il pensait que vous aviez une idée stupide, il vous le disait sans mâcher ses mots, aucune diplomatie. Il était donc une source constante de frustration pour Shelby, mais celui-ci avait vraiment besoin de lui pour l’aider à construire la voiture et à la conduire ensuite au Mans. »

James Mangold voulait que ses stars conduisent le plus possible de vrais véhicules sur de vraies pistes. « Pour moi, il est essentiel que les spectateurs aient l’impression d’être assis dans l’habitacle. On entend le moteur, on voit les boulons vibrer dans le châssis. On ressent les vibrations dans nos os. On comprend à quel point ils poussent le véhicule et à quel point il est proche de l’explosion. »

Et de poursuivre : « Aujourd’hui, on dispose de la conception assistée par ordinateur. On peut anticiper avec beaucoup plus de précision ce qui va marcher ou non. Ces pilotes, eux, n’avaient pas d’autre choix que de monter dans des voitures dont ils ne savaient même pas si elles arriveraient en un seul morceau. Il n’y avait aucun moyen de le prévoir avec un crayon et des abaques. Il fallait construire le véhicule et le conduire pour en tester les limites. Il pouvait exploser ou pas, mais dans tous les cas une personne était assise dedans. Il y a quelque chose de romanesque dans ce genre d’audace, de prise de risque, quand on va au bout de ses ambitions quel qu’en soit le prix. »

Christian Bale in Twentieth Century Fox’s FORD V. FERRARI.

Avant le tournage, Christian Bale s’est entraîné avec Robert Nagle, coordinateur des cascades et pilote chevronné. À l’écran, l’acteur conduit une Shelby Cobra et une Ford GT40. Le coordinateur des cascades et l’acteur ont passé une semaine à la Bob Bondurant School of High Performance Driving à Phoenix, en Arizona, spécialisée dans les courses.

À suivre….