« Le Mans 66 » : Matt Damon et Christian Bale, l’interview, part 1…

Quelques jours avant la sortie en salle de « Le Mans 66 » réalisé par James Mangold, FOX et Disney proposent une interview des deux acteurs principaux du film : Matt Damon – dans le rôle de Carroll Shelby- et Christian Bale – dans celui de Ken Miles-, interview dont voici la transcription :

Le film est une histoire fascinante d’une amitié improbable – avec des hauts et des bas, de deux hommes toujours prêts à s’aider l’un l’autre-. Que saviez-vous de cette histoire et de vos personnages avant le tournage ?

Christian Bale : « Je ne connaissais rien à propos de Ken Miles, et je pense que probablement je suis dans le même cas que la plupart des gens. C’est un héros du sport automobile très méconnu. C’était un Anglais, né dans les Midlands, en Grande-Bretagne. Avant de courir, il était militaire, dans un régiment de chars. Il était présent, je crois, deux ou trois jours après le Débarquement, à son arrivée en Europe. Il était là quand Belsen a été libérée. Ensuite il est devenu pilote ce course, complet et parfait, avec une très forte personnalité, incroyablement passionné par ce qu’il faisait. Dans le milieu du sport automobile, on entend beaucoup d’histoires à son propos, sur la course de 1966, mais je n’en connaissais aucune. »

Matt Damon : « Il y a eu différentes versions de ce projet pendant une dizaine d’années aussi je connaissais l’histoire. Cependant, ce n’est qu’après avoir lu cette version, avec ce groupe et des gens comme Jim Mangold et Christian, que j’ai été réellement accroché. Aussi, j’ai vraiment commencé à regarder des documentaires à propos de Shelby et à me renseigner à son sujet. J’ai aussi parlé à beaucoup de gens car il avait était très connu. Il avait vraiment une bonne image ici à Los Angeles ! Et, d’une certaine façon, beaucoup de gens me l’ont décrit comme un homme qui pouvait vous vendre n’importe quoi. »

Qu’y avait-il dans cette version de l’histoire pour vous pousser à signer ?

Matt Damon : « C’est une histoire incroyable, mais aucune des versions précédentes ne la présentait comme celle-ci, d’une façon où beaucoup de personnes pourront se retrouver. Il y a eu des versions mettant l’accent sur tout le groupe des pilotes et des ingénieurs et d’autres qui, je pense, auraient pu être davantage développées, sur peut-être dix épisodes à la TV. Mais pour un long métrage, de deux heures et demie, en trois actes, je n’avais vu qu’un seul script qui saisissait tout à fait l’essence de cette histoire incroyable. Et ce récit de l’histoire de ces deux hommes, de cette amitié entre Miles et Shelby, j’ai pensé que c’était vraiment la parfaite manière de l’aborder. C’était aussi vraiment pertinent car elle montrait l’universalité de cette amitié. Leur histoire est une histoire classique de perdants. Ils étaient tous deux très différents à certains égards mais ils s’intéressaient aux mêmes choses -les plus importantes-, aussi ils ont tissé ce lien qui leur a permis d’être meilleurs que la somme de leurs qualités. Ils se sont battus comme des frères, ils pouvaient se rendre fous l’un l’autre, ils pouvaient se taper sur les nerfs -beaucoup de gens, je pense, peuvent se reconnaître là-dedans- mais ils se sont unis pour réussir de grandes choses. »

Christian, êtes-vous fier de mettre enfin l’histoire de Ken au grand jour ?

Christian Bale : « Oui, mais je ne pense pas également que c’était un homme qui faisait ça pour la gloire. Je pense que c’est la raison pour laquelle il était aussi admiré par les compétiteurs -parce qu’il courait uniquement pour la pureté de la chose. Il avait déjà été admis dans le Hall of Fame, et je pense qu’il aurait été heureux d’être un homme connu du monde du sport automobile pour ce qu’il était. A mon avis, je ne le considérerais pas comme attendant quelque chose de plus. »

Matt, votre personnage partage tout avec son ami. Comment avez-vous travaillé tous les deux pour bâtir ce même niveau de confiance à l’écran ?

Matt Damon : « Bon, Christian, c’est l’un des meilleurs acteurs que j’ai jamais vus. Aussi, d’une certaine façon, c’était très facile de dépeindre ce que Shelby pensait de Miles, car Shelby avait le sentiment que Miles était le meilleur ingénieur et pilote qu’il ait jamais connu. Dans ce sens, c’était facile. Christian a une dévotion quasi monacale pour son travail. Pour lui, vous n’avez pas besoin de savoir à quel point il travaille dur, ou ce à quoi il a renoncé ou quels sacrifices il a pu faire. Cela le résume vraiment, cette dévotion extraordinaire pour son travail. Et Ken Miles était comme ça, également. Miles ne supportait pas les imbéciles, c’était un type très sérieux pour tout ce qu’il faisait. Christian partage beaucoup de ces qualités. C’est un puriste à bien des égards et il est très sérieux dans ce qu’il fait. Dans ce sens, je n’ai pas eu besoin du tout de forcer mon jeu d’acteur ! »

Christian Bale : « Vous savez, je fais ce métier depuis presque trente ans et je ne suis pas encore le plus avisé. Vraiment pas ! Je ne sais pas exactement comment ça se passe. Des fois ça marche, d’autres non. Pourquoi cela marche-t-il parfois et pas les autres. Je n’ai pas vraiment de réponse. Mais je pense que cette fois ça a marché. Matt est un grand acteur. Et il a également une grande compréhension des caméras et des objectifs. Il a une approche totalement différente de la mienne. Une approche probablement plus compréhensible et plus intelligente. Je pense qu’il fera un très bon metteur en scène un jour ou l’autre. Notre approche du jeu d’acteur est similaire aux différences entre nos deux personnages. Shelby est un fantastique compétiteur, mais il est plus stratège et a une meilleure vue d’ensemble, alors que Miles s’occupe uniquement de son travail, fonce souvent et est un adepte de la politique de la terre brûlée, parce que c’est la seule manière qu’il connaisse de faire. Cette façon de jouer est la seule que je sache faire, même si tout le monde n’est pas d’accord, alors que Matt a des talents multiples. »

Christian, James Mangold dit qu’il y a beaucoup de similitudes entre vous et Miles, tout d’abord parce que vous aimez le travail, mais que vous êtes « allergique » à tout le « foutoir » qu’il y a autour. Vous reconnaissez-vous un peu en Miles ?

Christian Bale (éclatant de rire) : « Jim et moi avons travaillé ensemble auparavant et nous nous connaissons depuis plus de dix ans. Bon, je n’essaie jamais de me comparer aux personnages que j’interprète mais, oui, c’est arrivé assez vite. Jim m’a dit : « Tu sais que c’est toi, pas vrai ? »

Matt Damon ! « On en rigolait l’autre jour. Tu m’as dit que Jim t’a appelé et t’a dit « Peux-tu passer à autre chose? Ken Miles, c’est vraiment toi ! »

Comme vous l’avez dit, Christian, pour votre documentation, vous avez rencontré le fils de Ken Miles, Peter (ci-dessous, lors de l’inauguration de l’exposition du Musée des 24 Heures consacrée au film). Que vouliez-vous apprendre de lui principalement ?

Christian Bale :  « On ne sait jamais ce qu’on peut apprendre. On laisse la conversation suivre son cours et parfois ça peut aller dans la direction la moins probable ; mais on peut quand même récolter quelque chose de vraiment utile. J’ai posé quelques questions comme « Aimait-il chanter ? Conduisait-il vite en ville, ou seulement sur les circuits ? Avait-il un auteur favori ? Dansait-il ? Buvait-il ? » Des choses basiques. Il faut passer du temps avec les gens qui connaissaient les personnages. Alors ils se souviennent d’occasions et d’anecdotes qui pourraient leur paraître accessoires et sans intérêt mais qui sont réellement utiles. Il y avait des choses que je griffonnais et Peter disait « Vraiment, ça vous intéresse ?’ Je lui répondais quelque chose comme « C’est essentiel ». Aussi, ça m’a énormément aidé. Cependant, de même (quand on interprète un personnage qui a réellement existé) on souhaite gagner la confiance de ceux qui l’ont connu et cela implique d’être attentif. On essaie de raconter l’histoire de quelqu’un, mais dans un laps de temps réduit. Je pense qu’il est convenable de rencontrer ces gens, quand c’est possible, et je veux aussi savoir ce que sont leurs questions, pareillement. »

Matt Damon : « Quand on parle aux gens qui ont fréquenté Ken à l’époque, ils éprouvent encore une certaine rancoeur à propos du fait que ses performances n’ont pas été reconnues par le monde. Et, de la façon dont les gens parlent de lui, il le méritait vraiment, et je crois que ce film lui accordera un peu e reconnaissance. »

Plusieurs fils des pilotes de l’époque étaient sur le plateau, n’est-ce pas ?

Matt Damon : « Oui, ils étaient nombreux dans les stands. Je pense que, pour eux, être là c’était revivre une période où ils vivaient un moment privilégié, c’était se souvenir de leurs pères, être de nouveau avec eux d’une certaine manière, n’est-ce pas ? Juste ça…J’ai perdu mon père il y a 18 mois et j’ai du mal à imaginer. Enfiler une combinaison et jouer le rôle de son père dans un film… Il semble que ces garçons appréciaient vraiment. Apprécier d’avoir la chance de le faire. C’était très particulier à voir. »

Vos recherches vous ont-elles amené à respecter ces pilotes qui allaient au bout de leurs limites dans les années 60 ?

Christian Bale : « Totalement. Et la question évidente, c’est pourquoi ? Pourquoi le faisaient-ils ? Quel type de personne est celui qui veut faire ça ? Ces gars-là étaient assis sur des bombes. Au vrai sens du terme, les portières de ces voitures étaient pleines de carburant -les réservoirs étaient placés là ! Il y avait un gros danger d’incendie. Et en ce temps-là, il n’y avait pas de vraies équipes d’ambulanciers. Il y avait beaucoup d’histoires, d’horribles histoires, de gens qui mouraient sur le bas-côté de la piste, des suites d’incidents qui auraient été réglés en 20 secondes de nos jours. Il n’y avait pas de sécurité. Et en ce temps-là, il y avait aussi une attitude du genre « si vous préoccupez de la sécurité, vous ne devriez pas être pilote. » La grande différence de nos jours et que dans la plupart des voitures dans lesquelles vous montez, la partie la plus costaud de la voiture, ce sont les freins. Alors qu’à l’époque, ce n’était pas du tout le cas. Ces voitures étaient des torpilles qui dévalaient la ligne droite des Hunaudières à 370 km/h. Sans de bons freins ! Sans savoir si cette diable de machine allait s’arrêter ! Vous savez, c’était « Les freins vont-ils surchauffer ? » La différence alors c’était de ne pas savoir si les freins allaient pouvoir stopper la voiture à la vitesse presque inimaginable de 370 km/h. C’est tout simplement hallucinant. »

A suivre…