John Turner de retour au Mans 60 ans après sa victoire de catégorie

Un événement assez émouvant est passé plutôt inaperçu lors de la 87e édition des 24 Heures du Mans qui s’est déroulée il y a quelques semaines maintenant. Un pilote, qui n’était pas venu depuis des années, était présent. Il s’agit de John Turner qui a disputé les 24 Heures du Mans pour la première fois en 1959, il y a tout juste 60 ans. Il pilotait alors une AC Bristol avec laquelle il a remporté la catégorie 2 litres avec Ted Whiteaway terminant  7ème du classement général(à la moyenne de 153,535 km/h). Cinq décennies plus tard, il a assisté aux 24 Heures du Mans et est revenu sur son histoire.

Rien ne prédisposait John Turner à disputer les 24 Heures du Mans sur cette AC Bristol engagée par Ken Rudd de l’équipe Rudd Racing Limited. Les deux hommes se connaissaient, le parton de l’écurie se passionnant pour la compétition. Cependant, un matin, Ken Rudd l’appelle lui ordonnant presque de laisser tomber ce qu’il était en train de faire et de se rendre immédiatement au circuit de Goodwood. Sur place, John Turner découvre que l’équipe est réunie pour un essai complet de la voiture et des pilotes en vue de disputer les 24 Heures du Mans ! Il est alors intégré à l’équipe et part au Mans pour y disputer ses toutes premières 24 Heures du Mans.

Cependant, une chose l’inquiète. « Je n’avais fait que des courses de club en Angleterre. J’avais dit accomplir des séries de 5 ou 10 tours sur des petits circuits. J’ai alors réalisé ce qui m’attendait, c’est-à-dire rouler sur le grand circuit des 24 Heures du Mans. » Les premiers essais se passent très bien, tant de jour que de nuit. Les deux hommes signent un temps qui les place à peu près en milieu de grille.

La course se déroule de la même façon comme il en témoigne : « L’AC Bristol prenait 230 km/h dans la ligne droite des Hunaudières, mais tout s’est bien passé tout au long de cette course. Avec mon coéquipier, nous avions convenu de faire quatre heures de relais, quatre heures de repos. La voiture a très bien marché et je n’ai connu qu’un seul incident, mais il m’a causé pas mal de frayeurs ! Je venais d’être dépassé par une Maserati juste après le pont Dunlop et le pilote a perdu le contrôle dans les Esses, avant que son huile ne se répande sur la piste. Malheureusement, j’étais la première voiture à passer derrière et je suis parti en glissade ! Mon ange gardien veillait et l’AC est restée sur la piste. Je suis arrivé sur les Hunaudières avec le sentiment d’être beaucoup plus vieux ! »

John Turner et Ted Whiteaway franchissent donc la ligne d’arrivée en vainqueurs de la classe des 2 litres. « J’étais très heureux, mais surtout épuisé. Nous avons célébré le succès par un bon repas avec Ken Rudd et toute l’équipe. » Cependant, cette victoire va avoir un impact imprévu. « Comme vous vous le rappelez, Aston Martin a remporté sa seule et unique victoire cette année là (Aston Martin DBR1 de l’écurie John Wyer pilotée par Carroll Shelby et Roy Salvador, ndlr). Juste après le drapeau à damiers, je suis allé féliciter les pilotes. Caroll Shelby se montra, à ce moment là, très intéressé par l’AC Bristol, me posant pleins de questions, me demandant si on pouvait allonger le châssis voir même l’élargir. Deux semaines après les 24 Heures du Mans, il s’est rendu à l’usine en Surrey (Royaume-Uni). Il avait réfléchi à tout cela et proposait de mettre un gros moteur Ford de 4.7 litres dans l’AC. » C’est comme cela qu’est née l’AC Cobra !

John Turner a eu une deuxième occasion de participer à la course mancelle, en 1962, au volant d’une Corvette partagée avec Tony Settember. Manquant de mise au point, la voiture abandonnait à la 12ème heure sur panne de transmission.

Le Britannique, âgé de 95 ans maintenant, a bien apprécié sa visite mancelle 2019 et a pu facilement faire quelques comparaisons. « A l’époque, c’était un circuit fantastique. Certes, il a beaucoup changé, il y a de nouveaux bâtiments, le tracé a été modifié également, mais l’ambiance reste la même. Cette course a conservé cette part de légende et de magie ! C’est la plus belle du monde ! »

Photo : Facebook de Susi Nodding, la fille de Ted Whiteaway