« Le Mans 66 » : Matt Damon et Christian Bale, l’interview, part 2…

Deuxième partie de l’interview de Matt Damon et Christian Bale sur ‘Le Mans 66’

L’un des thèmes du film, c’est l’art contre le commerce, l’industrie contre les technologies modernes, comme un peu l’industrie cinématographique par rapport à la course automobile, n’est-ce pas ?

Matt Damon : « Oui, c’est tout simplement une vraie corrélation. Une bonne partie du film est axée sur ces gars, qui sont des espèces d’excentriques, qui cherchent des fonds dans le monde des affaires à Dearborn, dans le Michigan, le monde de Ford. C’est le commerce et les créateurs qui s’associent pour faire quelque chose. Et c’est tout à fait le monde dans lequel nous vivons, dans le milieu des affaires du cinéma. Aussi, il y avait beaucoup de plaisanteries à propos de ça sur le plateau. Car il y a beaucoup de similitudes indéniables. »

Christian Bale : « Je pense que c’est une histoire qui peut être transposée dans beaucoup de secteurs. Plus de merveilleuses opportunités se présentent, c’est-à-dire pour moi le fait de travailler avec des gens qui maîtrisent totalement ce qu’ils font, que ce soit en sport automobile, ou en boxe ou dans n’importe quelle discipline, à ce niveau, cela devient réellement une thérapie. Une fois que vous avez assimilé les aspects techniques de la discipline, c’est un jeu de l’esprit – comme tout dans la vie. Et c’est la même chose pour l’industrie du film. La machine du marketing est souvent entièrement en complète opposition avec ce que vous essayez de faire dans votre travail. Ce besoin de vendre, je pense que ce n’est pas seulement transposable à l’industrie cinématographique mais également à la vie en général. C’est ce que j’espère que les gens retireront du film. C’est difficile de faire réellement ressentir aux gens le bonheur de pousser la voiture à ses limites. Il faut rendre ceci compréhensible, et le film le fait. Alors que ces pilotes paraissent physiquement presque inhumains, à l’intérieur ils sont les mêmes que nous tous, humains, fragiles, avec les mêmes egos et les mêmes problèmes que chacun d’entre nous peut rencontrer. Si on se rend compte de cela, alors la course commence vraiment à vouloir dire quelque chose au spectateur, au-delà d’une meute de voitures fonçant à des vitesses insensées. Cela devient une course pleine de sens. J’espère que les spectateurs conviendront que nous sommes parvenus à le faire comprendre. »

Avez-vous commencé à comprendre la psychologie de ces pilotes au cours du tournage ?

Christian Bale : « Bon, ce qu’on doit faire pour interpréter un personnage, c’est de réfléchir au type de personne qui a choisi cette vie-là. Quel genre de personne pense « oui, je veux être dans cette voiture, c’est ce que je veux faire. » Ce n’est pas difficile de comprendre quelqu’un qui le fait quand c’est quelqu’un de jeune et célibataire. Mais quand c’est un homme qui a une famille, quand c’est un mari et un père, comme Ken Miles, et qu’il fait aussi la même chose, c’est quelque chose que vous voulez vraiment essayer de comprendre. C’est un individu différent, quelqu’un qui recherche quelque chose qui va au-delà de l’égoïsme et de l’irresponsabilité. Que poursuivent-ils, vous le savez ? »

Que pensez-vous que Ken Miles poursuive ?

Christian Bale : « De mon point de vue de profane, Ken est en quelque sorte en quête de vérité. La vérité sur lui-même, la pureté qui était dans sa vie. C’était à la fois son talon d’Achille et sa planche de salut. C’est ce qui l’a fait, ce qui l’a rendu aussi totalement brillant, mais aussi ce qui énervait les gens, et qui les empêchait généralement de l’engager. Il laissait toujours la place aux plus jeunes, à ceux qui présentaient mieux, mais il a passé sa carrière à regarder ces gars-là dans ses rétroviseurs dans les vraies courses. L’importance de l’image et d’être dans la ligne est toujours d’actualité aujourd’hui -dans l’écrasant poids des affaires. Encore plus maintenant. C’est une industrie énorme, et il faut vendre. Pendant mes recherches, plusieurs pilotes m’ont dit : « Oh oui, c’est toujours vrai. Il y a d’excellents pilotes qui n’auront jamais les meilleurs honneurs. » Parce que, comme Ken Miles, peut-être n’ont-ils pas la meilleure attitude ou ne cherchent-ils pas à l’avoir…Et Ken avait un merveilleux ami en la personne de Carroll Shelby, prêt à tout remettre en question pour lui. Shelby se fichait éperdument de la réputation de Ken. C’était « Ken est le meilleur » Et c’était tout. Quelle histoire exceptionnelle, celle de ces deux hommes ! Je l’aime, cela me donne la chair de poule rien que d’en parler. Et aussi l’aspect David contre Goliath, le triomphe des marginaux, avec la lutte contre le Goliath Ford, le Goliath de l’industrie, le Goliath de la bureaucratie et, bien sûr, le Goliath Ferrari. avec tout le respect pour ses performances et sa réputation qu’ils devaient affronter.

Ils n’auraient pas pu faire ce qu’ils ont fait sans Ford, sans son argent, mais ils l’ont aussi fait sans s’en soucier. Une attitude rebelle, cette attitude de pionnier -et non une attitude corporate- pour atteindre réellement le sommet…Affronter le dieu absolu du sport automobile, Enzo Ferrari. C’est de cela dont il était question. »

De nombreux pilotes avec qui vous vous êtes entraînés pour ce film ainsi que Robert Nagle, le coordinateur des cascades, disent que vous êtes le meilleur acteur qu’ils aient jamais vu au volant ; Pensiez-vous avoir quelque chose à leur prouver sur la piste ?

Christian Bale : « Non, car je savais que si je voulais faire comme ça, je finirais très rapidement dans les bottes de paille et je détruirais les voitures. Je me disais tranquillement: « Tu n’as rien à leur prouver. N’essaie pas et reste calme. Tu es là pour faire semblant de savoir ce que tu fais. Et, pour que ce soit bien clair, tu ne sais pas vraiment ce que tu fais. » Je prenais beaucoup de plaisir, mais ai-je pensé une seule fois que j’étais mieux qu’un vrai débutant ? Non. Ces gars sont incroyablement généreux avec leurs commentaires. Ceci dit, c’était vraiment génial. On retrouve un peu de ce plaisir sur la caméra, mais il y en a beaucoup plus hors caméra. Et Nagle est fantastique. Nous avions travaillé ensemble auparavant. J’étais accroché à une voiture des années 1930, à pleine vitesse dans le Wisconsin, tenu par une sangle alors qu’il était au volant. Je n’avais pas voulu de harnais, au cas où la voiture aurait fait un tonneau -je voulais être capable de sauter de la voiture. Nagle était au volant, fonçant en pleine nuit. C’était génial. Il était génial. S’entraîner avec lui, c’était fantastique. Et il y a eu aussi des moments parfaitement bouleversants avec quelques-uns des fils des vrais pilotes des 24 Heures du Mans 1966, tels que Alex Gurney (dont le père, Dan, avait fait la pole position de ces 24 Heures 1966, NDLR) et Derek Hill, qui participaient au tournage. On regardait les photographies : « Oh, c’est ton père. Et là, c’est ton père… »

 

Et alors on se mettait tous à reproduire ces courses, en sillonnant le circuit de Willows Spring à bord des Cobra, à essayer de partir en glissade comme ils le faisaient. Oui, j’ai aimé ces moments-là. C’est addictif. Cependant faire ça à leur niveau, je ne me fais aucune illusion. Cela finirait par une catastrophe! Et ces voitures -ces jouets qu’ils avaient construits- étaient diablement nerveuses. Vous sortez d’une courbe et tout d’un coup, vous vous joignez au « club des 180 degrés », comme ils disent, en partant en tête-à-queue. »

A suivre…