Laurent Vallery-Masson (HVM Racing) : « Respecter l’esprit de l’Historique »

L’Historic Tour ayant fait escale au Mans le week-end dernier pour son cinquième meeting 2018, nous en avons profité pour faire un point avec Laurent Vallery-Masson, la cheville ouvrière de HVM Racing, Organisateur de l’Historic Tour.

Vous êtes promoteur et organisateur, mais durant les meetings vous participez vous-même à plusieurs courses. Combien de courses à votre programme ?

« J’en fais trois. Je cours dans le Trophée F3 Classic/Fr Classic avec une Ralt-VW F3. Je roule aussi en SportsProtosCup avec une Tiga SC79-Ford Pinto que je partage avec Bernard Honnorat (le H de HVM Racing, VM étant pour Vallery-Masson, ndlr), nous faisons donc une course chacun avec la Tiga, donc ça me fait trois courses durant le week-end. »

La Tiga, c’est une Sport 2000 louée aux anglais ?

« Non, elle est à nous, nous l’avons achetée. Le problème, c’est de la fiabiliser et d’arriver à la faire courir. Elle a un petit moteur, un Ford Pinto, ce n’est pas très puissant, environ 160 chevaux. »

Il y a deux ans, les anglais du Championnat Sports2000 avaient dominé les protos continentaux et cette année, ils sont derrière, et je crois que leurs meilleurs concurrents ne sont pas là. Il y a une explication ?

« On a eu un petit problème avec les Sports2000 anglais. Ils voulaient venir avec leur réglementation du Sports2000 Championship, le SRCC, qui accepte des voitures après 1994. Or, notre réglementation SportsProtosCup s’arrête en 1994 et pour l’Historique en France, on s’arrête à cette date de 1994 pour les Protos.

Donc, il n’a pas été possible d’accepter tout le plateau, ils n’ont pu prendre que celles qui avaient été construites avant/ou en 1994. Si on avait pris les voitures postérieures à cette date, la course aurait été faussée. »

Quel est le premier bilan de la saison de l’Historic Tour ?

« Il nous reste deux épreuves, au Val de Vienne et à Magny-Cours. A Magny-Cours, ce sera la Finale de la saison, une belle épreuve, avec la présence de Nicolas Deschaux, le Président de la Fédération Française du Sport Automobile, pour remettre les titres aux champions 2018. On aura le samedi soir une grande fête du sport auto à Magny-Cours et on en profitera pour faire le lancement du Grand Prix de France Historique 2019 qui revient pour la deuxième année à Magny-Cours.

Cette année, ça été bien aussi pour nous de faire un peu le tour de tous les circuits français. Nous sommes passés par les plus grands tracés, avec une bonne répartition géographique. Ce sera plus compliqué l’année prochaine pour l’Historic Tour car il y a des épreuves historiques annexes dont on s’occupe également comme le Grand Prix de Pau Historique dont nous allons assurer la Promotion. N’oublions pas le Grand Prix de France Historique. »

Le Mans, vous y venez tous les deux ans ?

« Oui, donc l’Historic Tour n’y sera pas en 2019. »

Quels plateaux ont le mieux fonctionné cette année ?

« Parmi les différentes séries, on peut donner quand même un vrai coup de chapeau au Trophée Lotus qui, il y a encore trois ans, avait du mal à fédérer un groupe homogène et qui, aujourd’hui, a fait un effort de présentation. Un effort sportif notable au niveau du respect des règlements a été fait et cette année, nous avons une moyenne de voitures qui est de 26. 

On a aussi le plateau ASAVE 65 qui marche très bien, même si ça dépend un peu des épreuves. Il y a des épreuves comme Albi qui sont moins séduisantes pour des voitures puissantes comme ça, d’autres sont mieux adaptées, mais on peut aussi tirer un grand coup de chapeau à ce plateau. Cela a été un vrai travail des opérateurs. Les autres plateaux fonctionnent aussi, bien sûr, mais ils sont plus sur une ligne déjà bien établie. Nous avons une belle offre aujourd’hui. Nous avons peut-être un peu moins de compétiteurs dans les Championnats de France qu’auparavant, mais d’un autre côté, on essaie de respecter au mieux l’aspect réglementaire. Par le passé, on avait des séries qui pouvaient marquer des points pour le championnat mais dont certaines autos étaient à la limite de la réglementation. On est dans l’optique du respect de l’esprit du sport pour que les voitures continuent à respecter la technique de leur époque, de même que le côté financier. »

Ce n’est pas trop difficile de faire respecter la réglementation ?

« Ce n’est pas un problème si on veut faire respecter l’esprit de l’Historique, il faut aussi en faire respecter la lettre. Il y a des règles sportives et techniques et nous en sommes les garants. Ici au Mans, vous pouvez constater le nombre de pénalités et d’avertissements mis pour non-respect des règles sportives (ligne de course, dépassements sous drapeaux jaunes avant le restart) et techniques (poids minimum de la voiture). En F3 Classic, un pilote a été durement pénalisé pour non-respect du poids. Cela ne fait jamais plaisir de recevoir une pénalité, mais si on veut être garant d’un Championnat fort, il ne doit pas y avoir d’interprétation du règlement. Celui-ci doit être le même pour tout le monde. Moi-même qui suis compétiteur, j’ai eu des chronos qui ont été annulés parce que j’ai eu des soucis de ligne de course et je trouve normal qu’on m’applique ces pénalités. Nous sommes garants des titres. »

De quels moyens disposez-vous pour faire respecter la réglementation ?

« Les moyens sont très importants. Nous avons un commissaire technique affecté à chaque plateau qui suit le plateau sur chaque épreuve. Nous avons en plus des aides locales, mais il y a toujours un responsable par plateau. Quand nous avez onze plateaux comme c’est le cas ici, nous avons autant de commissaires. On aurait pu envisager de donner trois plateaux à un seul commissaire, mais dans ce cas, il ferait moins bien son travail. La Fédération nous donne aussi des moyens pour contrôler : des balances, des sonomètres, différents outils. Nos partenaires, comme Sodipneu/Sodifuel, nous mettent à disposition du matériel pour vérifier l’essence. Il faut aussi contrôler la qualité des gommes. Même si on a des règles, il faut savoir les faire appliquer et que les techniques soient en adéquation avec les normes fédérales. Il y a un vrai partenariat avec la Fédération, une vraie symbiose, ce qui assure l’équité des plateaux. On ne nous verra jamais donner des instructions à la direction de course. Pour contrôler 300 à 400 voitures par meeting, vous imaginez que c’est indispensable. En plus des onze commissaires techniques et des aides locales, nous avons une équipe de collèges, des présidents qui suivent le Championnat de France, on a des Directeurs de Course qui sont toujours les mêmes ainsi qu’un Directeur de meeting qui est toujours le même. Tout ça donne une dimension plus experte au Championnat de France Historique des Circuits. »

Quand commencerez-vous à préparer la saison suivante ?

« La saison 2019 est déjà prête. Il reste une interrogation sur une date qui sera levée dans les prochains jours. En général, on construit la saison au mois de juillet pour « l’accoucher », généralement début septembre. Il faut tenir compté de la disponibilité des circuits, de la promotion, du type de promotion que l’on veut faire, des coûts. Si on va au Mans ou au Castellet, les coûts ne sont pas les mêmes, les moyens sont différents par rapport à des circuits comme Albi ou Charade qui sont d’une configuration autre. Nous allons où les circuits veulent nous recevoir. »

Il y a aussi les problèmes d’hébergement…

« Oui, mais le premier critère est d’aller où les circuits veulent nous recevoir. Pour le Val de Vienne, l’hébergement a été un problème, mais il y a eu des créations d’hôtels. Le Val de Vienne est l’exemple d’un circuit qui sur le plan local fait beaucoup d’efforts, avec des aménagements de paddocks, des compréhensions pour les dates, de l’implication pour faire de la publicité localement et pour trouver des commissaires de piste en nombre suffisant. Ce sont des efforts vraiment importants avec une épreuve de qualité. Nous sommes contents de nous rendre là-bas car, pour un Championnat de France, il faut aller dans un territoire le plus vaste possible, que chacun ait une épreuve à moins de 300-350 kilomètres de chez lui. »

Le public, c’est un problème ?

« Le public est une solution, pas un problème. Il faut que le public vienne. C’est compliqué parce que c’est dépendant de la météo, d’autres événements peuvent avoir lieu le même week-end. Nous mettons tout en œuvre pour attirer le maximum de public. Il y a des épreuves où localement on fait plus qu’ailleurs, comme Albi par exemple où on a fait 9000 spectateurs. On a fait une parade dans les rues le jeudi, les habitants au cœur de la ville pouvaient voir les voitures, on a sensibilisé beaucoup d’acteurs locaux. Par contre, on comprend bien que pour un circuit comme Le Mans, l’Historic Tour, même si c’est une belle épreuve, n’est pas une épreuve prioritaire dans leur saison compte tenu de leur calendrier. Il y a donc des moments où il faut arbitrer sur la communication.

Le week-end du Mans a été positif. Les gens ne restent pas forcément dans les tribunes, ils se baladent dans les paddocks, donc nous sommes assez satisfaits compte tenu des épreuves qui s’y tiennent. Ils ont les plus belles épreuves du Monde comme les 24 Heures du Mans, les motos, les camions. Les gens sont quand même un peu comblés en matière de compétitions. »

Comment choisissez-vous les plateaux invités ?

« Nous avons la chance de produire aussi des événements totalement dédiés à l’étranger. Dijon Motors Cup, par exemple, qui va être une épreuve magique avec des plateaux extraordinaires. Ça nous facilite donc la recherche de plateaux hors de France. Quand les étrangers viennent sur des meetings comme la Dijon Motors Cup ou le Grand Prix de Pau, ils nous posent des questions sur les autres dates du calendrier où ils peuvent venir. On a eu des F1 historiques du HGPCA à Charade, on aura à Magny-Cours le Classic Sports Car Club, un plateau anglais qui n’est jamais venu en France, avec près de 50 voitures, là au Mans nous avions un plateau assez remarquable avec le CSN Groep YTCC néerlandais.

HVM commence à avoir une image de marque que les plateaux étrangers reconnaissent et, naturellement, nous allons aussi à l’étranger, il y a donc des échanges. C’est bien d’avoir des concurrents étrangers, ça crée une émulation.

Pour revenir à Dijon Motors Cup, ce sera, je pense, la plus belle épreuve de la saison au niveau international. Il y aura le Championnat du Monde FIA de Formule 1 Historique, le FIA Masters Historic Sports Cars pour les Protos, les Masters Endurance Legends avec des GT et des Protos qui ont couru les grandes épreuves d’endurance dont les 24 Heures du Mans entre 1995 et 2012, plus des Formule Junior, des F2. Cela va être extraordinaire ! Notre volonté est de faire une communication un peu soft, car notre épreuve majeure est le Grand Prix de France Historique où nous aurons une communication large. Dijon Motors Cup est davantage une compétition qui s’adresse aux initiés. Si on connaît, si on suit ça passionnément parce qu’on a accès partout, ça ne coûte pas cher, c’est encore une ambiance à l’anglaise, ce n’est pas comme dans d’autres séries historiques où les opérateurs segmentent les paddocks. »

Une organisation comme la Dijon Motors Cup n’est pas trop difficile à Dijon à cause du niveau sonore et des horaires ?

« C’est vrai qu’au niveau sonore, ils sont très pointilleux. Cependant, nous arrivons à un accord avec le circuit sur le meeting de Dijon Motors Cup pour avoir une ouverture au niveau du bruit. C’est vrai que pour des F1 historiques, c’est difficile de respecter le niveau de décibels requis. Toutes les voitures présentes au Grand Prix de France Historique dépassent le niveau sonore et c’est la même chose pour la Dijon Motors Cup. Il y a des circuits avec lesquels nous arrivons à nous entendre pour que les autorités locales acceptent de baisser leurs exigences, mais ce sont des négociations difficiles. C’est la même chose pour les horaires. »

Il y avait pas mal de guest stars ce week-end, la Ford Mk IV Replica, la McLaren Can-Am, trois protos qui ont fait les 24 Heures…

« Oui, il y avait aussi de belles autos en F3 dont une ex-Philippe Alliot. On pouvait compter sur la BMW M1 et sur des pilotes de renom comme Lucien Guitteny, Philippe Gache, Pierre-François Rousselot…

En ASAVE 65, il y avait des Type E, des GT40. En GT, il y avait aussi Tristan Gommendy qui nous remet un peu à notre place quand on pense être des pilotes. C’est sympa, parce qu’ici, en Historic Tour, on croise des pilotes de renom comme Eric Hélary, Tristan Gommendy et d’autres qui viennent s’amuser. »

Carlos Tavares, le patron de PSA, est un fidèle de l’Historic Tour…

« Carlos est un ami, on a déjà partagé plusieurs épreuves, on a fait trois fois le Monte Carlo Historique ensemble et il s’est mis à la F3 parce que c’est un pilote qui aime la monoplace, qui aime toucher à tout. Il roule bien sûr sur des Peugeot dans d’autres séries, mais il aime la monoplace.

L’Historic Tour fait plaisir à des grands professionnels de l’automobile et aussi à des pilotes qui se lancent, qui commencent la compétition à plus de 40 ans. C’est accessible et vous seriez surpris de voir que la plupart des pilotes que nous avons ont des âges largement inférieurs à ceux de leur voiture. Il y a un renouvellement naturel qui se fait. Il y a des pilotes qui commencent en sport auto par l’historique. En France, on manque de formules de promotion et l’Historic Tour permet de mettre le pied à l’étrier et de se faire connaître, comme ça a été le cas de Antoine Robert, Champion de France Protos/Monoplace à 17 ans. Hugo Carini est dans le même cas. J’espère que maintenant tous les deux vont faire leur trou dans le moderne grâce à leur titre de Champion de France. L’Historique demande un excellent niveau de pilotage et devient une formule de promotion. »