La BRM P351, chronique d’un échec annoncé (part 2) : nouvel essai, nouveau fiasco en 1997

Suite de notre dossier BRM P351 (partie 1 ICI), un beau prototype qui a vu le jour en 1992, mais qui n’a jamais marché ! On a laissé notre auto aux 24 Heures du Mans de la même année après sa petite vingtaine de tours et son abandon.

Après Le Mans, l’équipe British Racing Motors envoie ensuite la P351 aux États-Unis pour participer à une course IMSA Camel GT à Watkins Glen. BRM pensait que le châssis était conforme au règlement IMSA, mais, dès les vérifications, le verdict tombe : hauteur maximale autorisée dépassée en raison de la prise d’air sur le toit. Paul Brown décide alors de l’enlever. Les mécanos scient la boîte en deux pour la recoller dans une position plus basse. Les problèmes n’ayant pas été résolus depuis Le Mans, le mal perdure : l’auto manque de fiabilité et le malheureux Wayne Taylor tombe en panne électrique après seulement cinq tours.

@D.R

Avec ces piètres résultats, la voiture n’arrive pas à convaincre et l’argent manque cruellement. La BRM P351 revient en Europe pour la manche du championnat du monde des voitures de sport qui se déroule à Donington Park en Grande Bretagne, mais elle n’a jamais participé à la course. Pire, une deuxième auto était inscrite, le châssis #02 que l’on ne verra jamais. D’ailleurs, après ce nouvel échec et la disparition des Sport 3.5 litres, cela en est fini des espoirs de BRM. On ne reverra plus l’auto en Championnat du monde de voitures de sport…en tout cas sous cette forme !

Le châssis #01 est alors stocké en Grande-Bretagne pendant plusieurs années et est acheté par Keith Wiggins de Pacific Racing, en 1996. Cette équipe a remporté les titres Formule Ford 1600 et 2000 en Grande Bretagne avant de débuter en Formule 3000. Après un titre en 1991 avec Christian Fittipaldi et la 3e place de David Coulthard en 1993, l’écurie passe en Formule 1. Mais c’est une catastrophe faute de moyens et Pacific Racing est finalement revenu en Formule 30000 en 1996. Son fondateur eut alors l’idée de se lancer en sport-prototypes via notre BRM. La voiture réapparait donc en 1997 sous la forme d’un proto ouvert en catégorie LMP. Son nom de code est BRM P301.Cependant, la voiture a fortement besoin d’être modifiée. Avec l’aide de Pilbeam Racing Designs, le toit de la voiture est retiré et l’installation d’un arceau de sécurité est alors nécessaire. Le BRM V12 Weslake est remplacé par un V6 Nissan 3.0L bi-turbo qui a fait ses preuves en l’IMSA et que l’on a déjà vu au Mans dans les Nissan 300 ZX de Cunningham Racing en 1994. Deux entrées d’air sont ajoutées sur les côtés de la voiture. Une fois ces modifications faites, elle est testée à Snetterton.

L’écurie décide de se concentrer uniquement sur les 24 Heures du Mans et de ne pas participer aux courses ISRS. L’équipage en Sarthe est composé d’Eliseo Salazar, Jésus Pareja et l’ancien pilote de P351, Harri Toivonen. L’auto se présente aux essais préqualificatifs début mai et y signe un 3:56.479. Un mois et demi plus tard, la #14 réalise un temps très similaire (3:56.734, 34e temps sur 48 participants), mais elle est en fait classée 19e sur la grille de départ. Malheureusement, comme lors des 24 Heures du Mans 1992, la P301 souffre de problèmes de moteur et abandonne après…6 tours. Elle est la première voiture à se retirer.

L’équipe aligne l’auto dans la nouvelle compétition l’ISRS (International Sportscar Racing Series) créée par un certain John Mangoletsi qui est en fait l’instigateur du projet P351 en 1992 ! La voiture dispute la première manche à Donington Park pilotée par Franz Konrad, Richard Dean et Wido Rössler. Elle se qualifie avec le 6e temps sur les… neuf participants ! Mais comme la P351, elle ne prend pas le départ suite à des problèmes électriques et un moteur qui refuse de fonctionner correctement.

On ne revoit l’auto qu’en 1998 lors de la troisième manche de l’ISRS à Misano avec Tim Sugden, Grant Orbell et un certain Henri Pescarolo. Elle se qualifie à la 9e place (sur 24). Mais bis repetita, l’auto abandonne après seulement 4 tours. La course suivante se déroule à Donington, mais la voiture n’y participe pas suite à un accident lors des essais (Tim Sugden, Grant Orbell, William Hewland). La BRM P301 termine donc sa carrière de la même manière que le P351 l’avait commencé. L’argent venant une nouvelle fois à manquer, Pacific Racing met fin à la carrière de notre BRM qui n’aura accompli qu’un peu plus de 25 tours en deux éditions des 24 Heures du Mans !

Merci à Stéphane Cavoit et Vincent Laplaud pour les précieuses photos…