Johnny Servoz-Gavin : « Le doute, le manque de foi, c’est terrible »

Véritable talent à l’état pur, Johnny Servoz-Gavin a connu une ascension fulgurante pour arriver jusqu’en Formule 1 chez Matra et Tyrell à la fin des années 60. Son meilleur résultat restera une 2e place au GP d’Italie 1968. Le Grenoblois, décédé d’une embolie pulmonaire en 2006 compte aussi quatre participations aux 24 Heures du Mans, toutes sur Matra. Malheureusement pour lui, « Servoz » ne verra pas l’arrivée une seule fois.

Né le 18 janvier 1942, Johnny Servoz-Gavin a pris 12 départs en Formule 1 après avoir décroché le titre de Champion de France de Formule 3 en 1966, puis de Champion d’Europe de Formule 2 en 1969. En sports-protos, sa carrière reste liée à Matra.

Tout le monde pensait le voir au départ des 24 Heures du Mans 1970 sur une Matra, mais le 19 mai 1970, le pilote annonce contre attente la fin de sa carrière.

« Depuis septembre dernier, même après mes très bonnes courses de Rome et Albi en Formule 2, je n’ai plus la foi, plus le même plaisir à courir », confiait Johnny Servoz-Gavin à la presse après avoir pris sa décision. « J’ai pourtant fait de gros efforts pour bien faire, notamment durant la campagne américaine de Formule 1 où j’avais à conduire la Matra à quatre roues motrices. j’ai pensé que l’hiver allait m’apporter le calme propice à une reprise de confiance, mais le doute s’est installé en moi et, malgré tous mes efforts pour bien préparer ma saison 70, je ressentais comme un malaise. J’étais pourtant suffisamment occupé par l’organisation de mon Salon de la Voiture de Compétition, notamment, et aussi par la signature de mes contrats pour que cela ne tourne pas à l’obsession. Je croyais encore qu’avec les premières courses, tout ce cauchemar allait être oublié. Et puis, j’ai eu quelques ennuis, en particulier cette épine qui s’était fichée dans mon oeil lors d’un rallye tout terrain. Moralement, ça a été dur et cela m’a aussi diminué physiquement, tant j’ai dû prendre d’antibiotiques. »

« J’ai bouclé la boucle avec le GP de Monaco », expliquait Servoz-Gavin. « Même en promenant à pied sur le circuit, j’étais affolé à l’idée d’avoir à me faufiler dans ces passages étroits. Durant les essais, ce fut pire encore, je n’osais pas passer sous le tunnel à fond. J’allais moins vite qu’il y a deux ans. J’avais d’ailleurs l’impression d’aller tellement lentement que j’étais surpris par les temps au tour que m’indiquait mon stand. Lorsque je parvenais à prendre correctement deux virages consécutifs, j’étais surpris. Crise morale consécutive à des ennuis familiaux ou à une baisse de forme physique ? Non je n’y crois pas. Le doute, le manque de foi, c’est terrible. Alors, j’ai préféré arrêter tout de suite avant que n’arrive l’accident, parce qu’un jour, j’aurais voulu forcer mon talent pour ne pas être ridicule ou faire plaisir à mon employeur.

« J’ai triché pendant trop longtemps déjà. Six mois, c’est long, même lorsque la décision à prendre n’apparaît pas encore clairement. Alors, le jour où elle s’impose à l’évidence, on ne peut pas hésiter. Et puis, finalement, cette décision n’a pas été dure à prendre, parce que personne ne m’y a poussé : j’étais le seul juge et je l’ai prise au moment qui m’es apparu le plus opportun, avant les 24 Heures du Mans, quelle hantise !

« La course m’a beaucoup apporté et, bien entendu je ne regrette rien. Durant cinq années, j’ai eu une vie passionnante, j’ai connu la joie de gravir tous les échelons jusqu’à la Formule 1 et je n’ai donc aucun regret. »