John Fitzpatrick (part 2) : « J’ai été très affecté par le décès de Rolf Stommelen ! »

@John Fitzpatrick

Deuxième partie de notre entretien avec John Fitzpatrick qui compte 10 participations aux 24 Heures du Mans entre 1972 et 1983.

En 1980, au Mans, vous aviez été le plus rapide lors des qualifications avec la Porsche 935 du Dick Barbour Racing, mais à cause de la réglementation, la pole position avait été attribuée à la Rondeau M379 #15 de Pescarolo/Ragnotti. Est-ce que cela avait été frustrant ? Vous aviez également été en tête de la course avant ce problème d’échappement. Pensez-vous que vous auriez pu gagner cette course ?

« Sans ce problème d’échappement en fin de course, nous aurions certainement gagné. Nous avions la voiture la plus rapide et nous avons mené la plus grande partie de la course.

Le Dick Barbour Racing était une équipe magnifique et ils méritaient de remporter les 24 Heures du Mans. C’est dommage pour Dick que nous n’ayons pas été en pole, cela faut aussi partie du prestige du Mans. »

Avez-vous une -ou plusieurs- anecdotes à propos de vos courses au Mans, dont vous avez rarement parlée ?

« Aucune, en particulier, mis à part le fait que c’est une course dure et formidable et que je regrette de ne pas l’avoir remportée. J’appréciais le vendredi, quand il n’y avait pas d’essais, parce que j’allais toujours disputer le tournoi de Golf (à Mulsanne, ndlr). »

Vous avez fait la majeure partie de votre carrière en GT. Préfériez-vous les GT aux Prototypes ? Si oui, pourquoi ?

« Si j’avais signé pour Porsche en 1973, je serais alors probablement resté avec eux et j’aurais conduit les prototypes. On m’a toujours fait des bonnes offres en GT et en Tourisme. J’y ai eu du succès, donc je suis resté dans ces catégories. A l’époque, je travaillais également dans les affaires de mon père, donc je n’étais pas pilote à temps plein. »

Quelles ont été vos voitures préférées ? Pourquoi ?

« J’ai presque toujours piloté des Porsche et la plus grande partie de mes victoires l’ont été avec des Porsche, donc elles doivent être mes favorites.

Même si en 1976 j’ai piloté une BMW CSL dans le Championnat du Monde d’Endurance (ci-dessous lors de la victoire à Daytona en 1976) et que ce fut probablement la voiture avec la meilleure tenue de route que j’aie jamais conduite. La pire a été la Ford Capri de 1973. »

Quels sont vos circuits préférés?

« Mon préféré, par dessus tout, c’est le Nürburgring. En 20 années, j’ai disputé 36 courses sur le Ring et j’y ai gagné de nombreuses fois, donc c’est forcément mon préféré. Il est assez difficile à apprendre et il possède tous les types de virages. Je connais le circuit comme le dos de ma main. Si j’ai du mal à m’endormir, j’imagine que je suis en train de piloter sur le Ring et je m’endors toujours avant Breidscheid ! Brands Hatch est mon circuit préféré au Royaume-Uni. »

Quels sont vos pilotes préférés ?

« J’ai eu la chance de courir avec de beaucoup de grands pilotes tels que David Hobbs, Derek Bell, Brian Redman, Tim Schenken et Bob Wollek, et de nombreux autres, et j’ai toujours eu avec eux de bonnes relations. Bob Wollek était probablement le plus dur à battre. »

@John Fitzpatrick

Vous n’avez jamais couru au Mans avec une voiture britannique (la plupart du temps des voitures allemandes sauf la Ford Capri RS) et pas davantage avec une équipe britannique, si on excepte bien sûr votre propre team, John Fitzpatrick Racing. Comment l’expliquez-vous ?

« Je courais avant que les Jaguar TWR ne soient au Mans, donc les Porsche étaient les voitures les plus compétitives. »

Qu’est-ce qui vous a amené à fonder le John Fitzpatrick Racing ?

« Je courais aux USA avec le Team de Dick Barbour et le sponsoring de Sachs.

Je pensais que ce serait un accord courant sur trois ou quatre ans mais au bout d’une année, Dick Barbour a eu quelques problèmes économiques et a décidé d’arrêter la compétition. Je n’avais nulle part où aller et Sachs m’a suggéré de monter mon propre team à San Diego et qu’ils m’apporteraient leur soutien. »

La livrée Skoal Bandit est devenu une sorte d’icône en sport automobile. Etait-ce quelque chose de spécial pour vous ?

« En fait, le sponsoring de Skoal Bandit a été, pour nous, une grosse déception. Nous avons signé pour un partenariat d’une année avec une option pour deux ans supplémentaires. Nous avions investi beaucoup d’argent dans le matériel et dans les voitures et Skoal s’est retiré au bout d’un an en raison de problèmes pour vendre leur produit (tabac à priser) au Royaume-Uni.

J’ai continué pendant deux saisons de plus avec d’autres sponsors mais Bernie Ecclestone ne voulait pas que le Group C connaisse le succès et l’a plus ou moins tué. J’ai vendu l’écurie, les voitures et j’ai pris ma retraite. »

Vous avez arrêté votre carrière de pilote en 1983. Est-ce que cela a été motivé par le décès de Rolf Stommelen ? Quel genre d’homme était-il ?

« Oui, c’est ce qui m’a motivé ! Rolf était un pilote magnifique et un très bon ami, très modeste mais super rapide. Je l’avais rencontré pour la première fois et j’avais fait équipe avec lui pour Abarth au Nürburgring. Lorsqu’en 1983 j’ai fait courir deux voitures à Riverside (ci-dessous), j’ai demandé à Rolf et à Derek Bell de piloter aux côtés de David Hobbs et de moi-même.

Nous avons tous été dévastés quand Rolf s’est tué, alors que ma femme s’occupait des chronos et du pointage sur le muret des stands. Nous avions deux très jeunes enfants et elle était bouleversée. Je me suis rendu compte que ça l’avait beaucoup affectée. J’ai décidé d’arrêter à la fin de la saison et de me concentrer sur la gestion de l’équipe. »

N.B : Le , alors qu’il disputait une manche IMSA GT à Riverside au volant d’une Porsche 935 turbo de l’équipe John Fitzpatrick Racing, Rolf Stommelen est sorti de la piste et est mort sur le coup, à 39 ans.